‹ Critique d'avant-gardeChapitre 13 sur 20 · HO KO USAI · texte numérisé non relu

HO KO USAI

Ta tracée avec son pinceau sur le papier. Pour donner une idée du vide de ces pré faces, je transcris ici celle du troisième volume du Fugaku-Hyakuket que j'emprunte au livre de M. Dickins : « Tandis que Kusho, dans ses Cent Vues de Fuji, ne vise qu'à donner les linéaments de la grande montagne, notre vénérable Hokousaï nous présente ici sesaspects pittoresques, etlespages qui suivent montrent avec quelle sûreté de touche, avec quel talent incomparable il a rendu les diverses faces de son sujet. Notre vénérable maître qui, si la renommée dit vrai, a dépassé sa quatre-vingt-dixième année, fait preuve de toute la vigueur de la jeunesse dans son ouvrage. En vérité, c'est sur cette fameuse montagne qu'il a cherché et rencontré Télixir de longue vie. Lorsque ce troisième volume s'est trouvé prêt pour la publication, on m'a demandé d'y mettre

une préface, ce que j'ai fait volontiers Ecrit par le vieux monsieur Ogasawara, habitant au pied de la montagne des Sept- Trésors. » On voit que le vieil Ogasawara ne s'est guère mis en frais pour composer son morceau, et qu'il serait aussi vain de chercher dans ses écrits et ceux de ses pareils des renseignements sur Fart japonais, que d'en demander, sur l'art français, aux préfaces des catalogues de vente ou aux feuilletons de certains de nos salonniers.

Hokousaï, Keisaï, leurs élèves et imitateurs nous ont fait parcourir les cinquante premières années de ce siècle ; mais, à côté d'eux, il s'est trouvé d'autres artistes, adonnés à un genre différent du leur, dont nous devons maintenant parler. Les livres dus aux artistes qui viennent de nous occuper, sont généralement de petit format, imprimés

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au trait, en noir, dans les tout premiers tirages, et en couleurs ou avec une ou deux teintes, généralement le bistre ou le bleu pâle, dans les autres. Ce sont de véritables productions de librairie, et tous les exemplaires d'un volume donné sont semblables entre eux. Les ouvrages dus aux artistes dont nous allons maintenant parler sont d'un autre genre : ce sont des albums composés de grandes planches imprimées en couleurs vives, que les Japonais assemblent en ordre variable selon leur fantaisie. Les planches qui composent ces albums ont d'abord été tirées comme feuilles séparées, et elles appartiennent à ce qui, au Japon, était Fart de l'imagerie.

La production des grandes planches en couleurs a occupé de nombreux artistes, qui ont traité des sujets très variés. C'est ainsi que nous leur devons des femmes, des fleurs,

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des oiseaux, des paysages, 'des guerriers, des batailles, des scènes de genre et d'intérieur. Les plus communs cependant sont les albums d'acteurs et de scènes de théâtre qui, rangés chronologiquement, forment une suite ininterrompue des commencements de ce siècle à nos jours. Toutes ces scènes de théâtre paraissent d'abord offrir quelque chose de bizarre et d'outré , qui peut donner à penser que les artistes, en les dessinant, se sont laissés allerà leurs caprices et abandonnés à l'exagération. Mais rien n'est moins vrai. Il en est du théâtre comme du paysage japonais, avec ses pins contournés, ses rizières et ses bambous : c'est 'un monde qui s'est développé tellement en dehors de nous, qu'il a pris une manière d'être absolument différente de tout ce que nous connaissons. Il faut donc se familiariser avec lui, par un certain commerce préli-

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minaire, pour s'y habituer et le comprendre. Ces têtes, qui ont l'air dessinées d'une façon purement conventionnelle , sont bien la reproduction fidèle des physionomies d'acteurs qui se font leurs têtes sur les planches, en se rasant une partie du crâne, se posant une couche de fard sur le visage et se dessinant des traits. L'air bommasse qu'accusent les personnages en rôles de femmes, est bien l'apparence qu'ont sur la scène les acteurs qui tiennent ces rôles, qui sont des jeunes gens, puisque la femme au Japon n'est jamais admise sur les planches. La façon de renverser les mains, de se tordre le coin de la bouche, que nous voyons dans les images, fait réellement partie de la mimique des acteurs pour accentuer leur jeu. Ces grandes robes, somptueuses et éclatantes, sur lesquelles apparaissent, brodés en relief, des animaux , des arbres et

jusqu'à des paysages entiers, sont vraiment portées dans les pièces historiques.

Je conserve un vivant souvenir des représentations du théâtre japonais auxquelles j'ai assisté. Je passe sur les pièces historiques qui sont d'une interminable longueur et où les acteurs, vêtus précisément de leurs robes somptueuses, personnifiant des princes ou des héros, déclament et prennent des poses sur le devant de la scène, pendant que, sur un gradin plus élevé, un chœur psalmodie, en s'accompagnant sur le sliamicen, la guitare japonaise. Ce genre de spectacle fatigue tout de suite l'Européen. C'est dans les pièces d'un train plus ordinaire, débarrassées des entraves du genre conventionnel héroïque, que j'ai vu les acteurs japonais, par le feu et la justesse de leur jeu, produire des effets capables de loucher tous les hommes, et

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que je pouvais ressentir quoique je ne susse pas la langue. Je me rappelle surtout avoir assisté au théâtre de Kioto à un épisode tiré de l'histoire des quarante-sept Rhonins. Le principal des Rhonins, Yuranosuké, était représenté au sein de sa famille, en proie à la débauche et à l'ivresse, tombé dans l'abjection simulée qui doit donner le change à ses ennemis et lui permettre de mener à bien la conjuration qu'il médite pour venger son seigneur Yenia.

C'était chose navrante que de voir le désespoir de la femme et de la famille, en présence de la dégradation réelle, à ce qu'elles croyaient, dans laquelle était tombé leur chef. Puis Yuranosuké, à la tête des Rhonins, est allé venger son maître en tuant l'auteur de sa mort, Moronaho. Il retournait alors chez lui, avec une partie des

Rhonins. Mais au lieu de les faire tout sim-

ip.

plement rentrer par le derrière ou les côtés de la scène, on leur avait préparé un long passage en planches, du fond du théâtre à la scène, passant par-dessus le puhlic, occupant ce qui, chez nous, serait le parterre et l'orchestre. Pareil arrangement est rendu facile par ce fait, que les spectateurs japonais accroupis sur des nattes et non assis sur des sièges, se trouvent placés très has Yuranosuké et ses Rhonins rentraient donc, en traversant toute la salle. Leur passage, dans l'espace, au milieu du vide de la salle, dominant les spectateurs d'en bas, était d'un effet extraordinaire et saisissant. Le visage empreint des émotions du combat qu'ils viennent de soutenir, la tête ceinte de linges ensanglantés, les vêtements en lambeaux, leurs sabres dégouttant de sang, ils présentaient une image terrible et répandaient, parmi les spectateurs, l'admiration

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et l'horreur. Puis venait l'entrevue de Yuranosuké avec sa famille et presque aussitôt une scène de désespoir, la dernière séparation; car Yuranosuké et les Rhonins, quoique ayant commis un acte héroïque que tout le monde admire, condamnés par les lois, doivent mourir et, pour se soustraire au supplice, vont aller commettre Yharakiri. Je n'ai jamais été plus profondément remué au théâtre que par cette représentation japonaise et, après plus de dix ans, j'en conserve les moindres détails présents à la mémoire.

Les premières gravures de scènes de théâtre, que nous connaissions, sont dues à Katsu-Kawa Shin-sho et apparaissent à la fin du xvme siècle. Shin-sho a eu vite des imitateurs et des rivaux, dont les œuvres sont devenues rapidement nombreuses. Cependant c'est Toyokouni Ier, de

tous les artistes du commencement de ce siècle, qui a le plus produit de scènes de théâtre. Je suis obligé de le désigner premier pour le distinguer d'un second Toyokouni, dont nous allons bientôt parler. Ses œuvres de début sont d'un dessin et d'un coloris relativement archaïques. Il a d'ailleurs modifié sa manière avec le temps et, dans ses dernières productions, se rattache, par les formes et le coloris, aux artistes plus jeunes. C'est l'acteur Koshiro, l'homme au grand nez, qui est célèbre, au commencement de ce siècle, sur la scène japonaise, aussi est-ce lui qui figure le plus fréquemment dans l'œuvre que nous a donnée Toyokouni Ier. Toyokouni a eu pour élève et ensuite pour principal émule Kounisada, dont les gravures sont constamment entremêlées aux siennes dans les albums.

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De 1820 à 1830, tout un groupe d'élèves cTHokousaï s'adonne à la production de nombreuses scènes d'acteurs qui, réunies en albums, composent une petite bibliothèque. Les plus marquants d'entre eux sont Hokkei qui, dans ce genre comme dans les autres, conserve sa supériorité, puis Hokouyei et Hokoujiou. Ce sont ces deux derniers auxquels on doit le plus grand nombre de feuilles, Hokkei n'en ayant que relativement peu produit. Je n'en connais aucune d'Hokousaï lui-même.

A cette époque. Rikouan occupe le premier rang parmi les acteurs japonais, et c'est lui qui tient les grands rôles dans les gravures

dues aux élèves d'Hokousaï. Rikouan a

joui de son temps, an Japon, d'une grande réputation. Nous pouvons nous former par les albums une idée exacte de sa personne. C'était un homme aux formes corporelles

robustes et très développées pour un Japonais, avec une poitrine profonde, laissant deviner une voix puissante, et des traits accentués, propres à exprimer les grandes émotions. Son répertoire a dû être très considérable, à en juger par le nombre de scènes où on le voit représenté, et on ne peut manquer d'être frappé par le pathétique et la vérité de son jeu. Il a du reste porté bonheur aux artistes qui se sont occupés de lui, car, en reproduisant les scènes de son répertoire, ils ont atteint un degTé de vie et de passion, qui place lout naturellement leurs gravures parmi les plus belles œuvres d'art du Japon.

Kounioshi et Toyokouni II sont les plus marquants des artistes venus après les Hokou dans la production des sujets empruntés au théâtre. Toyokouni II était non le (ils, mais l'élève de Toyokouni Ier, et à

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la mort de son maître, il en aurait pris le nom. Kounioshijtrès fécond. a traité presque tous les genres que l'imagerie a cultivés au Japon, et illustré en outre un certain nombre de livres, surtout des romans. Son dessin est vigoureux. On lui doit des batailles et des séries de guerriers, particulièrement des quarante-sept Rhonins, pleines de hardiesse et de mouvement. Toyokouni, moins robuste que lui, a plus de charme et de grâce et, sauf les scènes de batailles et de guerriers, a traité à peu près les mêmes genres. Il excelle dans le groupement des personnages et dans Farrangement pittoresque des accessoires. Kounioshi et Toyokouni II ont constamment travaillé ensemble et dessiné de concert diverses suites de planches. Dans la production des grandes feuilles coloriées, la gravure des planches en bois, puis l'im-

pression en couleurs jouent un rôle des plus importants, et à côté des artistes dessinateurs, qui seuls nous occupent ici, il avait nécessairement dû se former au Japon d'habiles graveurs en bois et de non moins habiles imprimeurs. Du reste, les livres illustrés et les planches coloriées portent généralement le nom ou le cachet du graveur en bois qui les a coupées, à côté du nom et du cachet de celui qui les a inventées et dessinées. En ce qui concerne le coloris proprement dit, au commencement de ce siècle, il consiste en tons pâles et comme atténués, mais à mesure que l'art se développe, il s'accentue de plus en plus. C'est dans les œuvres de Kounioshi et de Toyokouni II qu'il atteint enfin son maximum d'intensité et arrive à un éclat impossible à dépasser. Un des plus beaux albums dus à la collaboration de Kounioshi et de

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Toyokouni II se compose de scènes de la vie familière; les personnages assemblés en groupe, sont placés dans des intérieurs ou au milieu de bosquets. Chaque scène, de près de cinquante centimètres de largeur, est formée de la réunion de trois feuilles imprimées séparément en couleurs les plus vives. L'œil éprouve une volupté particulière, une sorte d'enivrement à se promener sur ces surfaces où les verts, les bleus, les rouges, aux tons les plus aigus, sont juxtaposés sans demi-teintes et sans transition, et cependant sans que l'ensemble manque jamais d'harmonie, sans qu'une note criarde ou un désaccord se fasse sentir.

Au premier rang des artistes adonnés à la production des grandes feuilles coloriées, il nous faut encore citer Takeoka qui a laissé un magnifique album : les Fleurs et

les Oiseaux des quatre saisons; enfin, Hiroshigué, un des plus grands dessinateurs du Japon, qui a surtout excellé dans le paysage. Hiroshigué a parcouru une longue carrière et son œuvre est considérable. Ses premiers paysages sont d'un faire large et simple, imprimés en tons foncés, où dominent les noirs et les bleus sombres. Il a souvent introduit des personnages, placé des scènes historiques dans ses vues, et retracé ce thème éternel de l'art japonais, l'Histoire des quarante-sept Rhonins. Vers la fin, il a modifié sa manière, en multipliant les détails et les accessoires dans ses paysages et en les imprimant en tons plus clairs. Hiroshigué et Toyokouni II ont fréquemment collaboré à la production de séries de planches, Hiroshigué dessinant les paysages, et Toyokouni les personnages qui s'y trouvaient placés.

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On n'a guère de détails biographiques sur les artistes auxquels sont dues les images en couleurs. Ils faisaient partie de ces artistes-ouvriers sans histoire qui, au Japon, avant l'arrivée des Européens, travaillaient pour le plus mince salaire. Toyokouni II est mort vers 1860, et probablement qu'Hiroshigué est mort vers la même époque.

Toyokouni et Hiroshigué ont été ainsi les derniers de ces dessinateurs qui avaient fait de l'imagerie quelque chose de puissant. Leur art s'est éteint avec eux.

Il faut ranger à part, parmi les livres illustrés, les Meishos qui attirent d'abord l'attention, dans une bibliothèque japonaise, par le nombre de leurs volumes. Les Meishos, sortes de guides, d'itinéraires, font connaître et décrivent ce qui peut exister d'intéressant dans une ville ou une contrée. Les

Japonais semblent avoir pris un plaisir particulier à composer et à lire les livres de ce genre, car ils les ont singulièrement multipliés. Kioto, Yédo et presque chaque province ont eu leur Meisho, formé de six, huit et jusqu'à vingt volumes. Les Meishos sont évidemment d'origine chinoise. Ils ont dû prendre naissance dans les monastères et se borner d'abord à faire connaître les bonzeries, temples et lieux de pèlerinage. Ils n'ont au reste jamais perdu le cachet de leur origine religieuse, car dans tous, même les plus récents, le fond des illustrations se compose de vues de temples, de chapelles bouddhiques et de lieux de dévotion. Ces vues ont un caractère uniforme et traditionnel. Dans le recueil d'exemples de dessin de Monkuni, le Jild-sJiiho, publié en 1 745, on les trouve déjà telles qu'elles seront, dans les derniers des Meishos publiés. Elles sont im-

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