‹ Critique de combat (volume 2)Chapitre 26 sur 30 · Page · texte numérisé non relu

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csi une aes lois les pius vismies ae i évolution littéraire et sociale. Dans la première moitié du siècle, époque d'analyse, de persillage, de raison sèche, la phrase avait été courte, vivo, agile, sémillante; elle avait fini par devenir sautillante et saccadée. Dans la seconde moitié du siècle, époque de synthèse, do sensibilité débridée, de passion ardente, elle redevient tout naturellement ample, majestueuse, périodique, musicale. Buffon est emporté, comme les autres, par un courant qui agit sur tous ceux qui l'entourent. C'est qu'une société, à un moment quelconque do son existence, n'est pas un ramassis d'éléments rassemblés au hasard. Elle est un être organisé, vivant. Quand on parle du corps social, on ne fait point une métaplioro : on exprime en termes précis une chose réelle. Or, do mémo qu'il existe une dépendance mutuelle entre les différents membres qui composent lo corps d'un animal, de même il existe une harmonie visible entre les diverses personnes qui forment cet être à la fois

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un et multiple. Il y a, par exemple, pour la littérature comme pour Tameublement, un slyle Louis XVI. M. Faguet aurait dû s'en souvenir davantage.

Un homme à son tour n'est pas un simple agrégat de parties juxtaposées, sans aucune cohésion entre elles. Il ne se dérobe pas à cette loi de l'unité de composition, qui permit de reconstituer, à Taide de quelques os, la masse entière d'un mastodonte ou d'un mégathérium. Y eût-il en lui des forces en conflit, des opinions qui vont mal ensemble : elles sont de toute nécessité reliées entre elles par quelque lîl mystérieux qui ne doit pas échapper à une analyse bien faite. Admettre dans un cerveau humain tout un groupe d'idées n'ayant aucun rapport avec les autres idées qui s'y rencontrent, c'est à peu près comme si Ton croyait qu'un cheval peut avoir réellement une queue de poisson.

C'est pourtant ce que M. Faguet admet sans scrupule. Il écrit : « Les idées politiques de Rousseau me paraissent, je le dis franchement, ne pas tenir à l'ensemble de ses idées. » Je lui accorde que dès l'abord on est frappé d'un contraste violent, quand on compare, en suivant l'ordre des dates, les premiers et les derniers écrits politiques du citoyen de Genève. Il apparaît à la fin comme

Bien des ponts les réunissent. Dès ses débuts Rousseau concède à sod compatriote Bonnet que la société est naturelle à l'homme comme la vieillesse; elle devient ainsi un état par lequel l'humanité doit passer, une sorte de mal nécessaire, un fait avec lequel il faut compter : voilà le trait d'union entre ses théories primitives, qui la condamnent, elles tentatives qu'il fora plus tard pour l'organiser. Et ce n'est pas tout. Que de pensées communes décèlent le même auteur I Jean-Jacques, dans son second Discours, dénonce l'inégalité comme une des causes capitales qui ont fait de civilisation le synonyme de corruption ; et l'idée d'égalité est la principale génératrice du Contrat social. Cherchez-vous une liaison entre ce dernier ouvrage et les autres écrits du pliilu-' sophc" S'il est un rôle que Rousseau se plut à jouer toute sa vie, ce fut celui d'apôtre du retour à la nature. Or, quand il jette dans le cinquième livre de lÉmtle l'esquisse de sa grande théorie pulitiquo, il débute par cette phrase : « Remontons

d'abord à l'état de nature; nous examinerons sî les hommes naissent esclaves ou libres... » Et dans le Contrat social tout entier, en quoi consiste sa méthode, sinon en une opposition du droit naturel à la loi positive ? N'y retrouve-t-on pas encore en mille endroits le puritain ennemi du luxe, le Genevois ami des petits États, le Suisse partisan du système fédératif? Il m'est impossible après cela de voir dans le Contrat social un îlot isolé et comme perdu dans une masse de choses qui lui sont étrangères et je regrette une fois de plus l'aisance avec laquelle M. Faguet retranche un homme de son temps et une œuvre de l'ensemble dont elle fait partie.

Toutes les manières de fausser l'histoire quo j'ai dû relever chez M. Faguet, il les a condensées dans son article sur Voltaire ou plutôt contre Voltaire. Il faut y insister; cette exécution est, dans la petite fête offerte aux ennemis du xviii® siècle, le numéro à effet qui allèche les amateurs de futto à main plate et qui fait dire aux bonnes gens :

Joseph de Maîstre a dû en tressaillir au fond de son tombeau. Il est dépassé dans sa haine pour le grand démolisseur du dogme catholique. 11 daignait lui reconnaître encore une certaine grandeur, la puissance malfaisante, mais surhumaine, d'un démon; il voulait lui faire élever une statue par la main du bourreau. Quel excès d'honneur pour ce chétif personnage ! Voltaire, aux yeux de M. Faguet, n'est qu'un bourgeois-gentilhomme, une façon de parvenu ridicule et poltron, dur pour les petits, servile envers les grands, plat adorateur de la force, recevant avec grâce les coups de pied familiers des princes et des rois; un Tartufe qui se masque par méchanceté, par peur, par plaisir, qui « ment comme l'eau coule » ; du reste, un parfait égoïste qui s'enrichit sous prétexte de l'aire du bien à autrui; qui a la chance de satisfaire ses rancunes contre la magistrature et sa rage de popularité, le jour où il défend deux ou trois condamnés innocents; en somme, « le cœur le plus sec qu'on ait jamais vu » ; un être sans conscience et sans âme, qui n'a jamais su distinguer le bien du mal.

Voilà, je vous l'avoue, un abominable homme.

Peut-être au moins fut-il un penseur? Lui I II

n'a eu ni profondeur, ni imagination, ni sensibilité, ni dévouement à sa pensée, ni opinion fixe sur quoi que ce soit. Il était incapable de progrès et d'élargissement successif. InipnssilJ.r' tir li-uuver même une idée maîtresse à sa vie intellectuelle. — Alors, il fut artiste ? — Fi donc I Pas la moindre conception artistique qui lui soit personnelle. Pas Tombre d'une idée neuve. Conservateur en toutes choses, précurseur en rien : telle est la formule qui le résume. — Mais il eut dePesprit, à ce qu'on prétend ? — Si Pon veut ; quand il ne parle pas comme M. Jourdain ou comme M. Homais. On confesse qu'il fut un grand curieux, qu'il fut même très intelligent. Seulement, cet homme très intelligent « n'entend rien (je vous ai déjà dit que M. Faguet n'exagère jamais) à Pantiquité, au moyen âge, au christianisme ni à aucune religion, à la politique moderne, à la science moderne naissante, ni à Montesquieu, ni à Buffon, ni à Rousseau... *. » Que pourrait-il bien n'avoir pas compris encore ? Ah ! II. ne comprend pas qu'il puisse y avoir un mystère à Porigine ou à la fin des choses. Aussi, M. Faguet Paimerait-il mieux, s'il s'était borné à demander quelques réformes de détail et à écrire une centaine de jolis contes. Il pardonnerait même

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