Voir surtout pages 227, XXII
s'il n'était point philosophique. Je le crois "sans pcitie I II y a tant de gens qui préféreraient ainsi un bon petit Voltaire de poche, revu, corrigé et considérablement diminué, à l'usage des âmes pieuses et des Instituts hion pensants!
On no peut pas dire que ce portrait du patriarche de Ferney soit flatté. Mais oyez ce qui suit, Français, mes frères, et frappez-vous la poitrine; humiliez- vous, race futile et légère! «Voltaire noua ressemble. L'esprit moyen de la France est en lui. M Sauf qu'il ne fut pas brave, c'est le type du Français. Vous avez bien entendu. M. Faguet, ce patriote chatouilleux qui ne trouve pas le xviii* siècle assez français pour lui, parle de nous comme on a eu coutume de le faire en Allemagne, ces années dernières. pauvre France I Ce n'est pas assez qu'elle ait été vaincue sur les champs de bataille : par quel excès d'humilité ses enfants, complices de sa défaite, prennent-ils plaisir à rabaisser ainsi l'esprit français I
Que faire pourtant, si tout cela n'est que justice ? Heureusement que les allégations de M. Faguet sont sujettes à caution. Nous l'avons déjà vu; nous allons le voir encore. Non pasque nous voulions discuter toutes cellosqui prêtent à la critique I
Ce serait long et fastidieux ; il suffira d'en choisir quelques-unes comme échantillons.
Faut-il vous montrer d'abord le parti pris dans toute sa beauté ? M. Faguct, pour mieux écraser Voltaire, a (c'était indiqué) grandi démesurément quelques-uns de ceux qui l'entourent, Buffon et Montesquieu, par exemple. Plût aux dieux (dont il parle souvent) qu'on n'eût à lui reprocher qu'un excès d'admiration pour les rivaux de sayictime ! Le malheur est qu'il a deux poids et deux mesures. Montesquieu se contredit: «Quel esprit vaste sachant embrasser les contraires ! » Voltaire n'est pas d'accord aveclui-même sur la nature del'âme: « Quelle inconsistance, quel chaos ! » Voltaire, n'ayant point la vocation du martyre, prend ses précautions contre l'Église ;il écrit par exemple: « Le miracle est très respectable dans la Bible ; mais ailleurs il est absurde. » — Quel manque de sincérité I quelle bassesse d'âme, ô ciel ! —Buffon, exactement pour la même raison, insère dans son œuvre des tirades chrétiennes : « ce sont formules de haute convenance, choses de bonne compagnie. »
On est dispensé de ménagements, de justice même, avec Voltaire. On peut impunément supprimer des opinions qu'il eut et lui en prêter de toutes contraires ; il est permis, sinon méritoire,
.uce... Jamais u ne va pats lom •. » fit ii mut are comme M. Faguet explique doctement que la vraie morale prescrit le dévouement, qu'elle commence à la cliarité, et que Voltaire n'atteint pas où elle commence. Ainsi donc la morale de Voltaire aurait été purement négative. La question est facile à élucider : il s'agit de faits, non d'opinions. Or, il avait repris à son compte la formule chère au bon abl)ô de Saint-Pierre : « Paradis aux bienfesants t » Il écrivait ^ : « Si un anima! sentant et pensant dans Sirius est né d'un père et d'une mère tendres qui aient été occupés do son bonbcur, il leur doit autant d'amour et de soins que nous en devons ici à nos parents. Si. quoiqu'un, dans la voie lactée, voit un indigent estropié, s'il peut le soulager et s'il ne le fait pas, il est coupable envers tous les globes. » Ce qu'il disait en prose, il Ta vingt fois redit en vers.
C'est n'être bon A rien que n'être bon qu'à soi... C'est peu d'êtro équitable; il faut rendre service, Le. juste est bienfaisant...
... Aimez Dieu, mais aimez les mortels :
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•pkiquf, article BEiiaioK.
Voilà rhomme et sa loi; c'est assez; le ciel même A daigné tout nous dire en ordonnant qu'on aime*.
Il faut choisir. Ou bien M. Faguet no connaissait pas ces passages qui sont cités partout, et alors pourquoi se vante-t-il d'écrire après une lecture « récente, attentive et complète ^ » des ouvrages de Voltaire? Ou bien il les connaissait, et alors... J'aime mieux ne pas conclure. Mettons qu'il les a oubliés. C'est égal. Voltaire n'a pas du commettre beaucoup de légèretés plus fortes que celle-là.
Vous plaît-il maintenant de revoir à i'<Buvre le talent particulier dont est doué M. Faguet pour séparer les choses des causes qui les expliquent? Il insinue que Voltaire fut un lâche, en disant que « tous ses ouvrages sont des lettres anonymes, quand ils ne sont pas signés d'un nom qui n'est pas le sien ^. » Mon Dieu 1 oui, il y aurait eu plus de crânerie à s'avouer le père des pamphlets qu'il éparpillait au vent; seulement, dès le premier, l'auteur eût été supprimé par lettre de cachet. Je ne veux pas supposer que M. Faguet eût préféré cela; mais je voudrais le prier de se rappeler qu'en ce temps-là l'abbé Galiani déflnissait l'éloquence « Tart de tout dire sans aller à la Bas-