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démocratique dire librement du mal de la démocratie; il peut mèmeètrc payé par la République et parler ou écrire, avec uue bravoure d'autant plus grande qu'elle est sans péril pour lui, contre les principes qui sont à la base du gouvernement républicain ; mais les puissances étaient plus ombrageuses, il y a cent cinquante ans. Duclos disait plaisamment : * Messieurs, parlons del'élépliant; c'est la seule bête un peu considérable dont on puisse parler sans danger. » En !728, un décret portait ou plutôt maintenait contre imprimeurs et libraires la peine de la conliscation, du carcan, des galères, n'eussent-ils publié qu'une page non revêtue de l'estampille officielle. En 1757, une ordonnance royale condamnait à mort tout auteur d'écrit " tendant à émouvoir les esprits « et, si les mœurs répugnaient à l'application de cette loi de sang, le nombre formidable des gens de lettres qui furent exilés ou emprisonnés, des livres qui furent saisis, lacérés ou brûlés, prouve que le pouvoir ne s'en tenait pas aux menaces. Que Voltaire, comme Montesquieu d'ailleurs ou Diderot, ait dû par suite recourir à toute sorte de subterfuges, on peut le regretter. Mais à qui la faute,
s'il fallait se masquer pour dire sa pensée? S*il eût daigne regarder d'un peu plus près les conditions précaires où étaient alors placés les* écrivains, peut-être leur confrère plus heureux d'aujourd'hui eut-il fait remonter plus haut le blâme dont il accable son patient ordinaire.
Peut-être aussi qu'il aurait trouvé les contradictions de Voltaire moins énormes et plus expli. cables, en les rattachant aux circonstances qui les ont produites. Mais il préfère exagérer et choquer Tune contre l'autre les opinions successives par où le philosophe a pu passer. C'est le procédé brillant et injuste du polémiste, bon pour la bataille, mauvais pour la recherche de la vérité. Il a recours au dilemme qui a une apparence de rigueur et peut embarrasser les naïfs. 11 s'écrie, par exemple : « Voltaire est-il optimiste? Est-il pessimiste? Croit-il au libre arbitre ou à la fatalité? » Et il ajoute triomphalement : « Je défie qu'on réponde par un oui ou un non bien tranché. » Triomphe facile et défi sans danger! Si quelqu'un me demandait, en me montrant un mulâtre : — Estil blanc? Est-il noir? Répondez par oui ou par non! — aurais-je tort de m'y refuser et de c^ire à ce quelqu'un-là : Commencez donc par poser vos questions comme il faut!
Pour la première, ne dirait-on pas qu'il faille de
de citer : c'est la Vision de Babouc. Babouc a été chargé par le Génie Ituriel d'éludier si la cité de l'crsépolis (iisez Paris) a mérilô d'être détruite. « Voici comment il s'y prit pour rendre ce compte. Il fit faire par le meilleur fondeur de la ville une petite statue composée de tous les métaux, des terres et des pierres les plus précieuses et les plus viles ; il la porta à Iturlel : n Casserez-vous, dit-il, " cette jolie statue, parce que tout n'y est pas or » et diamants? » Ituriel entendit à demi-mot; il résolut de ne pas même songer à corriger Persépolis et de laisser aller le monde comme ilvaj car, ditil, « si tout n'est pus bien, tout est passable, u Voltaire a dit encore :
Tout est bien aujourd'liui, v o il ii l'illusion. Tout sera bien un jour, voilà notre
Telle est son opinion, quand il raisonne de sang. froid. — Mais voyez le Mondain, nous dit-on. — C'est vrai, il s'y écrie :
le bon temps que ce siècle de fer!
Pourtant, tel peut préférer le luxe au brouet noir, déclarer qu'il vaut mieux
•.. Vivre à présent qu* avoir vécu jadis,
et n'être pas convaincu que notre globe est le séjour du bonheur parfait.
— Et Candide? reprend-on. — Belle difficulté I Un tremblement de terre vient de détruire une ville et d'engloutir des milliers d'hommes. Vous vous apitoyez sur les victimes de la catastrophe. Passe un monsieur qui vous crie : « Comment ! Vous osez trouver qu'il y a du mal dans l'univers! Je vous dis, moi, que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. » Que ferez-vous pour répliquer à ce monsieur ; vous accumulerez les malheurs, les désastres, les spectacles répugnants que vous avez pu voir de vos yeux ou dans l'histoire, et vous répliquerez à cet optimiste intransigeant : « Le voilà, votre monde si merveilleusement agencé! » C'est-à-dire que vous écrirez Candide y si vous avez la plume de Voltaire, cela s'entend. M. Faguet sait aussi bien que moi que ce roman est une réponse à Rousseau; qu'il a pour but de montrer l'envers de la réalité à quelqu'un qui n'a voulu en voir que l'endroit; qu'il pousse exprès les choses au noir par réaction contre un tableau poussé au rose. En pareil cas, on exagère
tour l'optimisme absolu de Housseau, étale aussi les souffrances et les misères de tout ce qui vit; il refait Candide à sa façon '. Je vais me répéter; mais, comme Pierrot, « je dis toujou la même chose, parce que c'est toujou la même chose ii. Quel dommage que M. Faguet s'obstine à séparer les causes et les effets t U aurait pu faire l'histoire des variations de Voltaire, ce qui eût été intéressant : il n'en a fait que ta satire.
Second dilemme : « Voltaire croit-il au libre arbitre ou à ia fatalité? » — Qu'est-ce à dire ? Il n'y a donc pas non plus de moyen terme entre ces deux extrêmes! M. Faguet n'a pas entendu parler du déterminisme! 11 no soupçonne pas l'existence de cette doctrine qui est, au gré do bien des philosophes, la conciliation do ce que l'un et l'autre contiennent de raisonnable I Si pourtant. Carie dilemme prend un peu plus loin cette autre forme : « Voltaire est-il déterministe ou croit-il au libre arbitre ? ' « Et voilà comme par un habile tour de passe-passe on identifie deux systèmes philosophiques qui n'ont qu'un point commuo! La confuaioa