‹ Critique de la doctrine de KantChapitre 18 sur 90 · L'IDÉAL DE LA RALSOX PUHE ET L'IDÉE DE L'ÊTRE SUPRÊME · texte numérisé non relu

L'IDÉAL DE LA RALSOX PUHE ET L'IDÉE DE L'ÊTRE SUPRÊME

esl requis pour la complète détermination de l'idée. Car, de tous les prédicats contradictoires, il n'y en a qu'un qui convienne à l'idée de l'homme parfait. Ce qui pour nous est un idéal était, dans le langage de Platon, Vidée d'un esprit divin, un objet individuel, présent dans sa pure intuition, le plus parfait de tous les les genres d'être possibles et l'archétype de toutes les copies phénoménales. » Mais Kantne l'entend pas ainsi. « La raison humaine, dit-il, ne contient pas seulement des idées, mais bien aussi des idéaux, qui, pour n'avoir pas, comme ceux de Platon, un pouvoir créateur, possèdent un certain pouvoir pratique (en qualité de principes régulateurs), et posent le fondement d'une possibilité de perfection de certaines actions. »

Nous n'avons pas besoin de suivre Kant dans l'explication d'une thèse familière à tous dont on use et abuse dans les questions de devoir. En principe elle refuse à l'idéal la réalité objective q\. même elle détourne V homme pratique de chercher à la réaliser dans le phénomène, dont il sert seulement, c'est Kant qui le dit, à mesurer V imperfectioii inévitable. Les adversaires de la morale kantienne, qui ont jugé avec sévérité la formule absolue du devoir comme une offense au sentiment, n'ont pas remarqué que Kantne croyait pas plus qu'eux à la possibilité d'observer rigoureusement ou toujours l'impératif catégorique. Nos jugements qui motivent nos actes répondent en grande partie à des impératifs hypothétiques. La théorie indulgente ou relâchée de l'idéal est donc d'une vérité forcée, indéniable, dans les conditions de la vie humaine, en notre état d'infirmité et d'ignorance.

Mais autre chose est l'admission d'une casuistique dans le jugement des actes moraux, autre l'abaissement de nos vues spéculatives pour nier la possibilité de la réalisation de l'idéal dans les fins de l'univers, dans

Kenouviek. — kant. 8

les souveraines données de l'existence universelle et de la réalité suprême. Or, c'est ce dernier usage que Kant a fait de l'idéal en tant qu'opposé au réel dans sa doctrine critique de la divinité. Voici d'abord comment il définit l'idée de la réalité suprême :

« Toute la diversité des choses ne consiste qu'en autant de modes de limitation des concepts de la plus haute réalité qui est leur commun substratum, de même que toutes les figures ne sont que différents modes de limitation de l'espace infini. Son objet qui n'existe que dans la raison est appelé, en conséquence, Vét?'e originel {eus originainum)^ Vêtre suprême [ens summum) en tant qu'il n'y a rien au-dessus de lui, et l'être de tous les êtres [ens e?itiu?n), en tant que toute chose lui est subordonnée et qu'il les conditionne toutes. Mais tout cela ne signifie pas la relation objective d'une chose réelle aux autres choses, c'est seulement le rapport d'une idée à des. concepts, et nous restons dans une parfaite ignorance en ce qui touche l'existence d'un être d'une supériorité si éminente...

« Si nous développons cette idée qui est la nôtre, en l'hypostasiant, il nous sera possible de déterminer l'être originel par le concept de la plus haute réalité comme simple, universellement suffisant, éternel, etc., et, en un mot, de la déterminer dans son inconditionnée totalité sous tous les prédicaments. Le concept d'un tel être est le concept de Dieu dans le sens transcendantal, et l'idéal de la raison pure est ainsi l'objet d'une Urologie transcendantale.

« Cependant, par un tel emploi de l'idée transcendantale nous dépasserions les bornes de son objet et de son admissibilité. La raison n'en fait usage que comme du concept de toute réalité, pour poser un fondeuiciil de la complète détermination des choses, sans demander que toute cette réalité soit donnée objective-

L'IDÉAL DK LA RAISON Fl'HE ET L'IDÉE DE L'ÊTRE SUPRÊME Ho

ment et constitue elle-mèine une chose. Cette chose esl une pure fiction, à Taide de laquelle nous embrassons et réalisons toute la diversité de nos idées en un idéal unique comme dans un être particulier. Nous n'avons pas le droit de cela faire, non pas même d'assumer la possibilité d'une semblable hypothèse '. »

Cette définition du suprême idéal est remarquable par son caractère panthéiste formel, par l'exclusion de l'idée de personnalité des tr'aits reconnus à cet idéal, et par le refus d'en admettre, ne fût-ce que par hypothèse,— on ne voit pas pourquoi — l'objectivité, si saillante pourtant dans ses termes. Kant observe en note que la personnalité s'ajoute, par un procès naturel de la Raison vers l'unité, aux autres caractères de la constitution de Vhypostase mais il ne tient compte de cette partie essentielle de l'idéal que dans ses réfutations (qui suivent immédiatement) des démonstrations de l'existence de Dieu. Après ces pages célèbres, que nous étudierons plus loin, il revient à la question générale de l'idéal divin sous le titre de Critique de toute théologie fondée sur les principes spéculatifs de la Raison. Abordons immédiatement cette dernière qui nous donne la pensée définitive de Kant.

h'Idéalde la Raison pure est traité dans cette critique, avec une faveur relative, comme une haute, importante et solennelle conception humaine, encore bien qu'on ne la puisse tenir pour capable d'ajouter qutlque cliose à nos connaissances. Kant semble ne pas la distinguer de la théologie traditionnelle de l'Église, cet irrationnel produit des âges et de mille ans de métaphysique, gouvernée par un dogme qui réunit les contradictoires et répugne au libre entendement. Prenant le système en ses sommités philosophiques, à titre d'idéal, Finva-

1. Diulcclique Iransccndanlule, 1. Il, chap. m, sect. i et u.

n,i CRITIQUE DE LA DOCTRINE DE KANT

liJanl comme sans preuve possible, le louant comme utile, utile même à la Raison, il se montre, ainsi que dans ses discussions des antinomies et des paralogismes, embarrassé par sa constante visée propre à l'absolu, et hostile, au fond, à toute vraie doctrine de la personnalité, parce que cette doctrine est inconciliable avec la philosophie de l'infini qui est au fond de la sienne.

« Pour l'usage purement spéculatif de la raison l'Être suprême n'est sans doute qu'un idéal, mais c'est un idéal sans défaut, un concept qui finit et couronne le tout de la connaissance humaine, et dont la réalité objective, quoique impossible à prouver, ne peut pas davantage, par la voie spéculative, être prouvée fausse. S'il y avait une éthico-théologie capable de combler cette lacune, la théologie transcendantale, qui jusquelà n'était que problématique, montrerait combien elle est indispensable en déterminant son concept et en contrôlant incessamment la raison qui est si souvent abusée par la sensibilité et n'est pas toujours d'accord avec ses propres idées. La nécessité, l'infinité, l'unité, l'existence extramondaine (mais non en qualité d'âme du monde), l'éternité affranchie des conditions du temps, l'omniprésence affranchie des conditions de l'espace, la toute-puissance, etc., ce sont là les prédicats transcendantaux et ce sont leurs concepts épurés, que toute théologie requiert et qui. ne peuvent être dérivés que de la théologie transcendantale *. »

On voit que c'est pour la théologie transcendantale , expressément, et non pour V éthico-théologie (c'est-à-dire la Religion, le Christianisme) que Kant revendique le privilège de ces concepts supérieurs, épurés. Or nous savons qu'une connaissance transcendantale est celle qui

t. Dialectique traiisccndanlale . 1. II, cliap. m, sect. 7. Critique de toute lUêoloyie, etc., sub fin.

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