LES TROIS HAUTES FINS DE LA IIAISON SPÉCULATIVE
dogmatisme: « nature spirituelle et immortalité de Tâme »; et « nous pouvons, dit-il, comprendre cela, mais nous ne saurions y baser aucune explication, ni par rapport aux phénomènes de cette vie, ni en ce qui touche la nature particulière d'un état futur, attendu que notre concept d'une nature incorporelle est purement négatif, n'étend nullement notre connaissance, et ne nous fournit matière à aucunes conséquences qui ne soient toutes fictives et inacceptables pour la philosophie ». C'est là écarter sans examen, comme des spéculations indignes de l'attention des philosophes, et la monadologie, et d'autres hypothèses sur l'inséparabilité de l'àme et du corps, et toute la partie, acceptable sauf amendement, des doctrines antiques sur la destinée de l'âme. Entre la Raison pure, qui est la raison vide, et une libre investigation de l'esprit sur ses propres lois, dans l'individuel et dans l'universel, Kant est décidé à n'admettre point d'intermédiaire; il exige absolument que la croyance manque d'appui dans la connaissance.
A l'égard de la divinité, troisième point, « alors même, dit Kant, que l'existence d'une intelligence suprême aurait été démontrée, nous pourrions, il est vrai, nous servir de cette notion pour nous rendre intelligible l'existence d'un dessein dans la constitution du monde, et l'ordre du monde d'une manière générale, mais nous ne saurions y trouver le droitd'en déduire aucun arrangement particulier, aucune disposition qui, n'étant pas percevable, se conclurait cependant hardiment ; car c'est une règle nécessaire, pour l'emploi spéculatif de la Raison, de ne point mettre de côté les lois naturelles, de ne point abandonner ce que nous pouvons apprendre de l'expérience, pour dériver quelque chose que nous savons de quelque chose qui dépasse absolument toute notre connaissance ».
Cette dernière proposition achève de melli-e un inter-
valle infranchissable entre la connaissance qui passe tout entière, absolument, du côté de l'expérience, et ce qu'il faudra bien cependant supposer d'objectif et de réel, d'un autre côté, pour le fondement des thèses que Kant va maintenant nous proposer. Car ces thèses rétabliront les « trois propositions cardinales », non, sans doute <( au point de vue de l'ordre pratique, c està-dire (le l'ordre qui embrasse tout ce qui est possible par la liberté » ; et là il va être question d'une « certaine liberté pratique, démontrable par l" expérience , dans le conflit des impressions produites sur notre faculté de désirer, et des lois impératives de notre raison » ; puis de notre bonheur et de notre « droit au bonJieur », selon nos actes, et enfin de nos espérances et des conditions externes à la faveur desquelles elles peuvent seulement être réalisées. Kant ne laisse pas de renouveler son affirmation àeV indifférence des questions spéculatives « quand il s'agit de pratique » ; il retranche seulement ici de sa première déclaration, touchant Vidéal de la Raison pure et la vanité du théisme en théorie, la recommandation de demeurer nous-mêmes indifférents à ce qu'il peut y avoir de vérité au fond des choses'.
C'est immédiatement après cette section de la méthodologie transcendantale où il prétend bannir, des trois jjro positions cardinales delà pragmatique humaine, toute vue spéculative, que Kant entreprend de formuler ces mômes propositions sous ce titre : De l'idéal du Souverain Bien comme déterminant la fin ultime de la Raison pure. Il serait inutile et fastidieux d'examiner des distinctions qui manquent de clarté et qui sont fausses ; rien ne saurait être plus clair que la nature spéculative des questions qui portent sur le bonheur, sur sa définition, sur les moyens de l'obtenir et sur les conditions
I. Méthode du transcendantalisme, chap. u; Canon de la Raison pure, f^sect.; De la fin uUinie de l'usage pur de noire raison. — V. ci-dessus, p. 8/4.