‹ Critique de la doctrine de KantChapitre 22 sur 90 · LKS THOIS HAUTES FINS DE LA RAISON SPÉCULATIVE · texte numérisé non relu

LKS THOIS HAUTES FINS DE LA RAISON SPÉCULATIVE

que la nature du monde met à sa réalisation possible. Pour y croire, il faut croire savoir quelque chose au moins sur ces trois points, et ce croire savoir est toujours une spéculation.

Et tout d'abord Kant pose trois (juestions dans lesquelles, il le dit lui-même « se concentre tout l'intérêt de ma raison tant spéculative que pratique : Que puis-je savoir ? — Que dois-je croire ? — Qu'ai-je à espérer ? » Toute religion et toute philosophie ont été des essais nécessairement spéculatifs de répondre à ces questions.

Kant définit le bonheur « la satisfaction de tous nos désirs : satisfaction cxtensive (\mn\.in leur variété, intensive quanta leur degré, etprotensive quant à leur durée ». Il rattache à cette définition deux lois : une loi pratique et empirique, la règle de prudence dont le désir du bonheur est le molôile, et la loi morale, dont le mobile unique est de mériter le bonheur ; et il admet qu'il y a effectivement des lois morales pures, qui commandent absolument, qui sont en cela nécessaires, abstraction faite des inclinations et des moyens d'action, et n'ont égard qu'à la division des actes entre ce qui doit être et ce qui ne doit pas être fait, à la liberté de l'être raisonnable, et à son mérite relativement au bonheur. Ces traits de doctrine morale portent au plus haut degré le caractère d'une vue spéculative. Ceux qui suivent ne font que les accuser en formulant une théorie de la « distribution du bonheur suivant des principes ».

La Raison pure, dit Kant, renferme un principe de possibilité de l'expérience ; car comme elle commande que certaines actions se fassent, il faut bien qu'elles soient possibles. La Raison possède ainsi une causalité par rapport à la liberté en général, mais non pas par rapport aux lois de la nature. Elle ne produit pas ces lois, mais elle produit des actions. Ses piincipcîs ont donc une réalité objective en leur usage pratique et

RtNOUviEK. — Kant. g

parliculièroment sous l'aspect moral. Le monde moral, c'est-à-dire le monde tel qu'il peut être en vertu de la liberté, tel qu'il doit être en vertu des lois nécessaires de la moralité, est un monde purement intelligible, une idée, mais qui possède une réalité objective : « Non qu'elle se rapporte à un objet d'intuition intelligible (ce que nous ne saurions même concevoir), mais en vertu de sa relation au monde sensible. Ce dernier est conçu à cet effet comme un objet de raison pure en son usage pratique, et comme un corpus mysticum des êtres rationnels qui l'habitent, en tant que leur libre arbitre, placé sous des lois morales, forme une unité pleinement systématique en lui-même et avec la liberté de chacun des autres. »

La doctrine est belle, mais comment pourrait-elle répondre aux espérances des êtres rationnels, selon la pensée de Kant, et atteindre le but proposé d'une harmonie entre le mérite et le bonheur, si elle exclut comme inconcevable la possibilité d'existence d'un objet d'intuition intelligible ?

Et, d'une autre part, la Raison ne possédant point la causalité à l'égard des lois de la nature, ces lois étant telles (ainsi que Kant nous le rappelle si souvent et partout) que la succession des phénomènes est invariable, et leur solidarité certaine, comment se pourrait-il qu'il y eût une causalité de la Raison par rapport à la liberté'^ Cette sorte de causalité ne touche point des phénomènes déterminés d'ailleurs. Sur quoi donc Kant entend-il qu'elle porte et que le libre arbitre s'exerce? Et puis comment peut-il dire que Vacte ?noral él3Lnt commandé, il faut qu'il soit possible, alors que, moral ou non moral, l'acte est toujours nécessaire en vertu de son enchaînement aux phénomènes antécédents. La place du libre arbitre n'est pas dans le monde phénoménal, selon Kant, on ne saurait donc

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