‹ Critique de la doctrine de KantChapitre 24 sur 90 · L'IDÉAL DU SOUVERAIN BIEN. — QUESTION DE SA VALIDITÉ OBJECTIVE · texte numérisé non relu

L'IDÉAL DU SOUVERAIN BIEN. — QUESTION DE SA VALIDITÉ OBJECTIVE

Kant donne le nom d'Idéal du Souverain Bien à l'idée d'une Intelligence en laquelle la volonté morale parfaite, unie à la souveraine félicité, réalise tout bonheur en ce monde en rapport avec la condition de moralité. La Raison veut, en effet, dit-il, que nous nous représentions nous-mêmes comme les habitants d'un tel monde, quoique nos sens ne nous révèlent qu'un monde de phénomènes, et nous devons nous représenter comme le monde futur, si nous méritons de l'habiter, celui où doit régner l'harmonie, « Il suit de là que Dieu et la vie future sont deux propositions qui, suivant les principes de la Raison pure, ne peuvent être séparés de l'obligation que cette même raison noiisimpose. »

Cette profession de foi de théisme rationnel est complétée de la thèse formelle de la création et de la Providence : « La proportionnalité du bonheur à la moralité n'est possible qu'en un monde intelligible régi par un sage auteur et gouverneur... Il est nécessaire que le cours entier de notre vie soit subordonné à des maximes morales, et c'est là ce qui est impossible à moins que la Raison n'attache à la loi morale, qui est une pure idée, une cause efficiente capable d'assigner à notre conduite, en rapport avec la loi morale, une issue en

corresporulatu'e exacte avec nos plus haules fins, ou dans cette vie ou dans une autre. Sans un dieu et sans un monde, invisil)le sans doute, mais espéré, les magnifiques lois de la moralité pourraient bien être pour nous des objets d'approbation et d'admiration, mais non des sources et des mobiles d'action parce qu'cdles n'atteindraient pas cette intégrité du but naturellement assigné à l'être rationnel, qui est déterminée a priori par la Raison pure elle-même, et qui est nécessaire. »

Il faut se souvenir qu'il ne s'agit toujours ici ((ue d'une idée, sans aucune connaissance supposée qui s'y rapporte. Kant n'a pas retiré cet arrêt, quelque difficile que nous puisse paraître la tcàche qu'il nous impose d'ignorer ce que nous définissons comme nécessaire, la substance de nos espérances (£X7:'.^o[;,£va)v OzôaTaj-ç) *. Mais, s'il n'évite ainsi qu'illusoirement l'affirmation intellectuelle, il ne se donne pas même l'apparence d'échapper aux formes du dogmatisme le plus net en son affirmation de l'obligation morale, et du droit qu'elle a de se poser en mobile d'action. On se demande alors au nom de quoi le critique de la Raison pure est fondé, intellectuellement, à réclamer pour la Raison pratique, telle qu'il l'entend et la formule, un privilège de vérité qu'il refuserait au stoïcisme, par exemple, doctrine étrangère aux espérances en un état futur.

Il est vrai que la pensée de Kant est de placer l'affirmation morale au-dessus des notions d'ordre intellectuel : « Ni la théologie transcendantale ni la théologie naturelle, si loin que la Raison nous conduise, ne nous fondent à admettre un être unique en état de dominer toutes les lois naturelles et de les tenir sous tous les rapports dans sa dépendance. Du point de vue de l'unité morale, au contraire, comme loi nécessaire de l'univers,

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