‹ Critique de la doctrine de KantChapitre 31 sur 90 · I . Criliijue de la liaison pratujue, p. uaS-aSo · texte numérisé non relu

I . Criliijue de la liaison pratujue, p. uaS-aSo

pour celui qui la reconnaît, et ce « fait d'admettre », qui, pour la raison théorique, est une hypothèse, pour la raison pratique (loi morale), une croyance, et n'est pas, pour cela, soumis à l'examen logique et aux recherches spéculatives que les croyances et les hypothèses appellent pour leur contrôle, tout cela n'est que distinctions visiblement artificielles. Leur signification est, en somme, que les postulats moraux, quoique très évidemment spéculatifs et objectifs en leur portée, ne doivent pas être exposés à la commune critique des notions intellectuelles ; plus au fond, que l'objet de nul concept transcendant n'est assuré tant qu'il demeure spéculatif et ne peut être présenté à l'intuition ; et ceci est une manière de retirer la croyance en la posant, puisque c'est la séparer irrémédiablement de tous moyens d'assurance en sa réalité, nulle intuition n'étant possible des objets transcendants :

« Pour étendre pratiquement une connaissance pure, il faut qu'il y ait une fin, c'est-à-dire un but donné a priori comme un objet (de la volonté) qui, indépendant de tous principes théologiques, est représenté, comme pratiquement nécessaire, par un impératif catégorique qui détermine immédiatement la volonté, et qui, dans ce cas, est le Souvei^ain Bien. Or cela n'est pas possible sans supposer trois concepts théoriques (auxquels, parce qu'ils sont simplement des concepts purs de la raison, on ne peut trouver aucune intuition correspondante, ni, par conséquent, par la voie théorique, aucune réalité objective), à savoir la liberté, l'immortalité et Dieu. » — Ainsi, sans intuition, point de réalité dont on se doive croire assuré ; des possibilités seulement. — « Donc la possibilité de ces objets de la Raison pure spéculative, la réalité objective que cette dernière ne pouvait leur assurer est postulée par la loi pratique qui exige l'existence du Souverain Bien

possible dans un monde. Par là sans doute la connaissance théorique de la Raison pure reçoit un accroissement, mais il consiste simplement en ce que ces concepts, d'ailleurs problématiques pour elle (simplement concevables), sont maintenant assertoriquement reconnus pour des concepts auxquels appartiennent réellement des objets, parce que la raison pratique a indispensablement besoin de leur existence pour la possibilité de son objet, le Souverain Bien, qui, pratiquement, est absolument nécessaire, et que la Raison théorique est autorisée par là à les supposer. » — Assertoriquement, le mot est remarquablement bien choisi pour qualifier cette proposition : que la raison théorique peut légitimement supposer son objet parce que la raison pratique ne saurait se passer du sien! Mais supposer, est-ce bien le mot ?

« Cette extension de la raison théorique n'est pas une extension de la spéculation, c'est-à-dire qu>//e ne permet pas d'en faire un usage positif au point de vue théorique. » Il y a accroissement de connaissance en un point seulement : c'est que nous reconnaissons la possibilité de réaliser l'objet de la raison pratique. « Mais lorsque la Raison est une fois en possession de cet accroissement, elle traitera comme raison spéculative (en réalité seulement pour assurer son usage pratique) ces idées négativement, c'est-à-dire non en les étendant mais en les éclaircissant, pour écarter, d'un coté, Vantropomorphis?ne comme la source de la superstition, ou l'extension apparente de ces concepts par une prétendue expérience ; d'un autre côté, le faîiatisme c[ui promet cette extension suprasensible. Ce sont là des obstacles à l'usage pratique de la Raison pure ;les écarter, c'est certainement étendre notre connaissance au point de vue pratique, sans qu'on se contredise en admettant en même temps que la Raison n'a pas gagné par là la

Renouvier. — Kanl. ii

^^,i CRITIQUE DE LA DOCTRINE DE KANT

moindre chose au point de vue spéculatif*. » — Il faut ■qu'elle ait gagné ou perdu, cependant !

Kant nous a dit ailleurs, en sa Critique de la Raison pure, qu'il n'était pas possible de se faire une idée de Dieu selon la conception théiste traditionnelle, sans y introduire des notions anthropomorphiques. Ici l'anthropomorphisme est également regardé comme inévitable et de plus comme exigé et nécessaire au point de vue pratique, mais absolument répudié au point de vue théorique, ce qui fait que nous ne devrions point avoir, à proprement parler Vidée de Dieu. C'est bien la conclusion que donne Kant à ses explications qu'on vient de voir sur la question : « Comment est-il possible de concevoir une extension de la Raison pure pratique qui ne soit pas accompagnée d'une extension de connaissance pour la Raison spéculative? » Il met, en effet, « les prétendus savants en théologie naturelle », — merveilleux nom, dit-il, cette théologie naturelle ! — au défi de nommer, pour déterminer l'objet de leur science, « une propriété ou de l'entendement ou de la volonté, à propos de laquelle on ne puisse montrer d'une façon irréfutable que, si l'on en abstrait tout ce qui est anthropomorphique, il n'en reste plus que le simple mot, sans qu'on puisse le lier au moindre concept par lequel pourrait être espérée une extension de la connaissance théorique ». Les objets des postulats moraux ont de la réalité, mais « seulement par rapport à l'exercice de la loi morale, non pour un usage spéculatif ». Le concept de Dieu n'appartient ni à la physique ni à la métaphysique. Il faut, pour le déterminer d'accord avec la fin du Souverain Bien, le considérer comme être suprême, auteur du monde, parfait, tout-puissant, présent partout, éternel etc., et c'est alors « une proposition synthétique,

Page 1