LES DÉMONSTRATIONS DE L'EXISTENCE DE DIEU
Kant en partage la faute avec les philosophes théistes, et il l'aggrave en ne détinissant pas cet être nécessaire, que les philosophes théistes au moins définissent. Expli((uons-nous.
Nous disons que Kant ne déiuoiitri; pas l'existence de cet être nécessaire qui, tlans sa terminologie, est Vélve inconditionné, ])rincij)c universel des conditions aux- (|uelles sont soumis les phénomènes dans la série indéfinie de leurs causes toutes nécessairement enchaînées. G'csl une simple affirmation, ce n'est point une démonstration, d'invoquer « une idée cosmologic|ue de la Raison pure», et de dire : « Le conditionnel étant donné, avec lui aussi est donnée la série entière des conditions et, par conséquent, l'inconditionné lui-même, d En effet, la totalité peut être niée, la série régressive à l'infini, affirmée, l'idée du nécessaire absolu remplacée par celle du fait, qui est donné. Ou le nécessaire est ce qui est en tant (|u'il est, voilà ce qui ne s'écarte pas de la logique de l'identité; ou bien il résulte d'un rapport et dénote un rapport, sous quelqu'une des catégories : qualité, quantité, causalité. Et alors il n'est plus applicable à une question d'origine première.
Les philosophes théistes, dans leurs démonstrations, ont du naturellement prendre pour l'origine quelque chose de mieux qu'une abstraction, et s'ils n'ont pas fait l'impossible, c'est-à-dire éi?à)\\VaUquidinconciissuni, ils n'ont pas du moins posé pour fondement le vide. Et c'est justement ce que leur reproche Kant. Si on lit avec attention la section de la dialectique transccndantale intitulée: Des preuves de la Raison spéculative en faveur de l'existence d'un Être suprême, on découvrira, sous une exposition confuse, mais habile, entremêlée de considérations favorables à la marche de l'esprit humain vers la croyance monothéiste en un dieu conçu comme l'être parfait, cette pensée: que le raisonnement juste,
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irréprochable, cjui conduit à rafrirmation de l'existence de « quelque chose qui existe nécessairement sans condition » n'a plus aucune valeur quand on identifie ce concept avec celui de ï « être possédant la suprême réalité ». Nous choisirons un petit nombre de passages à extraire :
« 11 semble que le concept d'un être de la plus haute réalité {Ens realissimum) soit de tous les concepts de choses possibles celui qui s'adapte le mieux au concept d'un être inconditionnellement nécessaire, et, quoiqu'il n'y satisfasse pas entièrement, nous n'avons pas le choix, nous sommes forcés de le prendre, parce que nous ne pouvons pas renoncer à l'existence d'un être nécessaire, et, si nous la maintenons, nous ne pouvons, dans tout le champdes possibles, trouverrienqui puisse faire valoir des titres plus fondés à une telle prérogative dans l'existence.
« Telle est donc la marche naturelle de la raison humaine ». Elle passe de l'idée du nécessaire à celle de l'inconditionné, de l'inconditionné au principe des conditions de choses, à leur unité absolue, sans bornes, enfin à l'Etre suprême.
(( Cet argument, on ne saurait le nier, n'est pas sans fondement quand il s'agit de prendre une décision, de faire un choix... Mais si rien ne nous y oblige et que nous préférions laisser la question ouverte jusqu'à ce que le poids des arguments nous force, c'est-à-dire si nous avons uniquement à juger sur ce que réellement nous savons, ou sur ce qu'il semble seulement que nous sachions, alors notre première conclusion sera loin de se montrer sous un jour aussi favorable et il faut que la faveur nous fasse passer sur le défaut de titres légitimes à faire valoir. »
L'argument que Kant allègue, à l'appui du doute ainsi formulé, consiste à remarquer qu'en admettant l'exis-