DE DIEU
La réalité ne se prouve point par le raisonnement et une preuve, à proprement parler logique, n'est jamais qu'une déduction. F*our cette double raison, à laquelle la critique de Kant n'a rien pu ajouter, c'eut été une totale aberration de l'esprit que de vouloir démontrer l'existence réelle de V Ens realissimum, si les démonstrations n'eussent pas renfermé quelque chose de plus que le paralogisme réel ou apparent. C'est ce quelque chose qui a causé l'illusion, et la preuve ontologùjue de l'existence de Dieu en est la manifestation la plus frappante, sous le double aspect, car elle péchait, sous la forme que lui donna, en la proposant, Anselme de Cantorbery, par un vice formel de raisonnement, qui fut reconnu, et elle ne laissa pas de subsister et de se transmettre malgré le trouble dont elle élait accompagnée dans les esprits.
L'énoncé premier et le plus simple de cette preuve porte que VEtrc parfait existe nécessairement parce que l'existence est impliquée par la perfection. II sulïil poiu' la réfuter de remarquer, avec Kant, « que si, dans un jugement identique, je veux sup]irimer le prédicat et conserver le suj(!l, il y a contradidion ; mais (|ue, si je supprime à la fois le sujet et le prédical, il ne reste rien qui se contiedisc... C'est ainsi qu'un triangle a
nécessairement trois angles, mais c'est à la condition que le triangle soit donné* »
C'est à peu près à cet argument victorieux que se réduit la réfutation de la preuve ontologique par Kant, en ajoutant seulement, d'une manière générale, que l'inférence n'est pas légitime de l'idée à l'existence de son objet. Mais cette objection capitale avait déjà reçu de Thomas d'Aquin, en sa Somme théologique - ^ une exposition parfaitement claire et qui faisait ressortir ce qu'il faut ajouter de croyance à l'idée où réside le fondement de la preuve pour la rendre correcte. L'auteur de la Somme la présente, comme une des thèses qu'il se propose de réfuter, sous la forme suivante, par laquelle elle s'autorise nettement de ce qu'Aristote enseigne sur les propositions analytiques, comme si l'on pouvait y reconnaître un jugement de celte sorte:
« On appelle choses connues par elles-mêmes celles qui sont connues par la seule connaissance des termes. C'est, selon le Philosophe, le cas des premiers principes de la démonstration. Sachez ce qu'est le tout, et ce qu'est la partie, vous savez aussitôt que le tout est plus grand que sa partie. De même, si vous comprenez ce que signifie ce nom : Dieu vous tenez cette conséquence : Dieu est. Car ce nom signifie quelque chose de tel que rien ne peut être pensé de plus grand. Or cela, qui est à la fois en réalité et en pensée, est plus grand que ce qui est en pensée seulement: d'où, quand on a compris ce nom: Dieu, et qu'il est ainsi dans la pensée, celte conséquence, qu'il est aussi dans la réalité. C'est donc chose connue par soi que Dieu existe. »
Thomas d'Aquin répond : « Supposons quelqu'un qui entende en cfl'el par ce nom: Dieu, ce qu'on vient de dire, il ne s'ensuit point qu'il comprenne par là que ce