‹ Critique de la doctrine de KantChapitre 44 sur 90 · Purs prima, quivst. 1[, art. i · texte numérisé non relu

Purs prima, quivst. 1[, art. i

qui est signifié par le nom existe in rerum natitra, sed non in apprehensione intellectus tantum. On ne peut pas arguer qu'il existe in re, s'il n'est pas accordé qu'il existe in re quelque chose de tel que rien de plus grand ne puisse être pensé ; et cela ceux cjui nient cjue Dieu existe ne l'accordent pas. »

Il est plus que probable que Descartes, étudiant et approfondissant la question de la preuve ontologique, a connu ce texte. 11 n'a pu que le trouver irréfutable. Il s'est appliqué à corriger l'argument d'Anselme, dont l'esprit lui agréait. Et comment y est- il parvenu ? Il y est parvenu de la seule manière possible, c'est-à-dire en formulant une définition, et une demande sur laquelle se pût fonder le passage qui serait, en pure logique, illégitime, de la pensée à l'affirmation de l'objet. Une définition, quand il s'agit d'une proposition pour la démonstration de laquelle on ne saurait trouver un principe universellement admis, ou qui force le consentement, est elle-même, ordinairement un postulat, une demande. C'est un fait certain, et qu'on semble trop ignorer quand on traite ce sujet, que Descartes a formulé sous les noms ^axiomes ou notions communes, et aussi de demandes, des thèses sur lesquelles il appuie des propositions, et, en particulier, celle de la preuve ontotologique, qui réclament ainsi pour prémisses une sorte d'intuition intellectuelle. Kant, qui qualifie lui-même cette preuve de cartésienne — et Descartes la fit sienne en effet — n'a pas fait attention à ces postulats, fruit, chez le créateur de la philosophie synthéti(jue, d'une spéculation toute contraire à la volonté, qu'a eue le critique de la Raison pure, de supprimer tout intermédiaire possible de théorie entre l'objet de la croyance morale et la croyance elle-même enfermée dès lors dans son intérêt pratique.

La formule, que nous disons réclamer du philosophe

Renouvier. — Kant. l3

une sorte d'intuition, est celle-ci : « Je demande qu'ils (les lecteurs) s'arrêtent longuement à contempler la nature de l'Être souverainement parfait: et entre autres choses qu'ils considèrent que dans les idées de toutes les autres natures l'existence possible se trouve bien contenue : mais que dans l'idée de Dieu ce n'est pas seulement une existence possible qui se trouve contenue, mais une existence absolument nécessaire, et que de cela seul, et sans aucun raisonnement, ils connaîtront que Dieu existe. » Sans aucun raisonnement, nous n'avons donc plus affaire à une syllogisme, qui ne saurait être correct ; mais ce n'est pas tout, et quand nous passons à la démonstration proprement dite de la proposition : « L'existence nécessaire est contenue dans la nature, ou dans le concept de Dieu, ou bien que Dieu existe », nous sommes renvoyés à un axiome :

« Dans l'idée ou le concept de chaque chose l'existence y est contenue, parce que nous ne pouvons rien concevoir que sous la forme d'une chose qui existe ; mais avec cette différence que, dans le concept d'une chose limitée, l'existence possible ou contingente est seulement contenue, et dans le concept d'un être souverainement parfait, la parfaite et nécessaire est comprise*. »

II est manifeste, et ce n'est pas nous qui voudrions le contester, qu'une telle démonstration n'est autre chose qu'un appel à la puissance de l'idée de perfection, unie aux idées d'être et de nécessité. Encore est-ce là un très haut motif de spéculation accompagné d'une croyance, et tout autre chose qu'un faux syllogisme.

I. Descartes, Médit, inétaph., à la suite des Réponses aux Deuxièmes objections. Raisons disposées d'une façon géométrique. Nous prenons nos textes dans celte rédaction plus particulièrement didactique de la théorie de Descartes, comme nous étant la mieux indiquée dans l'espèce, et aussi comme postérieure à la publication du livre des Méditations et destiné à en éclaircir, en les condensant, les idées principales.

LA PREUVE ONTOLOGIQUE DE L'EXISTENCE DE DIEU i9ti

On peut considérer comme un postulat général de la méthode de Descartes le parallélisme qu'il établit entre l'existence de Tidée et la réalité de son objet, quand l'idée imprime fortement l'esprit par la puissance de la grandeur ou perfection de ce qu'elle représente. L'une des définitions du petit traité des liaisons disposées géométriquement s'énonce en ces termes:

« Par la réalité objective d'une idée j'entends l'entité où l'être de la chose représentée par cette idée, entant que cette entité est. dans l'idée... Car tout ce que nous concevons comme étant dans les objets des idées, tout cela est objectivement ou par représentation dans les idées mêmes. » La réciproque de cette proposition serait que tout ce qui est par représentation dans les idées doit être admis comme étant dans les objets des idées, choses dès lors réelles. Or c'est là ce que Descartes entend, à la condition que l'objet proposé nous offre la forme ou l'essence immuable et vraie de quelque chose. Et, en eflTet, une autre définition est ainsi conçue :

« Quand nous disons que quelque attribut est contenu dans la nature ou dans le concept d'une chose, c'est de même que si nous disions que cet attribut est vrai de cette chose. » Plus que l'attribut, la nature comme réelle va être conclue du concept si le concept est jugé assez fort. C'est en effet cette définition que Descaries emploie directement à la preuve ontologique de l'existence de Dieu :

« L'existence né(*essaire est contenue dans la nature ou dans le concept de Dieu ; Donques il est vrai de dire que l'existence nécessaire est en Dieu, ou bien que Dieu existe. » Descartes se réfère au surplus à un axiome que nous avons cité plus haut* pour justifier l'existence nécessaire considérée comme un attribut de

Page 1