‹ Critique de la doctrine de KantChapitre 56 sur 90 · I. Eslhcltqiic Iranscendaiitalc, loc. cit · texte numérisé non relu

I. Eslhcltqiic Iranscendaiitalc, loc. cit

nature et l'origine de notre connaissance en nous présentant la différence entre le sensible et Tintelligible comme logique seulement. Cette différence est transcendantale. » Mais Leibniz n'a point fait cela ; il a fait le contraire. Il a défini le sensible objectif exclusivement par des propriétés du sujet percevant, par des représentations données dans ce sujet, et ce sujet et lui-même, par des qualités intelligibles qui caractérisent toute substance simple, tout élément des substances composées, pris en lui-même, soit qu'on l'envisage dans ses rapports avec soi ou avec autrui ; tandis que, selon Kant, « si nous mettons de côté notre condition subjective, l'objet, comme représenté avec les qualités que lui prête l'intuition sensible, ne se trouve et ne se peut plus trouver nulle part, sa forme, comme apparence phénoménale, étant déterminée par cette même condition subjective ». Et Kant entend que l'objet phénoménal, ainsi donné aux sens, est l'unique objet accessible à l'entendement. Celui qu'il appelle transcendantal est absolu, situé hors de la connaissance comme de l'expérience ; et ceux que la métaphysique poursuit, elle ne saurait les rendre sensibles, ni, d'un autre côté, leur faire atteindre l'absolu.

Ainsi, dès le dél)ul, dans V Esthétique transcendantale, le fondement du système est posé : nous ne connaissons que des phénomènes qui nous sont représentés dans l'espace et dans le temps, sous les conditions de notre sensibilité dont ils sont les formes, et ces phénomènes, ou leurs lois et nos concepts, ne peuvent nous conduire à la connaissance objective d'êtres extérieurs réels. Nous devons prendre le parti d'accorder ce titre à nos inluitions sensibles elles-mêmes, et c'est ce que fait Kant quoique ne répondant point a des choses, en soi déterminables, qui seules auraient droit à la réalité.

Une formule assez communément employée par les

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philosophes qui ne prêtent pas à l'espace et au temps l'existence en soi est celle-ci, qui parait, au premier abord, tolérable, et qui est singulièrement équivoque : L'espace et le temps n'existent pas objectivement, ils n'existent qu'en nous. Comment refuser le titre d'objectivité à l'espace qui est la forme même de l'objectif externe. De même le temps, forme de l'objectif interne, est une condition objectivement vérifiée de toute existence dans l'espace. Ces dernières formules sont conformes à la doctrine kantienne et sont exactes ; mais la formule caractéristique de Kant est tout autre chose, nous le savons \ « Comme l'idéaliste transcendantal ne voit, dit-il, dans la matière, et même dans sa possibilité interne, autre chose qu'un phénomène, qui, séparé de notre sensibilité n'est rien, la matière est pour l^ii une classe de représentations seulement (intuition), qui sont dites externes, non comme si elles se rapportaient à des objets externes en soi, mais parce qu'elles rapportent les perceptions à l'espace, dans lequel toute chose est en dehors de toute autre chose, tandis que l'espace lui-même est en nous. » Toutes choses dans l'espace et l'espace en nous ! On croit tout d'abord tenir là une proposition des plus claires qui se puissent ; qu'est-ce à dire pourtant? Y aurait-il autant d'espaces qu'il y a d'êtres sensibles capables de se représenter un espace ? Si cela signifie autre chose au fond, on chercherait vainement dans la Critique de la Raison pure, — à moins d'admettre aussi que le 7iot(s se réduit à un simple moi, — Tcxplicalion de ce fait: qu'il n'y a qu'un seul espace pour tout le monde, alors (|ue l'espace n'est que ma représentation de toutes les choses, moimême compris, extérieur à moi-même, intérieur et extérieur à la fois à d'autres moi semblables à moi !

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