I. EsUièlhiue transcciKlaïUalc, sect. i et
sujets que Ton ne pouvait pas regarder comme les attributs de certains autres sujets. Ni la logique ni la nature n'en offrant pas de tels qu'on pût les nommer absolus pour la connaissance, il fallait ou accepter des substances qu'on définissait par des relations, ou porter la généralisation à l'extrême, et, dans ce cas, on n'avait que le choix, en substantifiant l'universalité des choses, de prendre pour sujet la nature en ses développements ou le moi en ses idées et ses actes : deux modes de panthéisme qu'un philosophe critique, à un certain moment, a pu identifier comme les deux faces d'une même conception, négative de la personnalité (Jacobi, à propos des doctrines de Spinoza et de Fichte). Kant, n'admettant pas les sujets relatifs et n'embrassant ni l'une ni l'autre des formes du Tout absolu, n'a trouvé d'autre issue que de porter le ou les véritables sujets hors du temps et de l'espace et, par conséquent, de les tenir pour inconnaissables, faute d'une intuition spéciale, non sensible, qui pourrait nous les révéler. On peut croire que si les deux grands systèmes universalistes lui ont répugné, ainsi que les différentes espèces d'émanation ou d'évolution qui peuvent en être des interprétations, et que ses disciples ont su trouver, c'est que le monde de notre expérience, en son développement, ne lui semblait pas répondre à l'idéal du Bien qui dominait sa pensée. Il ne voyait rien qui lui donnât satisfaction ni dans l'hypothèse d'un dieu parfait dont ce monde serait l'œuvre, ou l'action, ou la chute, ni dans l'hypothèse inverse d'un dieu qui devient, quoiqu'il se soit assez complu dans l'idée d'un progrès de l'humanité et d'un progrès de la nature ; mais ce n'étaient là chez lui que des idées subordonnées et accessoires, au prix des grandes vues métaphysiques. Les deux doctrines panthéistes ont une partie commune en cela qu'elles considèrent la composition et la
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succession des phénomènes comme les lois d'où procèdent la génération et la vie des esprits et des corps, et leurs auteurs ont vu d'un œil optimiste cette nature des choses, tous, avant et après Kant, avant Schopenhauer. On reste avec eux dans le temps et dans l'espace, c'est-à-dire dans le relatif, dans le mal nécessaire. C'est ce que Kant n'a pu supporter.
Le principe générateur d'un système n'est pas ordinairement celui que son auteur, pour l'exposer, met en avant. Quelles idées d'ordre logique ont pu guider ensuite Kant dans l'exposition de la pensée maîtresse de son œuvre, c'est-à-dire de la distinction radicale des phénomènes et des choses en soi, en comprenant, sous le nom de phénomènes, l'ordre entier des choses objectives et subjectives, la composition et le développement de propriétés dont se forme tout ce qu'on nomme généralement substances, en vouant les choses en soi à un mode d'existence transcendantale dont l'idée est inaccessible à l'entendement non moins qu'à l'expérience. Nous ne doutons pas que le principe générateur dont nous parlons ne soit l'antinomie qui se déclare entre l'Entendement et la Raison, quand on sépare le sens de ce dernier terme du premier pour lui faire exprimer la prétention de l'esprit du philosophe à s'élever au-dessus des idées de relation pour découvrir la suprême essence de l'Être. Kant était certainement imbu de cet esprit; et il a dû, de tout temps, être profondément pénétré à la fois de l'inviolable nécessité des phénomènes, et de la réalité de la liberté morale et du devoir. Pas plus sur le premier point que sur le second il n'a jamais paru admettre la possibilité d'un doute, et ils sont inconciliables. La solution qu'il a trouvée de cette contradiction, dite antinomie par euphémisme, est l'accord possible de la liberté et de la nécessité, grâce à la supposition d'un ordre de la Raison, purement intelligible, situé
hors et au-dessus de la série des phénomènes sensibles, et duquel émanent les actes libres des personnes, encore bien que tous les actes de ces mêmes personnes, en tant que phénomènes, fassent invariablement partie de la série des causes toujours déterminées de cause à effet par les lois de la nature. Ainsi la solution de l'antinomie (c'est la troisième de Kant, et peut-être la première qu'il ait conçue) est donnée par l'hypothèse capitale, que les phénomènes n'existent pas en soi.
La solution de l'antinomie suivante (la quatrième), est de même donnée à Kant par la conciliation des deux thèses: — l'existence dans le monde d'un être absolument nécessaire qui en est une partie ou la cause ; — la non-existence dans le monde d'un être absolument nécessaire qui soit partie ou cause du monde ; — et cette contradiction est encore justifiée par cette hypothèse : que la condition des phénomènes est située hors des phénomènes, qu'elle est inconditionnée, et que rien de ce qui est conditionné n'existe en soi\
Les questions propres à ces deux antinomies, que Kant appelle dynamiques, sont liées à deux autres, qu'il appelle mathématiques , qui portent sur la succession ou sans commencement, ou numériquement limitée par son origine, des phénomènes du monde sensible, et sur la composition, finie ou infinie de ces phénomènes considérés dans l'espace où ils sont disséminés. A ce genre de composition s'ajoute celui des substances empiriques, apparentes, ou de la matière, dont il y a lieu de demander si elle est constituée par une infinité, ou par un nombi'e fini d'éléments. Ces antinomies mathématiques (première et deuxième de Kant) qui n'en formeraient qu'une seule si on les traitait par le principe de contradiction (qui, si on le consulte, les supprime), Kant
1 Voyez ci-dessus, chap. iv et v.