I. Analytique Iranscendantale, art. a^-aS
de nos représentations : « Il faut, dit-il, arriver à la claire explication de ce que nous entendons par un objet de représentation. Qu'est-ce qu'on veut dire quand on parle d'un objet correspondant à notre connaissance, et qui cependant en est distinct? Il est facile de voir qu'un tel objet ne peut être conçu que comme quelque chose en général ^x^ parce qu'en dehors de notre connaissance, nous n'avons absolument rien que nous puissions poser comme correspondant à cette connaissance. Or, nous trouvons que la conception du rapport de toute connaissance à son objet contient, de nécessité, quelque chose, l'objet étant considéré comme ce qui est cause que nos connaissances ne sont pas déterminées au hasard, mais bien a priori d'une certaine manière ; et comme elles se rapportent à un objet, elles doivent nécessairement, à son égard, s'accorder entre elles, c'est-à-dire posséder cette unité qui constitue le concept d'un objet.
« Il est clair aussi que comme nous n'avons affaire qu'au divers dans nos représentations, et que Yx qui leur correspond (l'objet), s'il est quelque chose de différent de toutes nos représentations, n'est rien pour nous, il est clair, dis-je, que l'unité nécessitée pour un objet ne peut être autre chose que l'unité formelle de notre conscience dans la synthèse du divers en nos représentations. »
Mais si, d'une part, cet x n'est rien pour nous, d'ime autre part, c'est l'objet constitué par l'unité formelle de notre conscience, qui n'est rien par rapport à cet x:
« Les seuls objets qui puissent nous être donnés immédiatement sont les phénomènes, et tout ce qui en eux se ra[)porte immédiatement à l'objet s'appelle intuition. Ces phénomènes ne sont pas des choses en soi, mais des représentations, et ces représentations ont leur objet, mais un objet qui ne peut plus être perçu
par nous, et qui peut être appelé non empirique, à savoir l'objet transcendantal = j?.'
« Le pur concept d'un tel objet transcendantal (qui, en réalité, dans toute notre connaissance, est toujours le même =x) est ce qui seul peut donner à tous nos concepts empiriques une relation à un objet, ou la réalité objective...
« 11 paraît étrange, sans doute, et absurde, que la nature ait à se conformer à notre aperception subjective, et, bien plus, qu'elle en dépende pour ses propres lois. Mais si nous considérons que ce que nous appelons nature n'est rien que le tout des phénomènes, non point une chose en soi, mais une multitude de représentations dans notre âme, on ne s'étonnera plus de ce que nous ne la voyons que par l'entremise de cette faculté fondamentale de toute notre connaissance, l'aperception transcendantale, et dans celte unité sans laquelle elle ne pourrait pas être dite l'objet de toute l'expérience possible: la nature. On comprendra aussi pourquoi nous pouvons reconnaître cette unité a priori et, par conséquent, comme nécessaire ; ce qui serait impossible si elle était donnée en soi et indépendante des premières sources de notre pensée. Je ne saurais dire alors où nous devrions prendre les propositions synthétiques d'une telle unité universelle de la nature. Elles devraient être cherchées dans les objets mêmes de la nature, et comme c'est là ce qui ne pourrait se faire qu'empiriquement, nous n'en pourrions tirer qu'une unité accidentelle. Nous serions loin de la connexion nécessaire à laquelle nous pensons quand nous parlons de la nature '. »
I. Analytique lransccndanlulc,\- I, chap. ii, sect. 2, art. 3 et 4 (i'"" édition). — La partie de la 2« section d'oi!i ces dernières citations sont prises ne se retrouve plus dans la seconde cdilion de la Critique de la Raison pure. En revanche on trouve dans celle-ci les passages que nous avons cités plus haut,
LA CONNAISSANCE DE L'OBJET. — LA SUBSTANCE. — LE MOI 29o
Cette théorie qui fait immédiatement suite à la déduction des catégories n'appartient qu'à la première édition de la Critique de la Raison pure en ce qui concerne cette extraordinaire et violente déclaration du néant de connaissance de tout intermédiaire objectif déterminable théoriquement, entre le Rien en soi du monde phénoménal et cet autre rien qui est l'absolu = a; de l'Etre en soi. Nous n'entendons nullement relever, sur ce point, une contradiction, si ce n'est voulue et non pas formelle, entre les deux éditions données par Kant, l'une d'un agnosticisme plus net qui rappelle l'Etre pur de l'antique éléatisme sans préjudice de l'empirisme réaliste-^ l'autre d'un empirisme réaliste systématiquement formulé à l'aide d'une démonstration sophistique, sans préjudice de l'agnosticisme fondamental. Ce n'est donc pas là une contradiction par erreur, ou par variation survenue dans la pensée de l'auteur, mais un pacte entre des inconciliables. Et la vertu de ce pacte est de laisser dans l'esprit un vide de théorie qui se peut combler à l'aide de l'idéal de la Raison pure et des postulats de la Raison pratique.
qui sont des plus caractéristiques de ce que nous appelons le positivisme de Kant, analogue, dans sa doctrine, de ce qu'était la théorie des phénomènes dans l'école d'EIée.