LE PRINCIPE DE CONTRADICTION. — LES AXIOMES DE L'INTUITION
'L'analytique des principes fait suite à la théorie du schématisme des concepts. II s'agit, sous la réserve, dit Kant, des conditions générales d'application que la critique impose, d'examiner, en les prenant dans un ordre systématique, les jugements synthétiques qui sont le produit des purs concepts de l'entendement. ]\Iais avant de passer à cette étude, il convient d'examiner la condition universelle, quoique toute négative, qui est mise à tous nos jugements par le principe de contradiction.
La formule du principe de contradiction, principe suprême des jugements analytiques, doit, selon Kant, se réduire à ce simple énoncé : que le sujet ne peut pas recevoir un prédicat qui le contredise. La formule classique: idem deeodem simul affirmare et negare nous paraît plus correcte. Le mot simul, que cette formule ajoute, et que Kant dit être inutile, ne l'est point, parce que la simultanéité, c'est-à-dire le fait indivisible, et non pas seulement l'unité de moment du temps, où l'on considère le prédicat comme à la fois affirmé et nié, est une condition fort réelle ; et les mots idem de eodem et même secundum idem sont utiles, malgré l'abus du distinguo et les sophismes du secundum, quid, qui ont été le fléau de la métaphysique.
Quoi qu'il en soit de l'énoncé, Kant adhère au prin-
cipe, dont il s'en faut pourtant qu'il ait tenu compte dans sa doctrine des antinomies, comme nous l'avons vu en la discutant. Le peu de cas qu'il fait de son usage se montre partout, et se formule à l'endroit où nous sommes, par cette déclaration « que nous n'avons jamais rien à attendre de ce principe en ce qui concerne la vérité delà partie synthétique de notre connaissance » ; que nous devons seulement tenir pour inviolable cette condition du vrai ; une condition sine qiia ?ion, sans doute, mais non pas une garantie \ Kant met évidemment en oubli ce principe logique : que toute négation est aussi une affirmation. Si, par exemple, je découvre une contradiction dans une thèse de Kant, et que je conclue de là que cette thèse est fausse, je pourrai en affirmer la proposition contradictoire, et celle-ci pourra se trouver une transcendante vérité de doctrine.
La partie la plus importante de la logique transcendantale est « la recherche de la possibilité des jugements synthétiques « 'priori, des conditions et de l'étendue de leur validité ». Il faut, pour opérer le rapprochement des deux termes dont se forme la synthèse, un troisième terme qui ne peut être que le sens interne, synthèse de toutes nos représentations, avec le temps sa forme a priori, avec Yimaginatioii son fondement, et avec V unité de raperceptionnécessaire pour le jugement. Là est la source des représentations a priori et de la possibilité des jugements synthétiques purs, « lesquels seront même nécessaires sur ces bases, si l'on peut obtenir une connaissance des objets qui repose entièrement sur une synthèse de représentations ».
Kant oppose immédiatement à ces formules d'une extrême abstraction la grande réserve que nous ren-