‹ Critique de la doctrine de KantChapitre 72 sur 90 · LES ANTICIPATIONS DE LA PERCEPTION · texte numérisé non relu

LES ANTICIPATIONS DE LA PERCEPTION

trait de Tospace et tlu temps à ce point de vue malhématique où Ton se place pour rapporter les idées générales d'extension et de succession comme à des sujets indéfinis et homogènes, chacun dans son genre, et aptes à recevoir des limites arbitraires. Ces limites déterminent en eux des unités d'espace et de temps également arbitraires , entre lesquelles se placent des espaces et des temps, entièrement assimilables euxmêmes à leurs touts et à leur capacité de développement interne indéfini. Une idée de l'espace est exactement la même idée que celle d'une partie de l'espace, à cela près qu'on regarde celle-là conime un composé indéfini de celles-ci. De là vient la facilité qu'a trouvée un géomètre allemand, infinitiste réaliste, à définir l'Infini, ce dont les parties sont égales à lui-même. Et de là aussi l'étrangeté de la conséquence, où Fontenelle était arrivé avant ce géomètre, en admettant l'existence réelle de la suite des infinis des difi'érents ordres, ou infinis d'infinis. C'est la même idée, et Kant a donné à peu près la même en ces termes :

« Le temps et l'espace sont des quanta continua, parce qu'il n'y a point en eux de partie qui ne soit enfermée entre des limites (instants et points), point de partie qui ne soit un nouveau temps, un nouvel espace. L'espace est fait d'espaces, le temps est fait de temps. Les instants et les points ne sont que des limites, et ces limites marquent seulement les places oii on les enferme, et ces places supposent toujours ces mêmes intuitions qu'on entend qu'elles limitent ou qu'elles déterminent. » On ne saurait mieux dire ni mieux faire comprendre, à qui serait sans prévention, qu'une telle propriété ne peut convenir à quelque (diose d'extérieurement donné. Cependant Kant conclut que la continuité ainsi définie est justement la propriété des [phénomènes :

« Tous les phénomènes sont donc des quantités continues soit quant à leur intuition, comme extensive, soit quant à leur pure perception (sensation, et réalité, par conséquent) en tant que quantités intensives, » Et la conclusion s'étend aux changements et à la causalité. Nous le démontrerions aisément, dit Kant, «et avec une évidence mathématique », si la cause du changement dans les états des choses, et de sa possihilité, n'était pas tout à fait expérimentale et inaccessible à la connaissance a priori. Il faudrait recourir à la physique, science dont les fondements sont empiriques. Mais on peut invoquer quelques motifs généraux de croire à l'impossibilité d'un vide dans \ anticipation des perceptions :

a Si toute réalité, dans la perception, a un degré, il y a, entre ce degré et la négation, une succession infinie de degrés de plus en plus petits; et si tout organe sensible doit posséder un degré défini de réceptivité pour la sensation, il s'ensuit que nulle perception, nulle expérience, par conséquent, n'est possible qui puisse prouver, directement ou indirectement, par aucun détour syllogistique, l'absence complète de toute réalité en un phénomène. L'expérience ne peut nous fournir la preuve de l'existence d'un espace vide, ou d'un temps vide, parce que l'absence totale de réalité dans une intuition sensible, d'abord ne peut jamais être perçue, ensuite ne se peut déduire d'aucun phénomène singulier, ni de la difi'érence de degré dans la réalité des phénomènes, ni ne doit s'admettre pour leur explication; car encore bien que l'intuition d'un certain espace ou temps soit parfaitement réelle, et qu'aucune partie n'en soit vide, comme toute réalité a son degré qui, la quantité extensive du phénomène demeurant invariable, peut décroître par degrés infinis, jusqu'au rien, qui est le vide,, il faut qu'il y ait des degrés de

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