‹ Critique de la doctrine de KantChapitre 73 sur 90 · LES ANTICIPATIONS DE LA PERCEPTION · texte numérisé non relu

LES ANTICIPATIONS DE LA PERCEPTION

différence infinitésimaux, dont l'espace et le temps sont remplis; et la quantité intensive, dans les phénomènes, peut ainsi se trouver moindre ou plus grande, quoique la quantité en tant que donnée à l'intuition, reste la même. »

Cette argumentation, en faveur de ce que nous appellerons le plein du phénomène, pèche par tant de points, et tous importants, qu'on ne sait vraiment pas lequel la réfutation doit commencer. Kant part de l'hypothèse de la continuité. S'il l'a déjà prouvée, il peut conclure immédiatement, car si la loi du continu est certaine, tant pour la sensation que pour l'objet, il est clair qu'il ne peut exister ni espace ni temps vide : la question est en effet la même. Mais Kant, dans certains passages que nous ne citerons pas parce que leur discussion (elle concerne la physique) nous mènerait trop loin, semble vouloir prouver seulement la possibilité qu'il n'existe point de vides. En ce cas, pourquoi conclut-il, comme nous le verrons tout à l'heure, que la continuité est certaine a priori? Ensuite, il nous assure que l'expérience, ni par elle-même ni par aucun détour syllogistique, ne peut nous conduire à la preuve de l'existence d'un espace ou d'un temps vides, et il continue à mener de front la considération de la sensation et l'objet dans le phénomène. Cependant si nous considérons la sensation, nous pouvons dire avec plus d'apparence de raison qu'elle nous défend, par sa nature même, d'imaginer une perception qui traverserait, pour s'effectuer, une réelle infinité de degrés de qualités, ou de degrés de leurs intensités perçues ; et si nous considérons l'objet, ce n'est plus par voie indirecte, ou par des syllogismes détournés que nous combattrons la possibilité que son état se compose d'une infinité réelle d'éléments réels à parcourir dans un temps fini donné, pour passer a un autre état; c'est directement par le

llENOUvitu. — kant. ^'

principe de contradiction, tel que Kant lui-même nous le montre appliqué dans l'antithèse de la deuxième antinomie. Et si nous revenons ensuite de l'objet à la la sensation nous pouvons remarquer aussi que, la sensation, si elle est un composé d'éléments, encore que psychiques, ne laisse pas de comporter l'application de la loi de totalité, qui n'admet pas l'infinité actuelle des parties d'un tout.

Nous devons enfin signaler, et la remarque a de l'importance dans la question de la continuité et du vide, que Kant se sert d'un langage incorrect, quand il considère les partisans du vide comme obligés par leur doctrine à admettre et à prouver l'existence de temps et d'espaces vides. Rien n'est plus inexact et l'idée ellemême est absurde. Au point de vue de l'esthétique transcendantale, comme de notre propre conception de l'espace et du temps, la question ne saurait être d'envisager des entités spatiales ou temporelles dont les idées que nous en aurions seraient indépendantes de de toutes qualités ou actions que nous y pourrions localiser. L'énoncé le plus rationnel et le plus clair de la thèse du vide doit prendre la forme négative. On doit dire: il ne se peut pas que tout point pur arbitrairement dans l'espace, ou tout instant dans le temps, soient des lieux de qualités ou d'actions appartenant au monde phénoménal. La preuve se donne par la catégorie de quantité et par la contradiction entre le concept de totalité et celui du composé infini. Et la conséquence est qu'il y a des intervalles entre les lieux élémentaires de qualités et d'actions dans la nature. Ces intervalles sont des vides., non pas des entités, mais des sièges de déterminations nulles dans notre intuition des phénomènes, des rapports de distance nécessaire entre les points et les instants où nous les concevons centralisés.

Ce qui surprend le plus dans la théorie de Kant,

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