LES ANTICIPATIONS DK LA PERCEPTION
c'est qu'il parle de démontrer, mais qu'il n'y a pas trace de ce qui pourrait s'appeler une démonstration, dans sa thèse de la continuité mathématique des phénomènes. Et ce n'est pas tout : dans la Dialectique transcendantale, qui vient après la Logique transcendantale , après V Analytique des principes, Kanl fait porter les. 4 ;i^«nomies de la Raison pure (la deuxième et aussi, à vrai dire, la première) sur l'opposition de cette thèse et de celle de l'individuation et de la discrétivité, et là il les présente comme d'une égale validité. S'il pense avoir démontré la première, par son principe des anticipations de la perception, comment peut-il, dans les antinomies, la mettre en doute ? Et si, pour nous en éclaircir, nous recourons à la solution des antinomies, nous la trouvons fondée sur la nature attribuée aux phénomènes qui, n'étant rien en soi, ne peuvent être posés ni finis ni infinis. Mais alors la démonstration, supposé qu'il y en ait eu une donnée, de la ("ontinuité de la sensation et de son objet phénoménal, et, par conséquent, de l'infinité réelle de cet objet ne porte sur rien. La contradiction est patente : non pas précisément quant au jugement à porter sur l'essence des phénomènes ; car le genre de quantité qui leur est accordé n'est que celui de la quantité fluente (le mot est de Kant) (|ui convient au changement continu ; mais bien sur leur composition infinie.
Kant termine l'article de X anticipation des perceptions par cette remarque : que nous ne connaissons rien, si ce n'est par l'expérience, de tout ce qui concerne la qualité qui est le réel des phénomènes, mais qu'il y en a une autre, une seule autre qualité en eux, cpie nous conm/issonsa priori : c'est leur continuité, (;'est la qualité de leur quantité intensive, cette constitution en une infinité de degrés, cpii est commune à la sensation et à l'ohjcl. C'est donc au jur/ement sijnihétiijuc a priori posant Tin-
finité du phénomène, qu'il donne son assentiment, contrairement à la thèse qui doit plus loin lui fournir la solution des antinomies. Nous la connaissons, c'est la suivante :
« Le nombre des parties, en un phénomène donné, n'est en soi ni fini ni infini, parce qu'un phénomène n'existe pas en soi, que ses parties ne peuvent être obtenues que parla régression de la synthèse décomposée et dans cette régression même qui ne peut jamais être donnée intégralement, ni comme finie, ni comme infinie. 11 en est de même de la série des causes successives... d'où il suit que les phénomènes en général ne sont rien hors de nos représentations : et c'est là ce que nous entendons par leur idéalité transcendantale.
Mais, s'il en est ainsi, tout ce qui est dit de la sensation et à la fois de l'objet de la sensation, ou de la matière, comme cela se nomme en termes communs, s'applique à quelque chose, qui n'est ni fini, ni infini, et qui est donné dans la représentation. La matière n'a donc, hors de l'expérience, par anticipation de l'expérience, et en vertu d'un jugement a priori, qu'une qualité connue: \^ quantité intensive, formée d'une infinité de degrés ; et c'est maintenant celle-là qui se trouve bannie de la réalité : le phénomène n'est ni fini ni infini; l'antinomie est résolue par la négation et de la continuité et de la discrétivité. Sinon le jugement de continuité subsiste et l'antinomie n'est qu'un vain jeu dialectique, la doctrine de l'infinité du phénomène — et des phénomènes — est la vraie. Et bien certainement c'est, au fond, la pensée de Kant*.
I. Lo(jkjnc Iransrendantnle, 1. II, chap. ii, sect. 3, n** 2. — Gonf. Dialectique transcendantale, I. Il, chap. ii: Antinomie de la Raison pure, sect. 7.