‹ Critique de la doctrine de KantChapitre 77 sur 90 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

LA RLALITË. — LA SUBSTANCE, — LE NOLMÈNE.

h' Analytique transcendantale a pour conclusion, dans la Critique de la raison pure ^ un chapitre où Kant marque la transition de l'étude des concepts et des lois du monde phénoménal à celle de la Raison, des idées, vues propres de cette raison, selon lui, et de leur nature objectivement inaccessible, en sorte qu'on ne doit pas se les proposer comme objets de théorie. De là la Dialectique, méthode imposée par l'examen de ces questions que Kant a distinguées, on ne sait pourquoi, par le nom de transcendantales, car elles ne sauraient être plus que transcendantes, c'est-à-dire faire plus que dépasser l'expérience possible ; et le fait qu'elles se posent à la raison, dans ses rapports avec elle-même, comme le dit Kant, pour les définir, et non pas avec les objets, ce fait est une simple conséquence de leur nature qui consiste à mettre les objets en doute par le contrôle de la valeur objective des concepts. Or c'était déjà le but de la méthode sceptique qui avait rempli, depuis le siècle de Pyrrhon, la fonction du criticisme sans donner à la critique des conclusions dogmatiques. La Dialectique de Kant qui commence par la définition de la Raison et de l'idéal, et continue par l'examen des « illusions de la Raison », a pour but de confirmer les théories de \ Analytique en leur partie négative et de

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faire ressortir par la réfutation des concepts du triple domaine de la psychologie, de la cosmologie et de la théologie, la nécessité de répudier la philosophie de Tentendement et d'aborder la notion des choses en soi. Or la critique de l'entendement et de la sensibilité n'a renfermé, dans l'enceinte de ce qui n'est pas en soi, rien de moins que l'ensemble des choses du temps et de l'espace ; c'est donc hors du temps et de l'espace qu'il en faut chercher d'autres, et le dernier chapitre de V Analytique des principes les introduit sous le nom de iioumènes en posant le « fondement de la distinction de tous les sujets en phénomènes et noumènes ». Ce chapitre lui-même est enfin suivi d'un appendice, ou, sous le titre singulier cVAmp/iibolie des concepts de réflexion, Kanl n'a eu visiblement pour but que d'opposer son système agnostique à la doctrine de Leibniz, qu'il qualifie d'intellectualiste, et qui est située à l'antipode de la sienne sur le point capital : sur la nature du réel.

La formule la plus nettement inspirée par l'esprit enipiriste, entre toutes celles dont Kant a si fréquemment usé pour rappeler au lecteur son réalisme empirique ïondamental, là où il semblait s'en écarter, est probablement celle que nous trouvons à la fin d'une Remarque ajoutée, dans la seconde édition de la Critique, aux Postulats de la pensée empirique en général. On sait que cette édition se distingue par la peine que l'auteur a prise, à plusieurs endroits, pour renforcer dans son œuvre le principe que toute connaissance des objets de la pensée est réductible à l'expérience et, par conséquent, il le dit lui-même, à la sensation ; et c'est là pourtant qu'il a laissé subsister des passages où .se montre sans voiles l'équivoque de ce réalisme empirique, la confusion volontaire entre l'idée des objets (pii sont donnés réels dans l'espace et l'idée des objets (|ui sont

réellement donnés par l'espace, lequel, avec ce qu'il contient, est une représentation en nous'.

La formule de Tempirisme dont nous parlons est conçue en ces termes : « Le dernier résultat de cette section tout entière », — de là section où sont définis les 7\xiomes de Tintuition, les Anticipations de la perception, les Analogies de l'expérience et enfin les Postulats de la pensée empirique, — « est celui-ci: Tous les principes de Tentendement pur ne sont rien de plus que les principes a priori de la possibilité de Texpérience ; et c'est à l'expérience seule que toutes les propositions synthétiques a priori sont relatives ; bien plus leur possibilité même repose entièrement sur cette relation^ M. Cette subordination totale de l'entendement à l'intuition sensible est, comme nous avons pu nous en rendre compte dans notre examen de la partie dialectique de la Critique, la condamnation sans appel possible de toutes les théories par lesquelles on a pu tenter de définir et de faire passer pour réels des objets de la pensée non sensible, la condamnation par conséquent, en ce qui touche la théorie, de toute croyance qui s'adresserait à de tels objets comme réels, et non pas d'une utilité pratique seulement. Nous avons vu comment tous les idéaux de la raison, en psychologie, en métaphysique, en morale, devaient être regardés comme dépourvus de toute validité objective, faute d'intuition propre à nous en fournir une représentation ; et nous avons cité les traits principaux du correctif ap-

1. Dialectique Iransccndantale, 1. II, chap. u, sect. 6: L'idéalisme traiiscendanlal comme clé de la solution de la dialectique cosmologique. — Conl. la trad. de Barni, t. I, p. lxxxiv, et t. H, p. loo, que nous cilons ici parce que Barni a cru voir une contradiction in terminix là ofi se trouve sculennent cette équivoque sophistique : réels dans l'espace, réellement dans l'espace.

2. Analytique Iranscendanlale, I. II, chap. ii, sect. 3 sub Jin. (Ao/c (jénéralc, ajoutée à la seconde édition).

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