‹ Critique de la doctrine de KantChapitre 80 sur 90 · CA RÉALITÉ. — LA SUBSTANCE. — LE NOUMÈNE · texte numérisé non relu

CA RÉALITÉ. — LA SUBSTANCE. — LE NOUMÈNE

buant à rentendement l'idée de la chose en soi opposée à ridée de ce qui apparaît, il sait, et dit fort bien aussi, que l'entendement ne peut se rendre accessible par ses catégories aucune connaissance indépendante de la sensibilité, et il va si loin à déclarer les noumènes sans application positive possible, qu'on ne comprend plus comment il a pu faire, de l'existence réelle d'un noumène assez positif, assez défini pour être identifié avec notre conscience morale, supérieure aux conditions du temps, le fondement, l'unique fondement de la solution du problème de la liberté, et, par conséquent, du problème tout entier du monde moral, tel qu'il le comprend.

Il entre dans la thèse de la substance, prise au sens absolu, une équivoque singulière : lorsqu'il arrive à Kant d'écrire « que, sans doute, toute connaissance spéculative de la raison est limitée aux objets de Vexpérience, mais qu'il faut bien remarquer ceci : qu'il nous demeure entièrement licite àe penser ce?, mêmes objets comme choses en soi; quoique nous ne puissions les connaître ; qu'autrement nous arriverions à cette absurde conséquence, qu'il y a une apparence phénoménale sans qu'il y ait quelque chose qui apparaisse' », il ne réfléchit pas combien il est peu raisonnable de sa part, au contraire, de trouver absurde cette opinion qui est celle de tant de philosophes, et d'un Leibniz comme d'un Épicure : que les apparences phénoménales répondent à des substances composées, et (pi'il appartient à notre esprit de chercher les raisons pour lesquelles on peut considérer les éléments de composition de ces substances comme des choses de telle ou telle nature, dont les pro|)riétés, en rapport avec nos facultés perceptives, donnent lieu à nos représentations scn-

I. Seconde éJitioii-de la Critique de la liaison pure, l'rcl'aco de Ivaiil.

36i CRITIQUE DE LA DOCTRINE DE KANT

sibles. Ces philosophes n'envisagent pas, comme le dit Kant, une apparence phénoménale sans qu'il y ait quelque chose qui apparaisse, mais bien une apparence qui est le signe de l'existence de quelque chose dont la nature n'est point d'apparaîlre sous la forme d'une sensation, mais bien de se faire connaître par cette sensation, et de là, se définir dans notre pensée selon que nos réflexions s'y appliquent. Et c'est Kant, lui, qui, en exigeant que, sous peine d'absurdité. Ht/ ait quelque chose qui apparaisse tombe ou dans une contradiction, ou pour le moins dans l'équivoque sur le mot apparaître; car comment veut-il que la chose en soi apparaisse, qu'elle soit l'objet qui apparaît avec l'objet propre de l'expérience, alors que, par sa nature elle est justement ce qui ne peut pas apparaître, ni même être, au dire de Kant, aucunement connaissable. Ce philosophe qui suppose, sous l'apparence phénoménale, un en soi inconnaissable, qu'a-t-il à reprendre, au point de vue logique, chez ceux qui en supposent un connaissable et qui entendent autrement que lui Têtre en soi, la substance réelle ?

L'équivoque que Kant n'a pas évitée est inhérente à tout substantialisme absolutiste, parce que les partisans de cette doctrine, ne pouvant s'arrêter, d'attribut en attribut, de qualité en qualité, dont ils font abstraction, qu'à ce qui serait absolument en soi sans qualités, pour définir la substance, sont obligés de la poser comme impropre en elle-même à toute détermination phénoménale, quoique apte à en revêtir telles ou telles, et ils se trouvent ainsi conduits, quand ils disent que quelque chose, la substance, apparaît dans les apparences phénoménales, de supposer que quelque chose apparaît qui, par sa nature, ne peut point apparaître.

La seule méthode possible d'obvier à ce précipice d'une sorte de réalisme nihiliste, inavoué, mais logique,

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