‹ Critique de la doctrine de KantChapitre 81 sur 90 · LA RÉALITÉ. — LA SUBSTANCE. - LE NOUMÈNE · texte numérisé non relu

LA RÉALITÉ. — LA SUBSTANCE. - LE NOUMÈNE

est de définir Vêtve en soi par quelque relation fondamentale interne entre des qualités premières, et c'est là le principe même du monadisme, tel que le créateur de cette grande doctrine l'a lui-même compris, puisqu'il a défini sa substance shnple, Être en soi radical, par des qualités [Monadologie, art. 8).

Mais il ne fallait pas à Kant une chose connaissable, ou ne fût-ce que concevable, pour répondre à l'idée de substance en sa philosophie, il la lui fallait absolument hors de toute expérience et de toute imagination possible, hors du temps et de l'espace. 11 expose immédiatement à la suite du passage que nous venons de citer, l'avantage inappréciable unique, qu'on retire de l'idée de la chose en soi quand on admet qu'elle ne peut répondre pour nous à aucune sorte de représentation. Et, en effet, dit-il, si on ne distingue pas les objets en soi des objets de l'expérience, on doit étendre aux choses sans exception le principe de la causalité qui régit ces derniers, et, par conséquent, faire porter sur toutes également la loi du « mécanisme de la nature », — déterminisme universel, selon Kant — ; alors la conciliation du libre arbitre et de l'invariable enchaînement des phénomènes devient impossible, et c'est le triomphe du naturalisme, parce que cette loi est, selon lui, inébranlable ; au lieu que, si l'on distingue dans les choses, et dans l'âme humaine, par exemple, deux manières de les entendre comme objets en soi, d'un côté, comme phénomènes, de l'autre, il devient possible d'échapper aux contradictions. L'àme est soumise à la loi de causalité quand on la considère dans l'ordre des phénomènes et des actions visibles, où elle a sa place, mais l'àme est libre, prise en soi, hors des conditions i\\\ temps. Ce ne sont là que « deux modes de représentations de cette substance, l'un sensible, l'autre intelligible », et la distinction résout la cpiestion, la morale

est sauvée, qui, sans cela, serait annihilée par l'empire de la loi du monde phénoménal.

Mais comment comprendre l'introduclion à titre rationnel, en philosophie, de notions soustraites à toutes les conditions de la connaissance lant intellectuelle que sensible ? C'est maintenir ce qu'il faut expliquer.

« Les apparences, que nous pensons comme objets, sous l'unité qu'elle tiennent des catégories, sont appelées des phénomènes ; mais, si nous admettons des choses qui soient objets de l'entendement seulement, et qui jmissent néanmoins être donnés comme objets d'une intuition, quoique non point d'une intuition sensible, ces choses doivent s'appeler des noumènes (intelligibilia).

Cette conception des noumènes est-elle possible ? est-elle nécessaire? Oui, nous dit Kant, et il avance à l'appui un raisonnement semblable à celui qui, de l'existence des phénomènes (choses qui paraissent), le fait ailleurs conclure à l'existence des substances (ces mêmes choses, mais en soi, qui ne paraissent pas). C'est en efï'et la même question généralisée, étendue à l'ensemble des objets des sens :

« Si les sens nous représentent quelque chose en tant seulement qu'il apparaît, ce quelque chose doit luimême être une chose en soi, être un objet d'une intuition non sensible, c'est-à-dire un objet de l'entendement. 11 doit y avoir une espèce de connaissance dans laquelle il n'entre aucune sensibilité, et qui, seule, possède une réalité objective absolue, représentant les objets comme ils sont, tandis que, par l'usage empirique de notre entendement, nous ne connaissons les choses que comme elles apparaissent. »

Il y aurait donc une espèce de connaissance différente de celle à laquelle nous avons borné l'entendement servi par les catégories ? Kant adresse celte ob-

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