‹ Critique de la doctrine de KantChapitre 89 sur 90 · I. La Religion dans les limites de la liaison, I · texte numérisé non relu

I. La Religion dans les limites de la liaison, I

en rapport avec elles-mêmes et n'a nulle responsabilité externe. Si nous en faisons usage pour porter l'application de nos concepts, les catégories, hors des limites de l'expérience, c'est seulement erreur de notre part {amphibolie). Mais le second est le vrai nom de la méthode qui renverse toutes les bornes et ordonne même de les franchir. Le principe transcendant nous illusionne par le rêve d'une extension du pur entendement. « Il y a dans notre raison, considérée subjectivement comme une faculté humaine de connaissance, des principes et des maximes de son emploi, qui ont l'apparence de principes objectifs et nous conduisent à confondre la nécessité subjective d'une certaine connexion de nos concepts, pour l'entendement, avec la nécessité objective de la détermination des choses en ellesmêmes. Cette illusion est aussi impossible à éviter qu'il l'est de ne pas voir la mer plus haute à distance que près du rivage... »

Après avoir défini la Raison la faculté des principes. « c'est à dire la faculté de ramener à l'unité les règles de l'entendement au moyen de certains principes, — tandis que l'Entendement ne serait que la faculté de ramener les phénomènes à l'unité au moyen de certaines règles )), — après avoir montré comment la Raison, opérant en sens inverse du raisonnement, cherche en tout la raison de la raison, par des prosyllogismes échelonnés, en d'autres termes, « la condition de la condition, et ainsi de suite autant qu'il est possible, on voit aisément, dit Kant, que c'est le principe propre de la Raison, en son usage logique, de trouver pour toute connaissance conditionnée de l'Entendement, l'inconditionné, au moyen duquell'unité de cette connaissance peut s'accomplir ».

Ne nous arrêtons pas à la distinction de l'Entendement et de la Raison ; elle n'est pas logiquement moti-

LES TROIS ABSOLUS DE LA RAISON ET LE PUR INCONDITIONNÉ 413 vée; Tusage commun de la raison témoigne que nous ne procédons, en toutes nos opérations intellectuelles, que par l'application des catégories, soit de genre et d'espèce (catégorie de Qualité), soit de cause et d'effet. En tout cas, c'est de l'enchaînement qu'il s'agit et de son terme final, s'il peut y en avoir. S'il ne peut y en avoir aucun, l'ardeur de l'atteindre n'est plus la raison. « Cette maxime logique », continue Kant, à savoir celle qui nous engage à remonter de condition en condition pour atteindre l'unité de la connaissance, « ne peut devenir un principe de Raison pure, à moins d'admettre qu'une condition étant donnée, la série entière des conditions subordonnées les unes aux autres, série qui, par conséquent est elle-même inconditionnée, se trouve pareillement donnée (c'est-à-dire contenue dans l'objet et dans sa connexion ».

Série q\d est elle-même inconditioyinée: celte conséquence est formellement réfutée par son auteur luimême, aussitôt que posée ; car « un tel principe de Raison pure est, dit Kant, évidemment synthétifjue : analytiquement, le conditionné se rapporte sans doute à quelque condition, mais non pas à l'inconditionné. De ce principe, d'autres diverses propositions synthétiques naissent, que l'entendement pur ignore, parce qu'il n'a affaire qu'aux objets d'expérience possible... ». Il s'agit ici des divisions qu'admet l'idée de l'Inconditionné universel selon qu'on le considère dans la série des phénomènes du sujet pensant, ou dans la série des phénomènes cosmologiques, ou dans la série intégrale des choses. Or, ici et d'une manière générale, Kant déclare transcendantes les propositions (|ui portent surces inconditionnés : transcendantes, c'est-à-dire sans objectivité possible, suivant la définition qu'il a donnée de la trans(;endance opposée au transcendantalisme : « Les propositions déduites des plus hauts piin(i|)<s

de la Raison pure seront toujours transcendantes à regard de tous les phénomènes, c'est-à-dire qu'il sera toujours impossible de faire d'un principe de ce genre un usage empirique adéquat; il restera donc complètement différent' de tous les principes de l'entendement, dont l'usage est immanent » ou non transcendant, c'est la signification logique donnée par la définition de Kant à ce mot [immaiient) « et uniquement rapporté à l'expérience possible. La tâche qui est devant nous maintenant, dans la dialectique transcendantale, et dont le sujet est à tirer des sources profondément cachées de la raison humaine, est celle-ci: d'examiner s'il est correct ou non, ce principe, que la série des conditions (dans la synthèse des phénomènes, ou de la pensée objective en général) s'étend jusqu'à l'inconditionné, et quelles conséquences doivent s'ensuivre par rapport à l'usage empirique de l'entendement; de décider s'il existe réellement un tel principe objectivement valide de la Raison, et non pas seulement, à sa place, une règle logique qui requiert de nous que, nous élevant à des conditions toujours plus élevées, nous nous approchions de l'intégrité, de manière à porter la Raison à la plus haute unité possible pour notre connaissance ; de découvrir enfin, dis-je, si c'est par l'effort de quelque faux concept qu'une simple tendance de la raison a été prise pour un principe transcendantal de la Raison pure, qui, faute de suffisante réflexion, paraîtrait réclamer l'intégrité absolue de la série des conditions dans les objets eux-mêmes-, et, dans ce cas, quelles sortes de méprises et d'illusions ont pu se glisser dans les syllogismes dont les majeures (pétitions de principes plutôt que postulats) montent de l'expérience à ses conditions* ».

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