XXV111 NOTICE BIOGRAPHIQUE
qui té; et quant à la philosophie scolastique , on dirait, chaque fois qu'il en parle, que c'est avec un sentiment de pitié et quelquefois même avec une sorte de dédain.
Cette indifférence de Brown pour l'antiquité et ce manque de respect pour les doctrines du moyen âge avaient leur source dans son esprit tout cartésien d'indépendance philosophique. Il se défiait des livres, et, pour étudier l'homme, il préférait rentrer en luimême et interroger sa conscience.
Il était en outre un polyglotte assez distingué : D'après Welsh , « il lisait le français , l'italien et l'allemand avec autant de facilité que l'anglais. 11 lisait aussi l'espagnol et le portugais , quoique moins couramment. La littérature française lui était aussi familière que celle de son propre pays. »
En effet , tous ses écrits abondent en citations d'auteurs français. Outre nos philosophes proprement dits , ceux dont il se complaît à invoquer l'autorité sont Montaigne, Pascal, d'Alembert , Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Fontenelle, Saint- Lambert et Diderot ; il cite en outre un assez bon nombre de nos grands écrivains tels que Racine , Labruyère , Massillon , et beaucoup d'autres.
En apprenant l'allemand , Brown n'avait eu qu'un but, celui d'étudier dans leur propre langue les philosophes dont la renommée commençait à se répandre. De i798 à 1803 « il fut, dit Welsh, plongé dans l'étude de la philosophie allemande(l). »
(1) Life of Brown, pag. 79
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Mais un esprit comme le sien, pénétré des principes de la méthode baeonienne, éle\é, pour ainsi dire, dans l'école de Condillac et des écrivains français dont le langage ennemi de l'obscurité repousse toute espèce de rêveries, pouvait -il se complaire aux abstractions métaphysiques et aux combinaisons logiques des penseurs de l'Allemagne?
Tout nous porte à croire qu'il y avait antipathie naturelle entre son génie et l'esprit teutonique , et ce qui nous confirme dans cette opinion, c'est l'anecdote suivante de David Welsh. « Je venais, dit celui-ci, de lire un ouvrage philosophique récemment publié et déjà célèbre, j'en avais été frappé d'admiration. 11 m'arriva d'en parler à Brown; j'en faisais devant lui le plus grand éloge. Mais je m'aperçus qu'il ne partageait pas mon enthousiasme ; et comme je voulais passer à un chapitre particulier qui m'avait paru très-remarquable : — Attendez, me dit-il, je ne suis pas bien sûr de me rappeler au juste la pensée de votre auteur sur le sujet dont vous venez de parler; voudriez-vous résumer en deux mots ce qu'il a voulu dire? — J'essayai, mais ce fut avec une peine infinie que je pus en venir à bout; et je compris qu'il s'était servi de ce moyen pour me convaincre par moi-même qu'il y avait dans mon auteur favori un manque de précision, et que, me laissant éblouir par son éloquence, je n'avais remarqué ni le vague de ses idées, ni l'obscurité de quelques-uns de ses principes (I). »
(1) Life nf firoirn , pag. 334