‹ Critique de la philosophie de Thomas BrownChapitre 29 sur 43 · II. — De la conscience · texte numérisé non relu

II. — De la conscience

On sait que les philosophes ne sont point d'accord sur la conscience : les uns, tels que Descartes, Locke, Destutt de Tracy et Laromiguière, la considèrent, non comme une faculté particulière, mais comme la condition de l'intelligence; les autres, comme Reid, Stewart, R. Collard, Jouffroy et M. Cousin la regardent, au contraire, comme une faculté spéciale ; suivant eux, la conscience diffère des autres facultés intellectuelles , comme celles-ci diffèrent les unes des autres , et elle a pour objet toutes les opérations de l'esprit.

Conformément à la première opinion , et contrairement à la seconde , Rrown soutient que la conscience n'est qu'un nom général qui exprime l'ensemble des affections diverses de l'esprit. D'après lui, l'âme ne peut exister en même temps dans deux états différents. J'ai conscience d'une affection particulière signifie seulement : je me sens affecté d'une certaine manière ou mon esprit existe dans cet état qui constitue un certain sentiment. L'opinion de Reid qu'il combat, il l'attribue à une confusion de pensées et à une confusion de mots : On ne s'est pas aperçu, dit-il, que ce qu'on appelle conscience, n'est que le sentiment de notre identité personnelle, révélée

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par la mémoire, et l'on s'est affermi dans cette illusion par l'emploi du pronom je ou moi. En un mot, il n'y a dans l'esprit qu'une succession de manières d'être ; et entre la notion du moi , la conscience et la mémoire il n'y a nulle différence, si ce n'est que la réflexion s'applique, dans le premier cas, à la substance pensante elle-même, dans le second, à l'une de ses modifications présentes, et dans la troisième à une modification passée (1).

Que la conscience consiste uniquement dans l'idée du moi ou dans la croyance à l'identité personnelle , c'est une proposition si évidente , qu'il suffit de l'énoncer pour produire une conviction irrésistible. La meilleure preuve que la

(I) La conscience dans la plus simple acception du mot, lorsqu'on la considère par rapport au présent seulement, n'est pas une faculté particulière de l'esprit, ni le nom d'une classe distincte de phénomènes; ce n'est qu'une expression générale, applicable à tout ce qui se passe en nous, à nos sensations, à nos pensées, à nos désirs, en un mot à toutes nos modilications intellectuelles, quelles qu'elles soient. Quand ce mot exprime quelque chose de plus, ce ne peut être que le souvenir de quelque état antérieur de l'esprit, et la comparaison d'une affection actuelle à une affection rappelée. C'est une expression trèsheureuse au moyen de laquelle nous abrégeons le discours, lorsque nous parlons de nos différentes manières d'être, de même que nous employons tout autre terme général pour embrassera la fois une multitude d'individus qui se rassemblent par quelque propriété commune. (Lee. M).

conscience n'est pas une faculté particulière, c'était donc la simple exposition des faits. Mais les preuves négatives que Brown passe sous silence ne sont peut-être pas moins puissantes contre l'opinion contraire.

A l'hypothèse de Reid et de ses disciples on peut, ce me semble, reprocher autre chose qu'une confusion de pensée et de langage, je veux dire l'inutililité et l'impossibilité. En effet, quand on fait de la conscience une faculté spéciale , on ne peut se proposer que deux choses : de donner une explication au phénomène de la connaissance et une base à la certitude ; or l'hypothèse ne donne ni l'une ni l'autre.

D'après Reid et son école, la conscience a pour objet ce qui se passe dans lame; donc son rôle ne peut tout au plus consister qu'à doubler les opérations intellectuelles. Avant l'intervention de cette prétendue faculté , la connaissance n'existe pas encore, ou bien elle existe déjà; dans le premier cas, le témoignage de la conscience ne portera sur rien ; dans le second , à quoi servirat-il? Loin d'expliquer le phénomène de la connaissance, la conscience le suppose et ne pourrait pas même exister sans lui.

Il lui est également impossible de rien ajouter à la certitude ; car à la proposition je sais , substituer la phrase je sais que je sais serait tout

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simplement reculer la difficulté. Le sceptique aura toujours le droit de demander : avez-vous conscience de la conscience de ce que vous savez.

L'intervention de la conscience, à quelque point de vue qu'on la considère , est donc tout à fait inexplicable , et par conséquent elle ne constitue pas une faculté particulière.

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