I. — Classification des phénomènes affectifs
Les phénomènes affectifs forment , d'après Brown, la dernière classe des états internes de
(1) Frag. de philos., trad. L. Peisse p. <>.">-7.J.
l'àme ; il en traite sous la dénomination commune d'émotions; titre analogue à celui de Destutt de Tracy, qui emploie le mot désirs; et nouvelle preuve de ce que nous avons dit plus haut, que les divisions générales des deux philosophes sont à peu près identiques.
Les affections émotives diffèrent de tous les autres états de l'âme. « Elles diffèrent des états externes , dit Brown , en ce qu'elles ne sont pas la conséquence immédiate de la présence des objets extérieurs ; car elles n'en proviennent jamais directement, et, lors même qu'elles se produisent à leur occasion, elles naissent toujours à la suite des modifications internes qu'on appelle ordinairement sensations ou perceptions. Elles diffèrent, en outre, des suggestions simples ou relatives de la mémoire ou du jugement par un caractère qui leur est propre, c'est-à-dire par cette vivacité particulière que tout le monde comprend, mais dont il est impossible de donner une définition verbale, tout aussi impossible que de définir l'amer ou le doux, un son ou une odeur autrement que par une description des circonstances dans lesquelles ces sensations se produisent (1). »
Voilà les émotions distinguées de tout ce qui
t Leç. 52.
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pourrait se confondre avec elles. Sous quel poinl de vue l'auteur va-t-il maintenant les examiner? Les considèrera-t-il dans leurs principes élémentaires, c'est-à-dire dans leur état simple et telles qu'elles existent comme phénomènes subjectifs? ou bien les considèrera-t-il dans les formes complexes sous lesquelles elles ont l'habitude de se manifester, lorsqu'elles se combinent avec leurs objets différents?
L'intention de Brown est de les étudier, non dans leur état simple, mais dans leur état de complexité. « Si nous n'avions, dit-il, à parler que des passions élémentaires, nous pourrions les classer sous un très -petit nombre de chefs : la joie, la douleur, le désir, l'étonnement, le respect, le mépris, et les deux sentiments opposés que produit en nous le spectacle du crime ou de la vertu en compléteraient, je crois, la liste, ou à peu près du moins. Mais, bien que cette nomenclature puisse n'omettre aucune de nos passions primitives , il ne faut pas oublier néanmoins que chacune de ces dénominations particulières comprend un grand nombre d'affections qui, malgré leurs ressemblances générales, ne sont pas toujours exactement les mêmes : le seul mot joie, par exemple, exprime plusieurs variétés de sentiments agréables; le désir, nu nombre considérable de volitions qui, se combinanl avei leurs objets
particuliers, en sont tellement modifiées, qu'elles nous apparaissent, sous leurs formes complexes, presque aussi différentes les unes des autres qu'elles le sont des autres modifications rangées sous des noms différents. C'est dans leur état de complexité que les émotions se produisent avec le plus de force dans nos semblables, et qu'en nousmême elles donnent plus de vivacité aux impressions du présent,, aux prévisions de l'avenir et aux souvenirs du passé. Considérées sous cet aspect, et, pour ainsi dire, sur le grand théâtre de la vie , elles nous apparaissent avec des traits plus marqués , et , se montrant à nous et dans leurs causes et dans leurs effets , elles nous révéleront les secrets mobiles de l'activité humaine, avantage immense dont nous ne pourrions profiter si nous devions les étudier seulement dans leurs principes élémentaires (1). »
Voilà le but indiqué, et la méthode connue. Voyons à présent le mode d'arrangement adopté , les divisions générales et les subdivisions particulières.
Le principe de classification dont Brown fait usage ici comme ailleurs, c'est la notion de temps : les trois moments de la durée lui servent à distinguer les émotions en trois grandes classes,
(I) Leç. 52.
hé l'esprit humain. 137
selon que l'objet qui nous oceupe est présent, ou passé, ou futur ; l'admiration, le remords et l'espérance peuvent servir d'exemples particuliers pour mettre dans tout son jour le sens qu'il attache à ces distinctions; car nous admirons ce qui est devant nous, nous sentons le remords d'un crime passé, et nous espérons un bien à venir. De là les émotions qu'il nomme immédiates, rétrospectives el prospectives. Les deux premières classes se subdivisent, en outre, selon que les sentiments impliquent ou n'impliquent pas quelque idée morale.
1» Émotions immédiates. Parmi celles qui n'impliquent pas d'idée morale se rangent : lo l'hilarité, 2° la mélancolie, 3° l'étonnement, 4° l'ennui, 5° les sentiments du beau, du laid, du sublime et du risible.
Au nombre de celles qui supposent quelque idée morale sont : 1° la joie de la vertu et la tristesse du crime, 2<> l'amour et la haine, 3» la sympathie avec le bonheur et le malheur, 4° l'orgueil et l'humilité (1).
2° Émulions rétrospectives. Elles se subdivisent en deux espèces : celles qui se rapportent à nos semblables : 1° la colère, 2° la reconnaissance; celles qui se rapportent à nous -même et à nos propres actions : 1" la peine et le con-
lentement causés par des événements étrangers à notre volonté , 2<> le remords et la satisfaction morale qui résultent de nos actes libres (1).
3° Émotions prospectives. Cette classe comprend tous nos désirs et toutes nos craintes. Toutefois, comme il les considère surtout dans leurs causes extérieures, il s'attache exclusivement aux désirs ; car la crainte et le désir ayant presque toujours le même objet, traiter à la fois de l'un et de l'autre , c'eût été s'exposer à des répétitions inévitables et inutiles. « Le désir et la crainte, dit-il, ne se rapportent pas nécessairement à des objets différents : nous craignons la perte d'un plaisir qui longtemps avait été l'objet de notre espérance; nous souhaitons la délivrance d'un mal qui nous faisait craindre auparavant; nous aspirons à une place à laquelle nous craignons de ne pouvoir arriver; nous redoutons les menaces d'un malheur dont nous espérons éviter les coups (2). »
Brown ne cherche pas à définir le désir; car, selon lui, le désir considéré dans l'âme est une affection simple et qui , par conséquent, n'est pas susceptible de définition. Toujours le même dans sa nature, il ne souffre que des différences de degré; ses variations d'intensité sont marquées par les mots souhait, espérance, attente et con-
(1) Lot;. 63 à 65.
(2) Leç. 65
ni: l'esprit humain. 139
fiance, qui correspondent aux différents degrés de probabilité pour la réalisation de nos vœux. Toutefois la probabilité n'est pas la seule cause qui influe sur nos désirs; l'importance de l'objet en perspective peut aussi les modifier et d'une manière très-remarquable.
Pauca licet portes argenti vascula puri Nocte iter ingressus, gladium contumque limebis, Et motse ad lunain trepidabis arundinis umbram : Cantabit vacuus coram latrone viator.
JuvÉNAL, Sa t. XV, 19-22-
Le désir porté à son plus haut degré de force devient la passion, qui ôte quelquefois à lame la direction de ses mouvements.
Telles, sont quelques-unes des considérations générales de Brown sur nos désirs. Il en aborde ensuite l'énumération, que toutefois il n'espère pas donner complète; « car, dit- il, énumérer tous les objets de nos désirs et de nos craintes, ce serait presque faire le dénombrement de tout ce qui existe autour de nous sur la terre, et de tous les rapports des choses aux hommes, sans parler de cette infinie variété de désirs fantastiques que suscitent les rêves d'une imagination capricieuse. Une énumération complète de tout ce qui peut faire naître les désirs me paraît presque aussi impossible que leur entière satisfaction pour L'homme, dont les aspirations sont ;m>si vastes
que sou pouvoir est borné. Les plus importants néanmoins me paraissent compris dans la série suivante : 1° le désir de l'existence continue, indépendamment du plaisir qu'elle peut donner; 2° le désir du plaisir, considéré directement comme tel ; 3° le désir de l'action ; 4° le désir de société; 5° le désir de la science; 6° le désir du pouvoir directement , comme dans l'ambition , ou indirectement, comme dans l'avarice; 7° le désir de l'affection ou de l'estime de nos semblables; 8° le désir de la gloire ; 9» le désir du bonheur d'autrui; 10<> le désir du malheur de ceux que nous haïssons (1). »
Toutes ces matières se trouvent développées dans Brown, suivant l'ordre que nous venons d'indiquer. Tel est le plan de la théorie des émotions. Nous avons dû nous contenter de l'indication des matières et de l'ordre dans lequel elles sont traitées ; car il eût été impossible de le suivre dans les détails d'une théorie dont les parties ne sont pas toujours enchaînées entre elles par un lien bien sensible, ni même, malgré l'appareil des classifications, rattachées à des principes généraux.
On nous demandera peut-être pourquoi, dans une étude sur les passions, Brown ne songe pas même à nous dire de quelle manière ces phénO- 11) Leç. G5 à 73
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mènes sont modifiés par l'intervention de la volonté; il n'ignore pas sans doute que les facultés de l 'âme ont chacune leur moment spontané et fatal, leur moment réfléchi et volontaire; mais le fait est qu'il a complètement oublié la théorie de la liberté; et ce n'est pas à nous qu'il appartient de combler une lacune si considérable.
Nous ne ferons ici qu'un très -petit nombre d'observations, et encore ne porteront-elles que sur les principes de sa classification et sur les dénominations nouvelles qu'il a introduites dans la science.
C'est, comme on l'a vu, le concept du temps qui sert de principe à la division adoptée par Brown ; c'est la notion de l'un des trois moments de la durée qui sert de base à chacune des trois grandes classes d'émotions. Le caractère qui les distingue est donc supposé commun à tous les sentiments qu'elles embrassent respectivement. Mais avant de faire choix d'un pareil caractère, ne fallait-il pas d'abord en constater au moins la réalité? or la notion de temps entre-t-elle nécessairement dans la compréhension de l'idée d'émotion? Nous ne le croyons pas; car si on examine une émotion et dans sa forme et dans sa matière, on ne trouve pas parmi les éléments qui la constituent celui dont il est ici question. La matière d'un sentiment, c'est son objet; or l'objet
est toujours extérieur à nous, ou peut toujours être considéré comme tel, même lorsqu'il est pris au- dedans de nous -même; maintenant, peut-on dire que le temps soit une des propriétés des objets extérieurs; que les choses soient en elles-mêmes ou présentes ou passées ou futures? L'expression seule d'une supposition si bizarre en démontre l'absurdité. La durée n'est rien hors de nous; c'est un point de vue de l'esprit, une perception de rapports, enfin une pure abstraction. Considérons maintenant l'émotion en sa forme, c'est-à-dire dans l'esprit modifié : selon Brown, une émotion n'est pas un phénomène intellectuel, mais purement volontaire, qui peut bien être précédé ou suivi d'une idée, mais qui n'en renferme aucune en soi comme partie intégrante; donc la notion de temps dont il s'agit ici ne peut appartenir qu'à la conception qui précède ou qui suit l'émotion. La division de Brown repose donc sur un caractère qui n'en est pas un; ce n'est tout au plus qu'une division artificielle; voyons, considérée comme telle, quelle peut être sa valeur.
Une classification artificielle n'est valable provisoirement que tant qu'elle tient séparées, d'une manière assez commode pour l'esprit, des choses qui tendent à se confondre vers les limites extrêmes des espèces ; or la division qui nous occupe
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n'atteint pas même ce but : pour s'en convaincre, il suffît de prendre au hasard dans chacune des subdivisions respectives, et l'on verra que la plupart des émotions énumérées peuvent se ranger indifféremment dans l'une ou l'autre des trois grandes catégories. L'étonnement, par exemple, l'amour et la haine, qui sont classés parmi les émotions immédiates, ne pourraient-ils pas aussi bien se ranger dans la seconde classe à côté de la reconnaissance et de la colère? et de plus ces deux derniers sentiments ne peuvent-ils pas faire partie des trois catégories à la fois, selon que, d'après les principes de l'auteur, on a en vue l'un ou l'autre des trois éléments qui les constituent? En effet, par la douleur et la joie qu'ils causent, ils appartiennent aux émotions immédiates; par la conscience ou la conception de leur cause occasionnelle, ils sont rétrospectifs; et enfin, par le désir de vengeance ou de bienfaisance qui les accompagne, ils sont prospectifs. Rien donc no justifie l'emploi de ces dénominations déjà si bizarres en elles-mêmes; il n'y a, à proprement parler, que des émotions immédiates, ou plutôt des émotions actuelles ou présentes. Descartes, il est vrai, dans son Traité des passions, fait allusion en passant à ces distinctions de temps, et c'est peut-être l'autorité de ce grand homme qui a préparé l'illusion de Brown ; mais le philosophe fran-
çais se garde bien d'établir son système sur une base aussi fragile; c'est dans la nature même des passions qu'il cherche les caractères d'après lesquels il en forme un système (1). Enfin il faut dire avec Spinoza que « l'image d'une chose, prise en soi, est toujours la même, qu'elle se rapporte au passé et à l'avenir, ou bien au présent. » Et aussi que « la passion, » quelle qu'elle soit, est la même, que l'image se rapporte au passé et à l'avenir, ou bien au présent (2). »
Quand on cherche les causes de cette absence de précision, dans un esprit si ferme et si juste que l'est ordinairement celui de Brown, on en trouve deux causes principales : l'idée vague qu'il s'était faite des émotions en général, et l'étude superficielle de celles qu'on nomme primitives.
La joie, le chagrin, le désir, l'étonnement, le respect, le mépris, le remords et la satisfaction morale sont, d'après lui, nos seules émotions primitives ou « à peu près, » ajoute-t-il. Nous nous hâterons ici de lui rendre justice, en le félicitant d'avoir restitué à la science deux éléments jusqu'alors négligés, c'est-à-dire, d'avoir ajouté le remords et la satisfaction morale à la liste des émotions primitives et élémentaires, ce que n'avaient fait avant lui ni Descartes, ni Spinoza, ni Bossuet
(1) Les Passions, part. II, art. 57.
(2) Éthique, pari. III, prop. 18; trad. E. Saisset..
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lui-même. Mais nous le blâmerons de s'être contenté d'un à peu près dans une question si importante. Lorsque Descartes et Spinoza ont entrepris de nous faire connaître nos passions, n'en ont-ils pas cherché le nombre exact? n'ont-ils pas essayé de les rapporter à leur principe pour les suivre après dans leur génération? S'il avait imité l'exemple de ces deux grands hommes, il ne se serait pas exposé à surcharger la liste de nos sentiments simples et irréductibles.
Reprenons sa nomenclature des émotions primitives : nous y trouvons l'étonnement; mais estil bien vrai que l'étonnement soit, je ne dis pas une passion simple, mais même une passion véritable? De quoi s'étonne-t-on en effet? du nouveau ou de l'inattendu, qui produisent, l'un l'admiration, l'autre la surprise. Or ces deux émotions ne sont pas des passions proprement dites; elles ne sont rien autre chose qu'un degré de vivacité ajouté à des affections préexistantes et subitement modifiées.
Je sais que Descartes place l'admiration en tête de ses six passions primitives. Mais à son autorité on peut opposer celle de Spinoza, qui dit : « Je ne compte pas l'admiration au nombre des passions, ne voyant aucune raison de l'y comprendre, puisque cette contention de l'âme ne vient d'aucune cause positive, mais seulement
de l'absence d'une cause qui détermine l'imagination à passer d'un objet à un autre (1). »
De la liste il faut donc rayer l'étonnement. Mais y laisserons -nous figurer l'estime et le mépris ?
D'après Descartes, « ces deux passions ne sont que des espèces d'admiration (2). » Or nous avons vu que l'admiration elle-même n'est pas une passion.
D'après Spinoza, « l'estime consiste à penser d'une personne plus de bien qu'il ne faut, à cause de l'amour qu'on a pour elle; le mépris consiste à penser moins de bien qu'il ne faut, à cause de la haine qu'on a pour elle (3). »
L'estime et le mépris ne sont donc pas des passions simples , et par conséquent elles ne sont pas primitives. Il eût été mieux peut-être de remplacer l'estime et le mépris par l'amour et la haine; et encore n'éviterait- on pas ainsi la redondance; car la haine revient à l'amour, et l'amour lui-même n'est qu'une des formes du désir.
Des huit passions primitives renfermées dans l'énumération de Brown, il ne nous en reste donc que cinq : la joie, la tristesse, le désir, le remords et la satisfaction morale. Mais la réduc-
(1) Éthique; déf. 4.
(2) Les Passions de rame, paît. III. art. 150.
(3) Éthique, déf. 1\ cl 22.
i>e l'esprit humain. 147
tion doit-elle s'arrêter là? Le remords et la satisfaction morale ne sont rien autre chose que la tristesse et la joie qui résultent de la conscience d'un devoir librement accompli ou librement violé. Ce ne sont donc pas des états simples de l'aine, et, puisque Brown a pour but avoué de ne tenir compte ici que des phénomènes incomplexes, et qu'en outre il a la prétention d'exclure des émotions tout élément intellectuel, il en résulte que nous devons retrancher de sa liste le remords et la satisfaction morale, et n'y conserver que la. joie, la tristesse et le désir.
Cette réduction nous paraît légitime; car lorsque lame subit un état quelconque, comme cet état ne peut pas ne pas être conforme ou contraire à sa nature, il faut de toute nécessité qu'elle en jouisse ou qu'elle en souffre, ou, en d'autres termes, qu'elle en ait de la joie ou de la tristesse. Or la joie et la tristesse produisent l'amour et la haine. Mais la haine s'identifie à l'amour, et l'amour au désir; tous les phénomènes affectifs ou volontaires se réduisent donc à trois : la joie , la tristesse et le désir.
C'est précisément le résultat auquel aboutit Spinoza. « J'avertis, dit ce penseur extraordinaire, qu'après ces trois passions, la joie, la tristesse et le désir, je ne reconnais aucune autre passion primitive; et je me réserve de prouver par la
suite que toutes les passions naissent de ces trois passions élémentaires (4). »
Malebranche professe exactement la même doctrine sous des termes différents, car il dit que l'amour de l'être ou du bien-être en général « est le principe de toutes nos inclinations naturelles, de toutes nos passions, et de tous les amours libres de notre volonté (2). »
On nous accordera sans doute que ce principe unique de Malebranche est au fond l'équivalent des trois principes de Spinoza; car l'amour est l'effet inséparable de la joie et la cause nécessaire du désir; et la tristesse est à la joie ce que la haine est à l'amour.
Brown n'a point poussé jusque-là ses réductions. S'il était descendu à ces profondeurs, il est probable qu'il eût eu moins de confiance à reprocher à Condillac et à son école d'avoir voulu ramener tout à un principe unique, et d'avoir posé en fait que l'âme, dans la plus insignifiante en apparence de ses modifications, exerce à la fois toutes ses facultés constitutives. Et, s'il eût tenu compte des doctrines de Malebranche et de Spinoza, il n'eût pas manqué de reconnaître que Y émotion non-seulement succède soit à la perception, soit à la conception, mais qu'elle renferme
(1) Éthique, part. III, prop. 11.
(j2) Recherche de la vérité, liv. IV, ch. 1.
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nécessairement l'une ou l'autre de ces deux opérations; et que, môme dans un phénomène sensible, quel qu'il soit, la raison opère à la fois sur toutes les idées qui sont les conditions de la pensée.