‹ Critique de la philosophie de Thomas ReidChapitre 34 sur 56 · DB LA DISTINCTION DES QUALITÉS PREMIÈRES , ETC · texte numérisé non relu

DB LA DISTINCTION DES QUALITÉS PREMIÈRES , ETC

dites-vous ? £h bien ! je présente à votre vue un disque blanc p puis un triangle noir : si la couleur n'est qu'une sensation simple et sans étendue , comment devinerezvous la forme et la dimension des couleurs que j'ai soumises à votre expérience ? Les couleurs ne sont donc pas seulenient des sensations , mais des objets de perception.

Led étendues et les formes qui arrivent à notre connaissance sont .toujours délimitées par leur résistance ou Içqr couleur ; sans cette délimitation, l'idée d'éténdue y si elle pouvait s'introduire dans notre esprit , se^ rait illimitée , ou elle n'aurait qu'une forme toujoursla même, ou enfin des formes diversifiées ii l'infini , dont il serait difficile d'expliquer l'origine , et qui ne coïncideraient que très-rarement avec celles des objets , causes de, nos sensations. I

^^ Le nomades qualités secondes , dit-on, signifiie à la fois<la sensation et sa cause : les mots de son ^ de couleur j d'odeur , sont équivoques , tandis que les mots d'étendue, de figure, n'ont qu'une seule signification. L'équivoque est dans la langue des philosophes, et non dans eelledusens ccnnmun. Le son , la coideur ^l'odeur, sont, pour le vulgaire l'objet d'une certaine perception partîcatièi?e^*comme l'étendue elle-même qui ne peut jamais être perçue si elle n'est pas vue ou touchée y c'estnà-<iire si elle n'est couleur ou l'ésistance.

. Si d'ailleurs la couleur et Je ;Son n'étaient ,; comme Reid[di], et Descartes ont le: courage de le dire que des phénomènes analogues à la faim et à la^if, pourquoi, le mot de tx>u]eur aurait-illdeuii significations, tandiâ que le mQt de faim n'en a qu'une. Le vulgaire objective le saa , il n^ objective jamais la soif. Les phi^. losophes euxrmêmes ont donné le nom dé quidités des corps à la couleur et au son ; ils n'ont jamais donné ce

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titre au plaisir et à la p^ne. Donc ni la couleur , ni le son , ni les autres qualités dites secondes, ne peuvent être assimilés à la peine et au plaisir ou à la pure sensation.

S"" tt L'étendue , la figure , le mouvement , le nombre , )) la solidité et la divisibilité , sont essentielles à la ma- )> tière. » Examinons : loin que le mouvement soit essentiel à la matière , elle est généralenient considérée comme inerte. La matière n'est pas infinie , mais rien n'empêche de la concevoir telle et sans interstice : dans ce cas, elle n'aurait ni nombre , ni figure; elle pourrait être fluide et n'avoir pas de solidité , ou au contraire être douée d'une ténacité invincible > et se refuser à toute division. Reste donc l'étendue. Qu'est ■* ce que l'étendue? Une juxta-position de parties? Mais les parties ne sont pas juxta - posées , comme le prouve la contraction y la Compression et la condensation. Elst-ce l'étendue de la molécule ? Mais Leibnitz conçoit la matière sans cette étendue , et dans la plupart des explications physiques , la molécule est une superfétation : tout se réduit au jeu de forces immatérielles qui , tantôt luttent les unes contre les autres , et tantôt se laissent pénétrer. En conclusion , au delà de ce que nous touchons , voyons , entendons , flairons et goûtons , nous ne savons rien de la matière , loin que nous puissions affirmer que quelque chose lui soit essentieL

Mais peut-être entendez-vous par matière l'étendue», la figure et la solidité ? Il ne serait pas étonnant alors que pour vous la solidité , la figure et l'étendue fussent essentielles à la matière. Vous affirofez ainsi que l'étendue est essentielle à l'étendue: ne vous étonnez pas que j'affirme , à mon tour , que le sohi est essentiel an son , et la lumière à la lumière.

78 DSXA DliTINGTION DBS QUAliITÉS PRJSlilÉRBS ^ ITC.

4° « Les qualités secondes sup)>08eiit les quabtés » premières. » Sous ce rapport ^ Téteadue 66uk serait uoe qualité première ; car. la figure , la solidité » la divisibilité supposent l'étendue. L expérience nous apprend qu'à la production du son eôrresfnmd une Certaine Vibration de l'air et dea solide»; mais noiia ne saurons jamais pourquoi il en est ainsi ^ et nous ne sommes pas en droit d'affirmer qu'il n'en pourrait être autre^ menti Le son a une certaine étendue qui lui est propre , mais qui est l'étendue de ce son , et noii l'éteÉtdue tangible ou visible. La première fois que Tenfalnt &it atr tention au son y il cherche à le saisir avec les mains , comme un objet distinct et e»8tant à part. Les physiciens savent dé la lumière cela seulement qu'elle est la lumière^ et que son étendue et sa forme Ue sont pas tangibles. Quant à l'odeur et à la saveur , elles ne sont pas inème toujours unies à une étendue tangible^ et rien ne. prouve que cette union soit néôessaire.

5^ Vous oonnaîssezy dites-vous, directement les qualités premières et vous savez très^dairement ce qu'elles sont dans les. corps , mais comtn^t distiogaes^vous ces quaHlés d'avec. le corps? Quand vous avez retranché l'étendue,, la figure, la solidité, que reste<-t-il? Votre assertion mvient donc & ceUe-^ci : vous aaves ce qu'est l'étendue et la figure dans Fétendué 0t la figure ; per^ mettez-nous de savoir ce qUe le son est dans le son^ et la couleur dans la couleur. De votre aveu y la figure , la solidité y le. niouvement, suj^[>ôsent l'étendue, et vou& * ne pouvez pas plus vous rendre compte de l'étendue que ndus du son et de le lumièife.

QnaBt au mérite de Servir d'objets aux sciences ma-^ thémsciqMSi îl£fmt encore en dépouiller les qualités premières. Ce n'est ni l'étenduô ni la figure perceptiMe,

DB 1^ DtWïïUX&tUm DBS QUALITÉS praSIÈBUS , ETCi 7$

avec leurs intBrstioc^iet leurs irréguku^tésv ^ui donnent I ieu aux œéditétions du géomètre ., niais )'«8paçe pur, ^lis solution de continuiléi^ ks lignes idéales que notre ima^ {^natidli j dessine j Dagald Sle^viift a sulkttvisé ainsi les qualités premières^fi'' « Les profn'îéCé^ niatfaéma^ M tiques de la matière qui sont Télendue et là figuirOî et » dont Ik notion déterimnë en nous la- jconriction . irré- » sistible de lex^tenee , non-seulehient indépendante, » iHais encense nécessaice et éternelle des objets qu'elle » re^ésente. a^Les qualités premières proprement dites, » comprenant la dureté et la mollesse , raspérilé et le » poli, et les autres propriétés de même nature qùeiious » ne trOttvods pas d absurde à supposer anéanties par ^ hit pujssanee du oréateur j ( i ). ji D'aprèbroette tkéorie, Kélendueet laffiguteée se «bstingueDtjplus de l'espèce et des lignes idéales^ oeaçùes par noire iirïagiiiatitm ; main Mon siétbnne.que le .succes^etir deReid ait oon-^ secvé; le lO^na de propriétés de la matièi^ à des objets nécessaires et. étémelè; . .

:l &: Einfibles 4|nàlités premières sont^eUes pli»s abso-»lueas que les ipialiliés secondes* L'étendue perceptible n'est pas rébpace; cette étendue, loin d'être absolue, paxatt itelâster qoe p0ur nos sens : là où notre main looefae àne éCendee eontinae, il y ^a des solutions de continuité. Si nous n'existions pas, où serait la ptë-^ tendue ddntînuité de la nnatière; L/étendué résistante, comme J'étendqe de^couleor, est donc ma pof {dïétyo^ mène conàdtaj&^rnotris perception eir^in'&xiste plus dès^cpke ooftt» cessons de le percevoii*. Je 06 VéUje pâ^ direparlàqueViest l'être pelièe^rtol qui constitué là watièreirà d^wt de ïétèt ptrras^am, ii y ieitt^aif êtÈt(»è

fiiO;' j =• f:i)M:::i'î.- -.'hii;»..

ij^ JiéBiùs iiéÊ(M^4^ CbuAkk Vhàik, f. i^.

8o DE LA DISTIIIGTIOir DBS^^UALITÉS PUBMIÀRIS , KTC;

daos la nature des causes iaétendues de per-c^plioa d'étendue: mais il v autait de même des causes inétendues d'odeur , de son et de lumière. •

Je veux bien admettre que le^ phâciomènes dits matériels résultent de l'action de certaines causes sur nos c»rganes, et que œs phâiomènes n'existeraient pas sans la cause, d'une part, et sans l'organe, de l'autre'; mais il faut qu'on m'accorde qu'il en est ainsi pour tous les phénomènes matériels, pour ceux qu'on appelle qualités premières, comme pour ceux qu'on relègue sous le nom de qualités secondes.

Je ferai remarquer de jius que Faction sur l'organe n'est pas une action sur le moL Bien que l'étendue perceptible n'existe que par notre organe et dans notre organe , elle n'existe pas pour cela dans le moi. lié moi distingue l'étendue d'arec lut-méme. H ne dit jamais moi de l'étendue, et il sait toujours quand l'étendue est dans la perceptionou seulement dans:la cono^tion; mais s'il ne dit pas moi de l'étendue, il ne le dit pas dai^antage du son, m de la oouleur , ni de l'heur. Il ne le dit que du plaisir et de la peine.' Moi-e^ souffrance se tra^duisent par ces mots :ye souffhe ; tous ne ferez jamais la même traduction ipourmoi et son^ moi et couleur i donc la couleuc, l'odeur, etc., ne sont pas des plaisirs et des peines. i .. ' ^ • . v

Ainsi se détruisent toutes les ;6ppositions établies entre les qualités premières etvsecondes ç Imak du point de vue de lacritique moderne^ iloeituffit pas de montrer quuQe opinion est fausse, il faut.ene(M?e d^ager la'part de vérité qui s'jTj canke^et'^qui seule »a pu £aire Vivre cette opiiiioi^J^ous^recQutnaisson^ doùc cpieileis honmiesont toujours été plus frappés des qualités tangibles et moins préoccup^3 des ;autres>qu^litéSrdiles. JXia^îdlesi^I/expé-

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rience leur fournit souvent des étendues et des formes solides y sans y joindre le son, Todeur, la saveur, ni même la couleur , si le toucher s'exerce pendant la nuit. Au contraire le son, l'odeur, la saveur se présentent très^rarement sans une étendue tangible à laquelle on puisse les rapporter. Quant à la lumière , elle a une étendue propre qui coïncide le plus souvent avec une certaine étendue tangible; l'on s'habitue à regarder l'une et l'autre comme une seule et même étendue, quoiqu'elles puissent se séparer. De là , dans le travail de l'abstraction , il nous est plus facile de penser à l'é* tendue et à là figure tangible , sans penser à la lumière , au son, à l'odeur, que de penser à l'odeur, au son, à la lumière, sans penser à Tétendue tangible. Nous avons tellement besoin du tangible, nous éprouvons tant de peine à en faire abstraction, que, dans nos hypothèses physiques, là où le tangible nous manque , nous le supposons. IN'inventons-nous pas un fluide calorique, un éther lumineux qui, pour prendre le mot des physiciens, se comportent comme les fluides tangibles, et seraient , d'après l'hypothèse , susceptibl es d'être touchés par des organes plus délicats que les nôtres. Enfin , toutes les fois que nous employons le mot corps , nous l'appliquons à du tangible : pour le pâtre , comme pour le savant, qu'est-ce qu'une pierre? Ce n'est pas la couleur, car ce corps la perd pendant la nuit ; ce n'est pas le son, car la pierre n'en produit que quand on la frappe; elle peut n'avoir ni saveur, ni odeur, ni température sensible. Sa forme actuelle peut lui être enlevée, mais si elle perd toute forme et par conséquent toute étendue tangible^ que lui resterait-il?; Rien qu'un puisse appeler une qualité matérielle, car au delà de l'étendue tangible, la moléeule elle-ménhie n est plus qu'uiie hy-

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