‹ Critique de la philosophie de Thomas ReidChapitre 43 sur 56 · DE LA THÉORIE DU JUGEMENT · texte numérisé non relu

DE LA THÉORIE DU JUGEMENT

enfin ce que les logiciens appelaient la simple appré^ hension. Reid a mis au jour ces vérités dans quelques pages de ses essais [ 97, 99^ 1 09, 1 1 1 , 1 13 ]. CIbmment a-t-il pu ailleurs regarder le jugement comme une faculté distincte de la perception et de la mémoire, ou au moins ne pas oser décider a si le jugement se joint invariablement aux opérations de ces facultés, ou s'il en fait partie intégrante [101]?» Ce ne serait mêjgae pas assez que de considérer le jugement comme partie intégrante de ces opérations ; car il les constitue tout entières , c'est-à-dire que les actes de perception et de mémoire ne sont que des jugements de diJBTérentes es^ pèces. La faute devient plus grave encore, lorsque le philosophe avance qu'il y a beaucoup de notions et d'idées, dont la faculté déjuger est la source unique; que les sens nous font connaître les objets sensibles, à une époque où le jugement n'existe pas encore; que ce qui distingue l'homme de l'enfant, ce ne sont pas les sens, mais quelque autre faculté qui analyse et reconipose ; que ce n'est pas la conscience qui nous donne la notion exacte de nos opérations , mais la réflexion , laquelle suppose le concours de la mémoire et du jugement [ 100, 104, 106, lO'y]. v Voilà donc le jugement séparé ici de la perception , de la conscience et de la mémoire. Reid a pris pour une différence de nature ce qui n'est qu'une différence de degré.

Nous avons vu que notre,auteur, tout en distinguant nominalement la faculté de conception et la faculté d'abstraction, leur attribue des effets identiques; il établit une troisième faculté sous le nom de jugement , et c'est pour lui faire exécuter les mêmes opérations qu'aux deux facultés précédentes :« La faculté de juger, dit-il , analyse, et recompose, [ io4] ; le jugement pro-

go DR r.A THÉOHIE DL JUGEMENT.

duit les idées des figures géométriques [ 1 06] , » oubliant tju'îl a déjà rapporté la première œuvre à Tabstraction [ 93}, 0tla seconde à la conception [88].

Mais nous ne sommes pas au ix>iit des er^reurs que renferme cette théorie. Si le jugement n-est pas un nom commun donné a toutes les facultés qui nôtis font connaître ou croire , par oppositièé ft la sithiple appréhension ou h la pure conception qui n'est ni une connaissance, ni une croyance ; si la acuité déjuger est une faculté , comment l'auteur peut^il lui faire produire des a^tes aussi différents et aussi souvent séparés dans Texpénence que les jugements contingents et les Jugeineuts nécessaires?

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