CONCLUSION
bien voulu appeler uu Psychologue écossais {i) ^ ]e renie ma* patrie, je brûle Tarbre dont j'ai cueilli les fruits ! Ne le croyez pas. Il y a encore chez le vénérable Reid de quoi suffire à ma piété filiale.
La doctrine de Reid est plutôt cachée que montrée dans ses essais. Sous la classification générale inscrite en tête des chapitres , il faut savoir en lire une autre qui est fort différente. La première n'est que nominale , la seconde est dans le fond des choses. Reid écrit sur le frontispice de son livre les titres suivants : Sensation, perception, mémoire, conception, abstraction, jugement, raisonnement, goût intellectuel, facultés actives, puissance active , principes d'action , etc.; mais dans le fond des chapitres , la plupart de ces éléments se confondent et s'effiicént, pour laisser apparaître une autre énumération plus distincte et plus légitime que voici : Conscience, perception, mémoire , conception , faculté inductive , faculté interprétative , foi naturelle en autrui , facultés des connaissances nécessaires parmi lesquelles se distingue le sens du devoir ; faculté mo* trice , affections passives , volonté libre.
Demandez à ce philosophe une distribution méthodique des matériaux qu'il a recueillis, une adroite induction qui des phénomènes nous conduise à un petit nombre de causes, vous ne trouverez ni cette classification, ni cette analyse. Ce n'était pourtant pas la tache la plus malaisée ; et le dépit de lui voir négliger ce facile travail est ce qui nous a mis la plume à la main. Mais ces matériaux innombrables, ces milliers de phénomènes si patiemment décrits, faut-il les oublier? N'est-
(i) Préface de la traduction des fragments d'Hamilton par M. Peisse, p. 3o.
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ce pas Reid qui nous a montré à ne plus confondre les perceptions des différents sens , et en particulier, celles de la vue et du toucher? Malgré quelques contradictions, n'est-ce pas chez lui seul qu'on peut rencontrer une théorie raisonnable delà perception ? Où trouver une plus savante exposition de la mémoire et des merveilles si variées que présente la suite de nosconceptiotis? Ses essais sur Fàb^tràction , le jugement et le raisonnement sont encore plus lumineux et plus in^ structifs que les mêmes chapitres dans l'admirable logique de Port-Royal , et les savants solitaires: ont partagé la faute de regarder ces opérations de l'esprit comme lesactesd'auiant de facultés distinctes. Enfin , avec quel profit et quel intérêt ne lit-on pas les chapitres sur le goût intellectuel, sur les affections si variées qui se partagent notre âme , sur le sens du devoir et sur la morale? Avec tous ses défauts, l'ouvrage de Reid offrira longtemps encore la lecture là plus instructive pour l'esprit, la plus délicieuse pour le cœur et la plus profitable pour la philosophie.
Quittez la terre d'Ecosse pour celle d'Allemagne : vous n'apercevez plus là de ces recueils de faits sans classification , mais de vastes systèmes , en apparence admirablement coordonnés. Vous trouvez , par exemple, une psychologie expérimentale , considérée seulement comme le vestibule de la science , d'où l'on passe dans un imposant édifice , divisé en trois parties: la logique, la métaphysique et la morale (i). La
(i)VoyesrexceUente traduction • de Kant, et qui est devenu le
du Manuel de philosophie de Mat- * texte et le programme de l*ensei-
thi» , par M. Poret , • ouvrage qui • gnement philosophique' récem-
» sous une forme concise offre à • ment introduit dans les gymna-
» peu près dans toutes ses parties le • ses de la Prusse. > (Préface du
• développement de la philosophie traducteur , p. 26 et 28 ).