JUGEMENT
97. Le jugement, la croyance, ou la connaissance, précèdent la simple appréhension (5).
98. En séparant la conception d'avec le jugement, on serait porté à penser que la faculté de juger est la
(1) T. IV, p. 1^. (4) T. V.p. i3o-r.
(a) T. IV, p. 221-2. (5) T. II, p. 47-8.
(3) T. IV, p. 22-6.
ÛO JUGEMENT.
même chez tous les hommes, et que ceux en qui elle se montre supérieure ne doivent cette supériorité qu'à des conceptions plus nettes, plus étendues, plus rapides l'entendement et le jugement ne seraient donc
pas deux avantages divers, mais un seul et même don de la nature , qui ne les séparerait jamais (i).
99. Le jugement peut être défini, un acte de l'esprit par lequel une chose est affirmée ou niée d'une autre. Le jugement est une affirmation mentale (2).
100. Il y a beaucoup de notions ou idées dont la faculté de juger est la source unique, comme par exemple celle du jugement lui-même, de la proposition, du sujet, de l'attribut et de la copule, de l'affirmation et de la négation, du vrai et du faux, de la croyance . du doute, de l'opinion, de l'assentiment, de l'évidence (3).
101. Quand l'entendement est mûr, le jugement accompagne toujours la sensation, la perception externe, la conscience et la mémoire, mais il n'accompagne pas la conception. Je ne déciderai pas si le jugement se joint invariablement aux opérations des premières facultés, ou s'il en lait partie intégrante. Ce qu'il y a de certain, c'est que chacune d'elles est accompagnée d'une détermination de l'esprit sur la vérité ou la fausseté de telle ou telle chose et d'une croyance subséquente (4).
102 Nos jugements se rapportent à des choses nécessaires ou à des choses contingentes. Le tout est plus grand que sa partie; deux et deux font quatre: voilà des jugements qui ont pour objet des relations Q< ces»
ILGEMENT. ôl
sures. L'assentiment que nous donnons à des propositions de ce genre , n'est fondé sur aucune opération actuelle des sens, de la mémoire, de la conscience; il n'exige point leur concours; la conception seule l'accompagne, parce que sans elle il n'y a point de jugement possible. Ces jugements pourraient être appelés jugements nécessaires ou jugements purs. Les jugements que nous portons sur les choses contingentes sont appuyés sur quelque autre faculté de l'esprit, telle que les sens, la conscience, la mémoire, la foi aux témoignages des hommes , qui repose elle-même sur l'autorité des sens(i).
103. Il y a exercice du jugement dans la formation des notions générales les plus simples et des notions complexes , qui naissent de la combinaison de notions plus simples (2).
104. Les sens nous font connaître les objets sensibles à une époque où le jugement n'existe point encore; aussi les premières notions sont-elles toutes complexes et n'ont-elles rien d'exact ni de déterminé. Si un cube est présenté à la fois à un enfant d'un an et à un homme fait, et que l'homme découvre dans ce cube ce que l'enfant n'y découvre pas, il est évident que ce ne sera pas par le moyen des sens, mais par le secours de quelque faculté que l'enfant ne possède pas encore , faculté qui analyse et recompose (3).
105. Dans une émotion violente ce ne sont point les sens , c'est le jugement qui est troublé (4).
1 06. Les idées des figures géométriques, de la ligne, du point, de l'angle , du carré et celle de densité , de