Critique de la théorie philosophique sur les idées
35. La perception et la sensation sont deux choses fort différentes : dans cette phrase : je sensune douleur, la distinction entre l'acte et l'objet n'est pas réelle comme dans cette autre : je vois un arbre. Cequenous
(1) T. III, p. a^Sy. (3) T. II. r VJ-ty '< •'''^i"
2) T. III. p. ^89-.,,,
venons de dire de lu douleur s'applique à toutes les autres sensations. Il est fort difficile de multiplier les exemples, parce que parmi nos sensations il y en a peu qui aient des noms (i).
36. La conception d'un arbre, le souvenir d'un arbre, et la perception d'un arbre ne diffèrent pas seulement en degré. La perception d'un objet renferme deux éléments : la conception de sa figure et la croyance à son existence présente (2).
37. Le mot percevoir ne s'applique jamais aux choses de l'existence desquelles nous n'avons pas la pleine conviction : je puis concevoir ou imaginer une montagne d'or, un cheval ailé, mais personne ne dit qu'il perçoit ces êtres imaginaires ; la perception se distingue par là de la conception ou de l'imagination. 2° La perception ne s'applique qu'aux objets extérieurs et non point à ceux qui sont dans l'esprit : si je souffre, je ne dis pas que je perçois la douleur, mais que je la sens, que j'en ai conscience; par là, la perception se distingue de la conscience. 3° L'objet de la perception est une chose présente : nous nous souvenons de ce qui est passé; nous ne le percevons pas (3).
38. Il y a dans la perception trois choses : 1 ° quelque conception ou notion de l'objet perçu; 20 une conviction irrésistible , et une croyance ferme de son existence actuelle ; 3° cette conviction et cette croyance sont immédiates et non l'effet du raisonnement (4).
39. On peut douter que les enfants, quand ils commencent à se servir de leurs sens , fassent aussitôt la distinction entre les choses qui ne sont que conçues et
(1) T. II, p. 3oa-3. (3) T. III, p. a3-4-
(2) T. II, p. 3o4. (4) T. III, p. 125-6.
l6 PERCEPTION.
celles qui existent réellement... La conviction de ^existence d'une chose semble supposer l'idée d'existence , idée trop abstraite peut-être pour entrer dans l'esprit d'un enfant (i).