LA PHILOSOPHIE DE KANT EN FRANGE DE 1773 A 1814 XIII
reux en terrassant ses adversaires, en renversant leurs systèmes, qu'en essayant de construire à son tour un nouvel édifice. Dans le même journal, Villers donna sous le titre de Critique de la Raison pure, une analyse abrégée de cet ouvrage qui fut reproduite en allemand sous les auspices de Kant, puis une traduction en 1798 de Vidée d^ une histoire universelle dans une vue cosmopolilique, qu'il croyait propre à familiariser les lecteurs avec la tournure d'esprit particulière à ce philosophe, avec sa manière de raisonner et de présenter ses idées, parce qu'il n'y abordait point la métaphysique proprement dite, mais y développait son idée la plus chérie en politique et y exposait ses vues profondes sur la perfectibilité graduelle de l'espèce humaine. Cette traduction, réimprimée à part par Villers, le fut encore par François de Neufchâteau en l'an VllI, et un écrit imprimé trois fois, qui n'était pas sans analogie avec l'Esquisse des progrès de l'esprit humain^ que Comte trouvait très remarquable, a été donné, sous forme de traduction communiquée à Comte par d'Eichthal, comme complètement inconnu en France par M. Littré dans A. Comte et la philosophie positive!
Dans le Spectateur encore, Villers fit paraître un fragment d'une traduction en prose de la Messiade, qu'il se proposait de faire connaître à Delille qui, peu versé dans la langue allemande, avait manifesté l'intention de faire, pour la Messiade, ce qu'il avait fait pour l'Enéide*. A la même époque, il est sérieusement occupé de préparer un ouvrage qui fasse connaître Kant aux lecteurs français : il hésite longtemps sur la forme à lui donner, pense à publier des Lettres à Emilie sur la philosophie, puis à faire des dialogues comme Platon et Jacobi *. Enfin, il se décide à suivre la division naturelle de sa matière, à la traiter simplement, sèchement et sérieusement, et en novembre 1799, il présente à Jacobi, dont il voudrait avoir l'avis, une esquisse de son plan ou de ses divisions, dont chacune demandera un plan à part et beaucoup de sous-divisions s. En 1800, il est di.s-
< M. Isier, Lettre de Klopstock k Villers, p. 203.
' Mer. Lettres à Jacobi, p. 144 et à Schelling, p. 243.
• Nous donnons ce plan (d'après Isler, Lettre de Villers à Jacobi,