XXIV AYANT-PROPOS DU TRADUCTEUR
même qu'il y avait du bon dans son livre, trouvait l'ouvrage absolument insuffisant pour faire connaître la philosophie transcendantale, quoique la première partie lui parût écrite avec beaucoup d'esprit et de sel, très propre à réveiller les esprits endormis et à attirer l'attention du public sur ces matières : « Si son intention, ajoutait-il, avait été de faire du bruit et d'acquérir de la célébrité, elle est remplie et il a réussi, mais il a cru devoir se faire léger pour être à la portée d'une nombreuse classe de lecteurs, et il ne nous a montré qu'un squelette très imparfait de la doctrine de Rant. » Et M""^ de Staël, à qui Villers disait modestement que son livre avait au moins un trait commun avec la Littérature considérée dans ses rapports avec les institutions sociales^ c'est qu'il était trop fort pour le public auquel il était destiné, lui écrit à luimême que s'il n'a pas eu tout le succès qu'il méritait, c'est qu'il n'a pas voulu avoir de l'adresse dans sa manière de présenter les idées de Rant et de combattre celles de ses adversaires». En Allemagne, d'ailleurs, Schelling en lit un compte-rendu dans le Journal critique de la philosophie qu'il publiait en collaboration avec Hegel, et tout en se plaçant à un autre point de vue, se montra presque ausai sévère que les philosophes français. Villers eut beau lui écrire comme justification qu'il avait voulu se mettre à la portée des lecteurs de France pour lesquels les coulisses et l'art de la cuisine sont les deux points entre lesquels roule l'exercice de leur pensée (Coulissen und Kochkunst siyid die zwei A7igetn aller dortigen Denkiibung), Schelling n'en maintint pas moins le jugement qu'il avait porté, tout en affirmant qu'il n'avait nullement voulu attaquer personnellement l'auteur «.
On pouvait supposer que Napoléon, alors en lutte avec les idéologues, accueillerait avec joie un ouvrage qui combattait leurs doctrines et proposait, pour les remplacer, une doctrine nouvelle. Villers crut un instant que celui qui avait été comme lui officier d'artillerie, patronnerait son livre. Bonaparte lui en demanda un précis, et on pensa en Allemagne qu'il avait réussi à intéresser U grand Bonaparte au
^ Mer, p. 270, lettre du 1" août 1802. - Jsler, p. 242 à 250.