XXXIV AVANT-PROPOS OU TRADUCTEUR
aux Schlegel, à Fauriel, à Huraboldt, est terminé, soumis à la censure et imprimé quand Savary, le ministre de la police, fait détruire, en 1810, toute l'édition par les gendarmes et réclamer le manuscrit : six années d'études et de travaux, écrivait-elle à Yillers, devaient être détruites dans un instant. Quand le livre parut à Londres, vers la fin de 1813, l'Allemagne tout entière s'était levée avec un enthousiasme héroïque et avait prouvé ainsi à M»« de Staël qu'elle élail une nation^ mais M^^^de Staël souffrait de voir les Anglais, qu'elle admirait, haïr notre pays, elle avait pitié de la France et ne pouvait sans douleur voir les Cosaques k Paris, vingtcinq ans d'etïorts considérés comme vingt-cinq ans de crimes, les progrès de l'esprit humain condamnés et la tyrannie méprisée comme un parvenu, qu'il faul remplacer par un grand seigneur, le despotisme. Du livre bien connu qui niit en relief las plus beaux côtés de l'Allemagne, sa littérature, ses arts, sa philosophie et sa morale, mais qui laissait dans l'ombre ce que l'auteur avait appelé d'abord la chambre entumée et ce qu'on a justement nommé les tendances naturalistes et réalistes des Allemands, nous n'avons que peu de choses à signaler en ce qui concerne Kant. 11 est présenté comme le successeur naturel de Leibnitz, comme ayant passé sa vie entière à méditer les lois de l'intelligence humaine, comme ayant acquis des connaissances sans nombre, comme ayant un esprit fin et juste qui servait de censeur au génie, quand il se laissait emporter trop loin. Elle dit, à propos delà Critique de la raison pure, que lorsqu'on découvrit les trésors d'idées qu'elle renferme, elle produisit une telle sensation en Allemagne que presque tout ce qui s'est fait depuis, en littératurecomme en philosophie, vientde l'impulsion donnée par cet ouvrage. S'il peut d'ailleurs exister deux manières de voir sur ce premier ouvrage de Ranl, il est impossible de ne pas lire avec respect la Critique de la raison pratique et les différents écrits qu'il a composés sur la morale : les principes en sont austères et purs et l'évidence du cœur y est unie à celle du sentiment. La partie polémique de ses ouvrages, celle dans laquelle il attaque le matérialisme serait à elle seule un chef-d'œuvre; si son style mérite, dans la Critique de la rai-