LA PHILOSOPHIE DE KANT EN FRANCE DE 1773 A 1814 XXXV
son pure, tous les reproches qu'on lui a faits, il est, quand il parle des arts et surtout de la morale, presque partout parfaitement clair, énergique et simple : « Combien sa doctrine paraît admirable, comme il exprime le sentiment du beau et l'amour du devoir! avec quelle force il les sépare tous deux de tout calcul d'intérêt ou d'ntilité! Comme il ennoblit les actions par leur source et non par leur succès ! enfin quelle grandeur morale ne sait^il pas donner à l'homme, soit qu'il l'examine en lui-même, sôit qu'il le considère dans ses rapports extérieurs, l'homme, est exilé du ciel, ce prisonnier de la terre, si grand comme exilé, si misérable comme captif! ». Ce qui lui plaît surtout dans Rant, c'est qu'il a relevé la dignité morale, en donnant pour base à tout ce qu'il y a de beau dans le cœur une théorie fortement raisonnée, c'est qu'il commente la loi suprême du devoir avec une chaleur vraie, avec une éloquence animée.
L'histoire du kantisme en France, à partir de 1814, est bien connue. Il suffit de rappeler les noms de Cousin, de Massias, de Barchou de Penhoën, de Willm, de Tissot, de Barni, de Paul Janet, de Renouvier qui a réussi à faire adopter, par bon nombre de nos contemporains, un criticisrae modifié par l'étude de Hume.
Nous croyons, pour la période antérieure, avoir montré l'inexactitude radicale de l'opiTiion généralement admise. Lfe kantisme a été connu, enseigné et discuté à Strasbourg dès 1773; on a songé à le transplanter en France immédiatement après la Terreur; Grégoire, dont l'influence à cette époque était considérable, a encouragé ceux qui avaient conçu ce projet; Sieyès lui-même a, dès 1796, l'idée de le faire connaître; les Mémoires de l'Académie de Berlin qui, écrits en français, étaient beaucoup lus dans notre pays, ont permis, dès 1792, d'en aborder indirectement l'étude; on traduisait en 1796 les Observations sur le sentiment du beau et du sublime, en 1798 le Projet d'un traité de paix perpétuelle, deux ans