‹ Critique de la raison pratiqueChapitre 37 sur 67 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

De l'idée d'une Critique de la raison pratique.

L'usage théorique de la raison portaitsur desobjets de la faculté pure et simple [hloKsen) de connaître, et une critique de la raison, en vue de cet usage, n'avait proprement rapport qu'à la faculté pure (reine) de connaître, parce qu'elle faisait naître le soupçon, fortifié dans la suite, qu'elle se perd facilement an delà de ses limites, parmi des objets inaccessibles ou des concepts tout à fait contradictoires. Il en est tout autrement pour l'usage pratique de la raison. Dans ce derniercas,la raison s'occupe des principes déterminants de la volonté, qui est un pouvoir ou de produire des objets correspondants aux représentations, ou de se déterminer soi-même à réaliser ces objets (que le pouvoir physique soit suffisant ou non), c'est-à-dire de déterminer sa causalité. Là, en effet, la raison peut du moins suffire à la détermina-

tion de la volonté et elle a toujours de la réalité objective, en tant qu'il s'agit uniquement du vouloir. La première question ici est donc de savoir si la raison pure suffit à elle seule à déterminer la volonté, ou si elle ne peut en être un principe de détermination, que comme dépendant de conditions empiriques {empirisch-bedingté). Un concept de la causalité, justifié par la Critique de la raison pure, mais non susceptible, à la vérité, d'une représentation {Darsiellung) empirique, intervient ici, c'est le concept de la liberté. Si nous pouvons maintenant découvrir des moyens de prouver que cette propriété appartient en fait à la volonté humaine (et ainsi aussi à la volonté de tous les êtres raisonnables), il sera montré (rfar^ef/îan) par là, non seulement que la raison pure peut être pratique, mais qu'elle seule, et non la raison limitée empiriquement, est pratique d'une façon inconditionnée (unbedingterweisey. Par conséquent, nous avons à faire unecritique, non de la raison pure pratique, mais seulement de la raison pratique en général. Car la raison pure, quand on a montré qu'elle existe, n'a pas besoin de critique. C'est elle q;ii contient elle-même la règle pour la critique de tjut son usage. La critique de la raison pratique en général est donc obligée d'enlever à la raison, conditionnée empiriquement, la prétention de constituer exclusivement le principe déterminant de la volonté. L'usage delà raison pure, s'il est démontré qu'elle existe, est seul immanent, l'usage empiriquement

* Sur cette expression, voyez p. 16. (F. P.)

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conditionné, qui s'arroge la souveraineté, est au contraire transcendant et se manifeste par des prétentions et des ordres qui dépassent tout à fait son domaine. C'est précisément l'inverse de* ce qui pourrait être dit de l'usage spéculatif de la raison pure. Cependant comme c'est toujours encore la connaissance de la raison pure qui sert ici de fondement à l'usage pratique, la division d'une Critique de la raison pratique doit, dans ses grandes lignes {dem aJlgemeinen Abrisse nach), être conforme à celle de la raison spéculative. Nous devons donc avoir une doctrine élémentaire et une méthodologie de la raison pratique ; dans la première, une anaUjtiquh comme règle de la vérité et une dialectique comme exposition et solution de l'apparence (Scheins) dans lesjugements de la raison pratique. Mais l'ordre sera, dans la subdivision de l'analytique, l'inverse de celui quia été suivi dans la Critique de la raison pure spéculative. Car, dans le cas présent, nous commencerons par les principes et nous irons aux concepts, de ceux-ci ensuite aux sens, s'il est possible ; tandis qu'au contraire, dans la raison spéculative, nous avons dû commencer par les sens et finir par les principes. C'est que maintenant nous avons affaire aune volonté, nous avons à considérer la raison dans son rapport, non aux objets, mais à cette volonté et à sa causalité. Les principes de la causalité inconditionnée empiriquement, doivent donc être le point de départ, après lequel on pourra essayer d'établir nos concepts du principe de détermination d'une

24 DE l'idée d'une critique de la raison pratique telle volonté, de leur application aux objets et enfin au sujet et à sa sensibilité. La loi de la causalité par liberté {Causalitàt aus Freiheit), c'est-à-dire un principe pratique pur, forme ici de toute nécessité le point de départ et détermine les objets auxquels il peut seulement être appliqué.

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