‹ Critique de la raison pratiqueChapitre 40 sur 67 · SCOLIE · texte numérisé non relu

SCOLIE

La géométrie pure a des postulats, qui sont des propositions pratiques, mais ne contiennent rien de plus que la supposition qu'on pei/t faire une chose, s'il est exigé qu'on doive la faire, et ce sont là les seules propositions géométriques qui concernent une existence fDasein). Ce sont donc des règles pratiques, soumises à une condition problématique de la volonté. Mais ici la règle dit qu'on doit tout simplement [schleclithinY agir d'une certaine façon. La règle pratique est donc inconditionnée, partant représentée à priori comme une proposition catégoriquement pratique, parlaquelle la volontéest,absolument(sc/i/ec/i/crdiiigs) et immédiatement (par la règle pratique ellemême, qui,'par conséquent, esticiuneloi), objectivement déterminée. Car la raison pure, pratique en soi, est im-

* Barni traduit ce mot par absolument. Il a suivi Born, qui emploie àbsolute et a été suivi par Abbot, qui se sert d'absolutely. Il convient de distinguer, ici tout au moins, schlechthin de schlechterdings, qui est employé plus bas. (F. P.)

médiatement ici législative. La volonté est conçue (gedacht) comme indépendante des conditions empiriques, parlant comme volonté pure, déterminée par la simple forme de la loi, et ce principe de détermination est considéré comme la suprême condition de toutes les maximes. La chose est assez étrange et n'a pas son équivalent dans tout le reste de la connaissance pratique. Car la pensée à priori d'une législation universelle possible, pensée qui est par conséquent simplement problématique, est réclamée inconditionnellement comme loi, sans emprunter quoi que ce soit à l'expérience ou à une volonté extérieure. Ce n'est pas toutefois un précepte, d'après lequel doit avoir lieu une action par laquelle il est possible de produire un effet désiré (car la règle serait toujours alors physiquement conditionnée), mais une règle qui, à priori, détermine la volonté, simplement par rapport à la forme de ses maximes, et il n'est pas impossible dès lors de concevoir (denken), au moins comme un principe qui détermine par la forme objective d'une loi en général, une loi qui s'applique simplement à la forme subjective des principes. On peut appeler la conscience de cette loi fondamentale un fait {Factum) de la raison, parce qu'on ne saurait le tirer par le raisonnement, des données antérieures de la raison, par exemple, de la conscience de la liberté (car celte conscience ne nous est pas donnée d'abord), mais parce qu'elle s'impose à nous par elle-même comme une proposition synthétique à priori, qui n'est fondée sur aucune intuition (Anschauun(j)y ou pure ou empirique. Cette proposition

serait, à vrai dire, analytique, si l'on supposait la liberté de la volonté, mais, pour supposer la liberté comme concept positif, il faudrait une intuition intellectuelle qu'on ne peut pas du tout ici admettre. Cependant, pour ne pas se méprendre en admettant cette loi comme donnée, il faut bien remarquer qu'elle n'est pas un fait empirique, mais le fait unique de la raison pure, qui s'onnonce par là comme originairement législative {sic volo, sicjubeo).

Corollaire

La raison pure est pratique par elle seule et donne à l'homme une loi universelle, que nous nommons la loi morale (Sittengesetz).

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