‹ Critique de la raison pratiqueChapitre 41 sur 67 · SCOLIE · texte numérisé non relu

SCOLIE

Le fait précédemment mentionné est indéniable. On n*a qu'à analyser le jugement que les hommes portent, sur la conformité à la loi {Gesel%màssigkeit)^ des actions qu'ils accomplissent, on trouvera toujours que, quoi que puisse objecter le penchant, leur raison, incorruptible et se contraignant elle-même {diirchsich selbst gezwungen), compare toujours la maxime de la volonté dans une action à la volonté pure, c'est-à-dire à ellemême, en se considérant comme pratique à prion. Or ce principe de la moralité, précisément en raison de l'universalité de la législation qui en fait le principe formel et suprême de détermination de la volonté, indépendamment de toutes les différences subjectives

• Voir (p, 4) pourquoi nous ne traduisons ce mot ni par légitimité ni par légaU'é. (F. P.)

que peut présenter celle-ci, est reconnu, par la raison, comme une loi de tous les êtres raisonnables, en tant qu'ils ont une volonté en général, c'est-à-dire un pouvoir de déterminer la causalité par la représentation de règles, par conséquent en tant qu'ils sont capables d'agir d'après des principes et par suite aussi d'après des principes pratiques à p?'2on (car ceux-ci ont seuls la nécessité que la raison réclame d'un principe). Il n'est, par conséquent, pas simplement limité aux hommes, mais il s'applique à tous lesêtresfinis qui ont raison et volonté; bien plus, il comprend (einschliesst) même l'être infini, en tant que suprême intelligence. S'appliquant aux hommes, la loi a la forme d'un impératif, parce qu'on peut, à la vérité, supposer en eux, en tant qu'êtres raisonnables, une volonté pure, mais non leur attribuer, en tant qu'êtres soumis à des besoins et à des causes sensibles de mouvement (sinnlichen Bewegursachen)^ une volonté sainte, c'est-à-dire une volonté qui ne soit capable d'aucune maxime contradictoire avec la loi morale. Pour eux, la loi morale est donc un imvératif^ qui commande catégoriquement, puisque la loi est inconditionnée ; le rapport d'une volonté telle que la leur à cette loi est la dépendauee (Abhàngigkeit) qui sous le nom d'obligation (VerbindUch' keit)dési^ne une contrainte [Nôthigung), \mposee toutefois par la simple raison et sa loi objective, pour l'accomplissement d'une action qui s'appelle devoir ( Pflicht), parce qu'un libre choix {WillkiihrJ \ pathologiquement

* Voyez (p. 31) pourquoi nous ne traduisons pas ce mot par volonté comme Ta fait Barui.

aiîecté (quoique non déterminé par ces affections et par tant aussitoujourslibrej, implique un souhait (Wuîisch) qui résulte de camuses subjectives, par conséquent peut êtresouventopposé au principe pur et objectif de détermination et ainsi a besoin, comme contrainte {Nôlhigung) morale, d'une résistance de la raison pratique, qui peut être appelée une coercition {Zwang) interne, mais intellectuelle '.Dans l'intelligence suprême(al/ergemigsamsten) , le libre choix [Willkûhr) est représenté avec raison comme incapable d'aucune maxime qui ne pourrait en même temps être une loi objective, et le concept de \a sainteté qui, pource]a,lui convient, la metaudessus, non de toutes les lois pratiques, mais au moins de toutes les lois pratiquement restrictives, partant audessus de robligalion et du devoir. Cette sainteté de la volonfé est toutefois une idée pratique, qui doit nécessairement servir de type [Urhilde] ; s'en rapprocher indéfiniment est la seule chose qui convienne à tous les êtres finis et doués de raison : c'est cette idée que la loi pure morale qui, pour cette raison est ellemême appelée sainte, leur met constamment et avec raison devant les yeux. Etre sûre du progrés indéfini de ses maximes et de leur tendance constante à une marche en di^ani (F or tschreite7i) y c'est le point le plus élevé que puisse atteindre une raison pratique finie, c'est la vertu^ qui, du moins comme pouvoir naturellement acquis, ne peut jamais être parfaite, parce que l'assurance

* Cette phrase est littéralement traduite. Barni considère à tort comme synonymes les mots Zwang et Nôtbigung, et fat de Texpres- Bion als moraiisciier NOthingung, qui dépend manifestement de bedarf^un appositif de ce qui procède.

{Sicherheit), n'est jamais dans ce cas une certitude apodictique, et que, comme conviction [Ueberredung),

elle est très dangereuse.

§ 8. — Xhêorème TV

L'autonomie de la volonté est le principe unique de toutes les lois morales et des devoirs qui y sont conformes ; au contraire toute hétéronomie du libre choix {Willkùhr), non seulement n'est la base d'aucune obligation, mais elle est plutôt opposée au principe de l'obligation et à la moralité de la volonté. Le principe unique de la moralité consiste dans l'indépendance, à l'égard de toute matière de la loi (c'est-à-dire à l'égard d'un objet désiré), et en même temps aussi dans la détermination du libre choix ( Willkùhr) par la simple forme législative universelle, dont une maxime doit être capable. Mais cette indépendance est la liberté au sens négatif, cette législation propre de la raison pure et, comme telle, pratique, est la liberté au sens positif. La loi morale n'exprime donc pas autre chose que Vautonomie de la raison pure pratique, c'està-dire delà liberté, et cette autonomie est elle-même la condition formelle de toutes les maximes, la seule par laquelle elles puissent s'accorder avec la loi pratique suprême. Si donc la matière du vouloir {Wollen), qui ne peut être que l'objet d'un désir lié avec la loi, intervient dans la loi pratique comme condition delà possibilité de cette loi, il en résulte une hétéronomie du libre choix {Willkuhr)j c'est-à-dire la dépendance à Té-

gard de la loi naturelle, de quelque impulsion {Antriebe) ou dequelquepenchant,etlavolonté (li^i/fe) nesedonne plus elle-même la loi, mais seulement le précepte d'une obéissance raisonnable à une loi pathologique. Mais la maxime qui, dans ce cas, ne peut jamais contenir en soi la forme universellement législative, non seulement ne fonde de cette manière aucune obligation, mais elle est elle-même opposée au principe d'une raison pure pratique, et par conséquent aussi à l'intention {Gesinnung) morale, quand même l'action qui en résulte serait conforme à la loi {gesetzmàssig).

SCOUB I

Un précepte pratique, qui implique une condition matérielle (par conséquent empirique), ne doit donc jamais être compté pour loi pratique. Car la loi de la volonté pure, qui est libre, transporte la volonté dans une sphère tout autre que la sphère empirique, et la nécessité qu'elle exprime, ne devant pas être une nécessité naturelle, peut donc uniquement consister dans les conditions formelles de la possibilité d'une loi en général. Toute matière des règles pratiques repose toujours sur des conditions subjectives, qui ne lui procurent d'autre universalité, pour des êtres raisonnables^ qu'une universalité conditionnée (dans le cas où je désire ceci ou cela, je suis obligé de le faire = thun ensuite pour le réaliser = wirklich zumacheii) et qui tournent toutes ensemble autour du principe {Gnmd) du bonheur personjiel. Maintenant, sans doute,

il est indéniable que tout vouloir (Woîlen) doit avoir aussi un objet, partant une matière; mais celle-ci n'est pas, pour cette raison, le principe déterminantet la condition de la maxime, car s'il en est ainsi, la maxime ne peut se représenter [darstellen) dans une forme universellement législative, puisque l'attente de l'existence de l'objet serait alors la cause déterminante du libre choix (Willkûhr), et que la dépendance de la faculté de désirer à l'égard de l'existence d'une chose quelconque devrait être la base du vouloir (If^oZ/ew). Mais cette dépendance ne peut jamais être cherchée que dans des conditions empiriques et par conséquent ne peut fournir le fondement d'une règle nécessaire et universelle, Ainsi le bonheur d'êtres étrangers pourra être l'objet de la volonté d'un être raisonnable. Mais s'il était le principe déterminant de la maxime, il faudrait supposer que, dans le bien-être d'autrui, nous trouvons non seulement une satisfaction naturelle, mais aussi un besoin, comme celui que la sympathie amène avec elle chez quelques hommes (bei Menschen), Or je ne puis, chez tous les êtres raisonnables (et pas du tout en Dieu), supposer ce besoin. Donc à la vérité, la matière de la maxime peut subsister, mais elle ne doit pas en être la condition, car autrement la maxime n'aurait pas la valeur d'une loi. Par conséquent la simple forme d'une loi, qui limite la matière, doit être en même temps une raison (Grund) d'ajouter cette matière à la volonté, mais non de la supposer. Que la matière soit, par exemple, mon propre bonheur. Cette matière, si je l'attribue à chacun (ce qu'en fait

je puis faire pour des êlres finis) ne peut devenir une loi pratique objective, que si j'y comprends le bonheur des autres. Par conséquent, la loi qui commande de favoriser le bonheur d'autrui, ne résulte pas de la supposition que c'est pour chacun un objet du libre choix ( Willkûhr)y mais simplement de ce que la forme de l'universalité, dontla raison a besoin comme condition, pour donner à une maxime de l'amour de soi la valeur objective d'une loi, devient le principe déterminant de la volonté. Et ainsi ce n'était pas l'objet (le bonheur des autres) qui était le principe déterminant de la volonté pure, mais la simple forme de loi {gesetzUclie), par laquelle je limitais ma maxime fondée sur le penchant, pour lui procurer l'universalité d'une loi et l'adapter ainsi à la raison pure pratique. C'est de cette limitation, et non de l'addition d'un mobile [Triebfeder) extérieur, que pourrait naître seulement alors le concept de l'obligation d'étendre la maxime de l'amour de soi à la félicité d'autrui.

scoLiE n

On obtient juste le contraire du principe de la moralité, si l'on prend pour principe déterminant de la volonté le principe du bonheur ^ersowwe/, dans lequel il faut ranger, comme je ï'ai montré plus haut, tout ce qui, en général, place le principe déterminant qui doit servir de loi, dans quelque autre chose que dansla forme législative de la maxime. Cette contradiction {Widerstreit) n'est pas simplement logique, comme celle qui se produirait entre des règles empiriquement condi-

tionnées, qu'on voudrait élever à la hauteur de principes nécessaires de la connaissance; elle est pratique et détruirait complètement la moralité, n'était la voix de la raison, si claire relativement à la volonté, si pénétrante (unûberschreibar), si perceptible (yernehm- Uch)\ même pour les hommes les plus vulgaires. Aussi cette contradiction ne peut-elle plus se maintenir que dans les spéculations embrouillées (kopfverwiirenden) des écoles, qui sont assez hardies (dreist) pour se rendre sourdes à cette voix céleste, afin de soutenir une théorie qui ne leur rompe pas la tête [die keinKopfbrechen kestet).

Si l'une de tes connaissances, que d'ailleurs tu aimes, pensait se justifier auprès de toi d'avoir porté un faux témoignage, en alléguant d'abord le devoir sacré, selon son dire, du bonheur personnel; si elle énumérait ensuite les avantages qu'elle s*est ainsi procurés, faisait ressortir la prudence avec laquelle elle a procédé pour être sûre de ne pas être découverte, même par toi à qui elle a dévoilé ce secret, uniquement parce qu'elle pourra le nier en tout temps ; puis si elle en venait à affirmer sérieusement qu*elle a accompli un véritable devoir d'homme, ou tu lui rirais au nez ou tu te détournerais d'elle avec horreur, quoique, si quelqu'un a fondé uniquement ses principes sur son propre avantage, tu n'aiespas la moindre chose à allé-

* Les mots dont nous nous servons, plus précis que ceux qu'emploie Beu-ni (puissante, distincte), ne rendent pas d'une façon exacte les mots allemands. Il en est de même de ceux de Born fpenetrans, perspicua .) Abbot est plus heurenx avec les mots irrépressible et distincUy audible. (F. P.)

guer contre cette façon de procéder (Maassregel). Supposez encore que quelqu'un vous recommande un homme comme un régisseur auquel vous pourriez confier aveuglément toutes vos affaires, que, pour vous inspirer confiance, il le vante comme un homme prudent, qui entend supérieurement son propre avantage, comme un homme actif, infatigable, qui ne laisse passer aucune occasion sans en tirer profit; supposez enfin que, pour ne pas vous laisser craindre de trouver en lui un égoïste vulgaire {pôbelhaften), il le vante comme un homme qui s'entend à vivre délicatement, qui cherche sa satisfaction, non en amassant de l'argent ou en se livrant à une sensualité brutale, mais en étendant ses connaissances, en fréquentant une société choisie d'hommes instruits et même en faisant du bien aux indigents, qui, du reste quant aux moyens (qui ne tirent leur valeur ou leur non valeur que du but poursuivi), n'hésiterait pas {nicht bedenklich wàre) à employer l'argent et le bien d'autrui, comme s'ils lui appartenaient en propre, pourvu qu'il sache qu'il peut le faire sans être découvert et sans rencontrer d'obstacles (unyehindert), vous croiriez que celui qui vous recommande cet homme se moque de vous ou qu'il a perdu la raison. — Les limites de la moralité et de l'amour de soi sont marquées avec tant de clarté et d'exactitude (so scharf) que la vue même la plus ordinaire ne peut manquer de distinguer si quelque chose appartient à l'un ou à l'autre. Les quelques remarques qui suivent peuvent à la vérité paraître superflues, quand il s'agit d'une vérité si manifeste, mais elles

servent du moins à donner un peu plus de clarté au jugement de la raison commune à tous les hommes {gemeinen Menschenverinmft) .

Le principe du bonheur peut bien fournir des maximes, mais il ne peut jamais en donner qui soient propres à servir de lois à la volonté, même si l'on prenait pour objet le bonheur général {allgemeine). En eflet, puisque la connaissance de ce dernier repose sur les pures (Jauter) données de l'expérience, que tout jugement de chacun sur ce sujet dépend de son opinion, qui est en outre elle-même très changeante, on peut, il est vrai, en tirer des règles générales igenereUe)j jamais des règles universelles; des règles qui, l'ane portant l'autre, se trouvent le plus souvent exactes, mais non des règles qui, toujours et nécessairement, doivent être valables ; par conséquent, on ne peut fonder sur ce principe des lois pratiques. Par cela même qu'ici un objet du libre choix {Willkiihr) doit être la base de la règle du libre choix et par conséquent doit le précéder, la règle ne peut être rapportée qu'à ce que l'on éprouve {empfindet), partant, qu'à l'expérience sur laquelle seule elle est fondée, et alors la diversité du jugement doit être infinie. Ce principe ne prescrit donc pas les mêmes règles pratiques atout être raisonnable, quoiqu'elles soient comprises sous un titre commun, celui du bonheur. Mais la loi morale n'est conçue comme objectivement nécessaire, que parce qu'elle doit être valable pour quiconque a raison et volonté.

La maxime de l'amour de soi [prudence) conseille simplement, la loi de la moralité commande. Or, il y a

une grande différence enlre ce qu'on nous conseille et ce à quoi nous sommes obligés.

Ce qu'il y a à faire d'après le principe de l'autonomie du libre arbitre (Willkûhr), l'entendement le plus ordinaire le perçoit sans peine et sans hésitation; savoir ce qu'il y aà faire dans la supposition de l'hétéronomie du libre arbitre {Willkûhr) est une chose difficile et qui réclame la connaissance du monde. La connaissance du devoir {was Pflichl sei) se présente d'elle-même à chacun, tandis que ce qui apporte un avantage vrai et durable, est toujours, si cet avantage doit être étendu à toute l'existence {Dasein), enveloppé d'impénétrables ténèbres, et qu'il faut beaucoup de prudence pour adapter la règle pratique ainsi déterminée, par d'adroites exceptions et seulement d'une façon supportable, aux fins {Zwecken) de la vie. Mais la loi morale commande à chacun l'obéissance la plus ponctuelle. Juger ce qu'il y a à faire d'après cette loi, ne doit donc pas être d'une difficulté telle que l'entendement le plus ordinaire et le moins exercé ne sache s'en tirer à merveille, même sans aucune expérience [Welt- Idiigheit) du monde.

Satisfaire à l'ordre catégorique de la moralité est en tout temps au pouvoir de chacun, suivre le précepte empiriquement conditionné du bonheur ne l'est que rarement, et il s'en faut de beaucoup que, même par rapport à un but unique, cela soit possible pour chacun. La cause en est que, dans le premier cas, il n'est question que de la maxime, qui doit être vraie [àcht) et pure, tandis que, dans le second, il s'agit aussi des forces et du

pouvoir physique de produire réellement un objet désiré. Ordonner à chacun de chercher à se rendre heureux, serait une chose insensée, car on ne commande jamais à quelqu'un ce que de lui-même il veut déjà inévitablement. On devrait simplement lui ordonner ou plutôt lui présenter les moyens {Massregeln) de l'être, car il ne peut pas tout ce qu'il veut. Mais prescrire la moralité sous le nom de devoir est une chose tout à fait raisonnable ; car d'abord personne n'en suit volontiers le précepte, s'il est en contradiction avec ses penchants et, en ce qui concerne les moyens par lesquels on peut obéir à cette loi, il n'est pas nécessaire de les enseigner ici, puisque chacun peut, à ce point de vue, ce qu'il veut.

Celui qui a perdu au jeu peut bien se fâcher {àrgern) contre lui-même et son imprudence, mais s'il a conscience d'avoir triché (quoiqu'il ait gagné par ce moyen) il doit se mépriser lui-même, dés qu'il se compare à la loi morale. Celle-ci doit donc être bien autre chose que le principe du bonheur personnel. Car pour être obligé [miissen] de se dire à soi-même : Je suis un infâme [Nichtswilrdiger) , quoique j'aie rempli ma bourse, il faut avoir une autre règle de jugement que pour s'approuver soi-même et se dire : Je suis nn homme prudent, car j'ai enrichi ma caisse.

Enfin, il y a encore, dans l'idée de notre raison pratique, quelque chose qui accompagne la violation d'une loi morale, c'est le démérite {Strafwûrdigkeit). Or la participation {das Theilhaftigwerden) au bonheur oe peut pas du tout se lier avec le concept d'une punition.

considérée en tant que punition [Strafe). En effel, bien que celui qui punit ainsi, puisse avoir en même temps la bonne intention de diriger aussi cette punition sur ce but [Zimck], la punition, comme telle, c'est-àdire comme simple mal (Uehel)^ doit d'abord être justiûée par elle-même, de sorte que celui qui est puni, si l'on en restait là {wenn es dahei bliebe), et qu'il n'entrevît même aucune faveur se cachant derrière cette rigueur, devrait {muss) avouer lui-même qu'il n'a que ce qu'il mérite et que son sort est tout à fait proportionné k sa. conduite .ha.iusiice {Gerechligkeit) doiidonc à' àhoTÔ. se trouver dans toute punition, considérée comme telle, et elle forme ce qui est essentiel (das Wesentliche), dans ce concept. La bonté peut sans doute y être liée, mais celui qui a mérité la punition par sa conduite n'a pas la moindre raison d'y compter. La punition est, par conséquent, un mal physique qui, quand même il ne serait pas attaché comme conséquence naturelle au mal moral [Moralisch-Bôsenjy devrait cependant y être lié comme conséquence^ d'après les principes d'une législation morale. Or, si tout crime, sans même en considérer les conséquences physiques par rapport à l'agent, est punissable par lui-même, c'est-à-dire fait perdre le bonheur (au moins en partie), il serait évidemment absurde de dire que le crime a consisté précisément à s'attirer une punition, en portant préjudice à son propre bonheur (ce qui, d'après le principe de l'amour de soi, devrait être le concept propre de tout crime). La punition serait, de cette façon, la raison d'appeler une chose criminelle (etwas ein Ver-

brechen zu nennen) et la justice devrait consister plutôt à laisser de côté toute punition et même à prévenir la punition naturelle ; car alors il n'y aurait plus rien de mauvais {Bôses) dans Taction, parce que les maux, qui autrement en sont la conséquence et qui seuls font appeler l'action mauvaise, seraient désormais écartés. Mais considérer complètement toute punition et toute récompense comme la machine [Maschinenwerk)^ placée dans la main d'une puissance supérieure et devant uniquement servir à faire marcher vers leur but final (le bonheur) des êtres raisonnables, c'est réduire la volonté à un mécanisme qui supprime toute liberté, et cela est trop évident pour qu'il soit nécessaire d'insister sur ce point.

Plus subtile encore, quoique aussi fausse, est la théorie {Vorgehen) de ceux qui admettent un certain sens moral particulier par lequel, et non par la raison, serait déterminée la loi morale ; d'après lequel la conscience de la vertu serait immédiatement liée au contentement et à la satisfaction [Znfriedenheit, Vergniigen), celle du vice, au trouble de l'âme et à la douleur, ramenant ainsi toute chose au désir du bonheur personnel . Sans répéter ici ce qui a été dit plus haut, je ne veux que faire remarquer l'erreur dans laquelle ils tombent. Pour se représenter l'homme vicieux comme torturé et moralement inquiété par la conscience de ses fautes, il faut d'abord le supposer, d'après le fond essentiel de son caractère, au moins en quelque degré, moralement bon, comme celui que réjouit la conscience de l'accord de ses actes avec le devoir Pflichtmàssiger Handlun-

kAî<T, Cr de la rais. prat. 5

66 analytique: de la raison pure pratique

gen), doit d'abord être représenté comme vertueux. Le concept de la moralité et du devoir devait donc précéder toute considération sur ce contentement et ne peut pas du tout en être dérivé. On doit d'abord apprécier l'importance de ce que nous nommons devoir, l'autorité de la loi morale, et la valeur immédiate que la personne acquiert à ses propres yeux par l'accomplissement de la loi morale, pour sentir ce contentement que produit dans la conscience la conîoTmïié{A7igemessenheit) à la loi et le reproche amer qu'elle nous adresse quand nous avons violé la loi. Ou ne peut donc sentir ce contentement ou ce trouble de l'âme, avant de connaître l'obligation, on ne peut en faire le fondement de cette dernière. On doit au moins déjà être à demihonnête homme pour pouvoir se faire seulement une représentation de ces sentiments [Empfindimgen). Je ne conteste pas du tout d'ailleurs que, de même que grâce à la liberté, la volonté humaine peut être immédiatement déterminée par la loi morale, l'exercice fréquent, en conformité avec ce principe de détermination, ne puisse à la fin produire subjectivement un sentiment de contentement de soi-même : au contraire, c'est un devoir d'établir et de cultiver ce sentiment, qui seul mérite d'être appelé proprement le sentiment moral ; mais le concept du devoir ne peut en être dérivé, autrement nous devrions nous représenter un sentiment d'une loi, comme telle, et faiie objet de la sensation, ce qui ne peut être conçu que par la raison, ce qui, si ce ne doit pas être une pure (platter) contradiction, supprimerait totalement tout concept du devoir et le

remplacerait par un jeu mécanique de penchants délicats, entrant parfois en lutte avec les penchants grossiers.

Or, si nous comparons notre principe formel suprême de la raison pure pratique (en tant qu'autonomie de la volonté), avec tous les principes jusqu'ici matériels de la moralité, nous pouvons les représenter tous, comme tels, en un tableau dans lequel sont épuisés réellement tous les cas possibles, en dehors du seul principe formel, et prouver ainsi aux yeux qu'il est inutile de chercher un principe autre que celui que nous présentons maintenant. — Tous les principes déterminants possibles de la volonté sont ou simplement subjectifs et partant empiriques, ou bien objectifs et rationnels; les uns et les autres sont ou externes ou internes.

LES PRINCIPES PRATIQUES MATÉRIELS DE DETERMINATION, PRIS POUR FONDEMENT DE LA MORALITÉ, SONT :

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