‹ Critique de la raison pratiqueChapitre 48 sur 67 · EXAMEN CRITIQUE · texte numérisé non relu

EXAMEN CRITIQUE

DE

Par l'examen critique (kritischen Beleuchtung) d'une science ou d'une partie de cette science, qui forme par elle-même un système, je comprends la recherche et la justiGcation { Rechtfertigung ) ^ des raisons pour lesquelles (warum) elle doit précisément avoir cette forme systématique et aucune autre , quand on la compare avec un autre système qui a pour principe un pouvoir semblable de connaître. Or la raison pratique et la raison spéculative ont pour fondement un pouvoir identique (eèieWei) de connaître, en tant qu'elles sont l'une et l'autre raison pure. Par' conséquent la différence de la forme systématique de l'une et de celle de l'autre devra être déterminée, en même temps que sera indiquée la raison de cette différence, par la comparaison de la première avec la seconde.

L'analytique de la raison pure théorique s'occupait de la connaissance des objets, qui peuvent être donnés

♦ DeducUonem (Born), vérification (Barni), proof (Abbot). (F. P.) KANT, Crit. de la rais. prat. 11

à l'entendement et devait ainsi partir de VmtuHion, par conséquent (puisque celle-ci est toujours sensible) de la sensibilité; de là, passer ensuite aux concepts (des objets de cette intuition) ; elle pouvait, seulement après cette double préparation \ finir par des principes. Au contraire, comme la raison pratique a affaire, non avec des objets pour les connaître, mais avec le pouvoir qui lui appartient en propre de réaliser ces objets (conformément à la connaissance qu'elle en a) c'est-à-dire avec une volonté, qui est une causalité, en tant que la raison contient le principe déterminant de celle-ci*; comme par conséquent elle n'a à indiquer aucun objet de l'intuition, mais (parce que le concept de la causalité contient toujours la relation à une loi , qui détermine l'existence des éléments divers = Mannigfaltigen dans leurs rapports les uns avec les autres) comme raison pratique, seulement à en indiquer une loi, une critique de Vanalytique de la raison pratique doit, en tant que celle-ci doit être pratique (ce qui est le vrai problème), commencer par la possibilité des principes pratiques à priori. De là seulement, elle pouvait passer aux concepts des objets d'une raison pratique, c'est à-dire à ceux du bien et du mal absolus {schlechthin Guten und Bôsen) pour les donner d'abord conformément à ces principes , car ces concepts ne peuvent,antérieurement à ces principes, être donnés comme

» Le texte poHe : nur 7iach beider Voranschickttng ; Born donne nisi ambabus prœmissis. (F. P.)

2 Born fait rapporter derselben h objets ; Barni et Abbot semblent le rattacher k causalité, comme nous l'avons fait nettement nous-même. (F. P.)

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bien et comme mal* par aucun pouvoir de connaître), et c'est alors seulement qu'elle pouvait conclure cette partie avec le dernier chapitre, avec celui qui traite du rapport de la raison pure pratique à la sensibilité et de l'influence nécessaire, qui peut être connue à priori, de ]a première sur la seconde, c'est-à-dire du sentiment moral. L'analytique de la raison pure pratique se partageait donc, d'une façon tout à fait analogue à celle de la raison théorique, le champ tout entier des conditions de son usage, mais elle suivait un ordre inverse. L'analytique de la raison pure théorique était divisée en esthétique transcendantale et en logique transccndantale; celle de la raison pure pratique l'est inversement en logique et en esthétique (s'il m'est permis d'employer ici simplement par analogie, ces dénominations, qui ne sont pas du tout d'ailleurs appropriées). La logique à son tour était dans la première, divisée en analytique des concepts et analytique des principes, elle l'est ici en analytique des principes et analytique des concepts. L'esthétique avait là, en outre, deux parties à cause des deux espèces d'intuition sensible; ici la sensibilité n'est pas du tout considérée comme capacité d'intuition , mais simplement comme sentiment (pouvant être un principe subjectif du désir) et sous ce rapport (m Ansehuncj dessen) la raison pure pratique n'admet aucune autre division.

» Le lexle porte : dièse sind vor jenen Principien als Gutes und Bùses durch gar kein Erkenntnissvermogen su gebcn mOglich. Comme Born ■:'„ Barni, nous rallachons dièse à concepts; contraiiement à Darni, r.nus faisons de als Gules und Bases un appositif de dièse et non de P; .«cipien. (F- P.)

Il est aussi bien facile de voir {einschen) pour quelle raison cette division en deux parties, avec sa subdivision, n*a pas été ici réellement suivie (comme on pouvait bien être d'abord, par l'exemple de la raison théorique, amené à l'essayer). En effet, comme c'est la raison pure, qui est considérée ici dans son usage pratique, en parlant par conséquent de principes à priori et non de principes empiriques de détermination, la division de l'analytique de la raison pure pratique devra se faire comme celle d'un syllogisme ( Vernunftschlusses) c'est-àdire en allant du général dans la majeure (du principe moral), par une subsumption des actions possibles (comme bonnes ou mauvaises) sous ce principe', faile dans la mineure^ à la conclusion^ c'est-à-dire à la détermination subjective de la volonté (à un intérêt dans le bien pratiquement possible et à la maxime qui a làdessus son fondement). Ces comparaisons feront plaisir à celui qui a pu se convaincre de l'exactitude des propositions qui se sont présentées dans l'analytique, car elles lui donnent à bon droit l'espoir de pouvoir un jour peut-être pénétrer jusqu'à l'unité de la faculté tout entière' de la raison pure (de la raison théorique aussi bien que de la raison pratique) et dériver toutes choses d'un seul principe ; ce qui est l'inévitable besoin de la raison humaine, qui ne trouve une satit-faction complète que dans une unité complètement systématique de ses connaissances.

Or si nous consid 'rons maintenant aussi le contenu

* Unter jenen ; nous faisons rapporter, comme "" .rni, jenen à principe. (F. P.)

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de la connaissance que nous pouvons avoir d'une raison pure pratique et par elle {von,., unddurch), tel que le montre l'analytique de cette raison, nous trouverons à côté d'une analogie remarquable entre la raison pure pratique et la raison pure théorique, des différences non moins remarquables. Relativement àla raison théorique, le pouvoir d'une connaissance rationnelle pure à priori pouvait, par des exemples tirés des sciences (dans lesquelles, comme elles mettent leurs principes à l'épreuve de façons si diverses par l'usage méthodique qu'elles en font, on n'a pas autant de raison que dans la connaissance commune, de craindre un mélange secret des principes empiriques de connaissance), être fort facilement et fort évidemment démontré. Mais que la raison pure, sans l'intervention d'un principe empirique quelconque de détermination, soit pratique même par elle seule, c'est ce qu'on devait d'abord montrer par Vusage pratique le plus ordinaire^ (gemeinsten) de la raison, en prouvant (beglaiibigte) que le principe pratique suprême est reconnu par toute raison humaine naturelle, comme complètement à iwiori et indépendant de toutes les données sensibles, pour la loi suprême de sa volonté. On devait d'abord établir et justifier la pureté de son origine, même dans le jugement de cette raison commune, avant que la science pût s'en emparer pour en faire usage comme d'un fait qui est antérieur à tout raisonnement subtil (Vernûnfteln) ', sur sa possibilitéetàtoutesles conséquences qu'on pouvait en

' Born emploie vulgarissimo ; Barni, vulgaire. Nous préférons, avec Abbot, la traduction littérale. (F. P.) * Born dit argutaiio, qui traduit mieux le mot allemand. (F. P.)

tirer. Mais celte circonstance s'explique aussi fort bien par ce qui a été dit un peu plus haut, puisque la raison pure pratique doit nécessairement commencer par des principes^ qui par conséquent doivent, comme données premières, être le fondement de toute science et ne peuvent en dériver. Or celte justification des principes moraux, comme principes d'une raison pure, pouvait aussi fort bien et avec une certitude suffisante, être établie par un simple appel au jugement de l'entendement humain ordinaire \ parce que tout élément empirique, qui pourrait se glisser comme principe déterminant de la volonté dans nos maximes, se fait reconnaîirc par le sentiment du plaisir ou de la douleur qui s'attache nécessairement à lui en tant qu'il excite des désirs ; et toute raison pure pratique refuse nettement d'admettre ce sentiment dans son principe comme condition. L'hétérogénéité des principes de détermination (empiriques et rationnels), est révélée par cette résistance d'une raison pratiquement législative contre tout penchant qui tend à s'y mêler, par une espèce particu Hère de sensation (Empfindung) qui ne précède pas la législation de la raison pratique, mais est au contraire produite uniquement par elle et comme une espèce de coercition, c'est-à-dire par ce sentiment d'un respect tel que nul homme n'en a pour des penchants,de quelque espèce qu'ils soient,mais qu'il a pour la loi. Et elle est révélée d'une façon si claire et si frappante qu'il n'y a pas d'entendement humain, même le plus ordinaire, qui ne doive comprendre

• Nous traduisons littéralement : Urtheil des gemeinen Menschenverstandes; Bovn (\onne judicium intclligentiœ humanœ; Barni, jugement de la raison commime; Abbot, judgmmt of the common reason. (F. P.)

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immédiatement par un exemple, que des principes empiriques du vouloir peuvent bien l'engager à les suivre par les séductions qu'ils lui offrent, mais que jamais on ne peut exiger qu'il obéisse à une loi autre qu'à la loi pure pratique de la raison.

La dislinction de la doctrine du bonheur et de la doctrine morale, la première étant tout entière fondée sur dos principes empiriques, qui ne forment même pas la plus petite partie [Beisatz) de la seconde, est, dans l'analytique, la première et plus importante affaire de la raison pure pratique, qui doit y apporter autant d'exactitude {piinktlich) et pour ainsi dire autant de scrupule ipeinlich)* que le géomètre dans son œuvre. Mais s'il arrive ici au philosophe (comme cela arrive toujours dans la connaissance rationnelle, qui est due à de simples concepts sans construction), d'avoir à lutter contre de grandes difficultés, parce qu'il ne peut prendre aucune intuition pour principe (d'un pur noumène), il a cependant l'avantage de pouvoir comme le chimiste pour ainsi dire, expérimenter en tout temps sur la raison pratique de tout homme, pour distinguer le principe moral (pur) de détermination du principe empirique : il n'a qu'à ajouter, à la volonté empiriquement affectée Cpar exemple, à la volonté de celui qui mentirait volontiers, lorsqu'il peutacquérir quelque chose en mentant), la loi morale (comme principe déterminant). C'est comme si le chimiste ajoutait de l'alcali à une solution

« Born rend ces deux mots par tanla dtligentia curaque; Bami par aulanl de soin, autant de peine; Abbot par as much exactness and scriArulousness. (F. P.)

de chaux dans de l'esprit de sel; l'esprit de sel abandonne aussitôt la chaux, s'unit à l'alcali et la chaux est précipitée au fond. De même, si l'on présente à celui qui d'ailleurs est un honnête homme (ou qui se suppose seulement en pensée à la place d'un honnête homme), la loi morale, par laquelle il reconnaît l'indignité d'un menteur, aussitôt sa raison pratique (dans le jugement sur ce qui devait être fait par lui), abandonne l'utilité, s'unit avec ce qui maintient en lui le respect pour sa propre personne (avec la véracité), et Tutilité, après avoir été séparée (abgesondert und gevmschen) de tout ce qui se rattache à la raison (laquelle est tout entière du côté du devoir), est pesée par chacun pour être combinée {in Verhindung zutreten) avec la raison dans d'autres cas, excepté là où elle pourrait être opposée à la loi morale, que la raison n'abandonne jamais, mais avec laquelle elle s'unit très étroitement.

Mais cette distinction du principe du bonheur et du principe de la moralité n'est pas pour cela une oppositiony et la raison pure pratique ne veut pas qu'on renonce à toute prétention au bonheur, mais seulement, qu'aussitôt qu'il s'agit de devoir, on ne le prenne pas du tout en considération. Ce peut même à certains égards, être un devoir de prendre soin de son bonheur : d'une part, parce que le bonheur (auquel se rapportent l'habileté, la santé, la richesse) fournit des moyens de remplir son devoir, d'autre part, parce que la privation du bonheur (par exemple la pauvreté), amène avec elle des tentations de violer son devoir. Seule-

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ment travailler à son bonheur ne peut jamais êlre immédiatement un devoir et encore moins un principe de tout devoir. Or, comme les principes déterminants de la volonté, à l'exception seulement de la loi pure pratique de la raison' (de la loi morale), sont tous ensemble empiriques, et comme tels par conséquent appartiennent au principe du bonheur, ils doivent être tous ensemble séparés du principe moral suprême et ne lui être jamais incorporés comme condition, parce que ce serait supprimer toute valeur morale, de même que le mélange d'éléments empiriques enlèverait aux principes géométriques toute évidence mathématique, ce qu'il y a de meilleur (d'après le jugement de Platon), dans la mathématique et ce qui en dépasse même l'utilité.

En ce qui concerne la déduction du principe suprême de la raison pure pratique, c'est-à-dire l'explication de la possibilité d'une telle connaissance à pnori, on ne pouvait rien faire de plus que de montrer que, si l'on percevait {einsàhe) la possibilité de la liberté d'une cause efficiente, on apercevrait ausgi, non simplement la possibilité, mais même la nécessité de la loi morale, comme loi pratique suprême des êtres raisonnables à la volonté desquels on attribue la liberté de la causalité, parce que ces deux concepts sont si inséparablement unis qu'on pourrait définir la liberté pratique, l'indépendance de la volonté à l'égard de toute

* Traduction littérale du texte : reinen praktischen Vernunftgesetze. Born donne lege pura praclica rationcdi; Barni (la loi de la raison pure pratique) et Abbol {the lato of pure pratical reason) traduisent moins exactement. (F. P.)

loi autre que la loi morale. Mais la liberté d'une cause efficiente, surtout dans le monde sensible, ne peut, quant à sa possibilité, être en aucune façon perçue {eingesehen) ; heureux encore si nous pouvons seulement être suffisamment assurés qu'il n'y a pas de preuves de son impossibilité et si nous sommes forcés par la loi morale qui la postule, et par là même aussi autorisés à l'admettre ! Cependant il y a encore beaucoup d'hommes qui croient pouvoir expliquer cette liberté, comme tout autre pouvoir naturel, par des principes empiriques et qui la considèrent comme une propriété psychologique dont l'explication réclame exclusivement un examen fort attentif de la nature de Vâme et des mobiles de la volonté, non comme un prédicat transcendant al de la causalité d'un être qui appartient au monde des sens (ce qui est pourtant en réalité la seule chose dont il s'agisse ici), et qui suppriment ainsi la merveilleuse perspective [herrliche ErôffnungJ que nous ouvre la raison pure pratique au moyen de la loi morale, c'est-à-dire la perspective d'un monde intelligible, par la réalisation du concept d'ailleurs transcendant de la liberté ; par là ils suppriment la loi morale elle-même, qui n'admet aucun principe empirique de détermination. Il sera donc nécessaire d'ajouter ici quelque chose pour prémunir contre cette illusion et pour représenter Vempirisme dans toute la nudité de son caractère essentiellement superficiels

* Le texte porte : der Darstellung des Empirismus in der ganzen Blosse seiner Seichligtkeit. Barni donne : montrer l'impuissance de l'empirisme, ce qui ne rend que d'une façon très indirecte la pensée do l'auteur. (F. P.)

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Le concept de la causalité, comme nécessité naturelle, à la différence {ziim Utiterschiede) de la causalité comme liberté, ne conc-erne l'existence des choses qu'en tant qu'elle ne peut être déterminée dans le temps, partant comme phénomènes par opposition à leur causalité comme choses en soi. Or, si l'on prend les déterminations de l'existence des choses dans le temps pour des déterminations de choses en soi (ce qui est le mode de représentation le plus ordinaire), la nécessité, dans le rapport de causalité, ne peut en aucune façon s'unir avec la liberté; mais elles sont, Tune par rapport à l'autre, contradictoires. Car de la première, il résulte que tout événement, par conséquent aussi toute action qui se passe dans un point du temps [Zeitpuncié) est nécessairement sous la condition de ce qui était dans le temps qui a précédé, Or, comme le temps passé n'est plus en mon pouvoir, toute aclion que j'accomplis d'après des principes déterminants qui ne sont pas en mon pouvoir, doit être nécessaire, c'est-à-dire que je ne suis jamais ■^^^^ fi ¥1^2^ moment ( Zeitymcte) Qp r^nîg;. j.|£J} P.l V.^ * .

d'après un ordre prédéterminé et que je ne pourrai nulle part commencer moi-même, serait une chaîn naturelle continue et ma causalité ne serait par con séquent jamais liberté.

Si donc on veut attribuer de la liberté à un être don l'existence {Dasein) est déterminée dans le temps, oi ne peut, à ce point de vue du moins (sofernwenigstens le soustraire dans son existence (Existenz), partan aussi dans ses actions, à la loi de la nécessité naturell qui régit tous les événements; car ce serait comme s on Tabandonnait à un hasard aveugle. Mais comm cette loi concerne inévitablement toute causalité de choses, en tant que leur existence {Dasein) peut êtr déterminée dans le tempSy si c'était là la manière don on aurait aussi à se représenter V existence de ces chose en soi* , la liberté devrait être rejetée comme un concep sans valeur (nichtiger) et impossible. Par conséquent si on veut encore la sauver, il ne reste d'autre voie qu d'attribuer l'existence d'une chose, en tant qu'ell peut être déterminée dans le temps, par suite aussi 1 causalité d'après la loi de la nécessité naturelle^ simple ment au phénomène, et la liberté à ce même être, comm chose en soi. Gela est certainement inévitable, si l'o: veut conserver ensemble ces deux concepts contradic toires, mais dans l'application, si on les réunit comm dans une seule et même action et qu'on veuille ains expliquer cette union elle-même, de grandes diffi

' Traduction littérale de wenn dièses die Art wdre. vuornach man sic auch das Dasein dieser Dirige an sich selbsl vorzustellen hàtte. Ban paraphrase ce passage en disant : s'U n'y avait pas une autre manièi de se représenter, etc. (F. P.)

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cultes apparaissent encore, qui semblent rendre impossible une telle union.

Quand je dis, d'un homme qui commet un vol, que celte action est, d'après la loi naturelle de la causalité, un résultat nécessaire des principes déterminants du temps qui a précédé, c'est qu'il était donc impossible qu'elle n'eût pas lieu. Comment donc puis-je, en jugeant d'après la loi morale, faire ici un changement et supposer que l'action aurait pu cependant être omise, parce que la loi dit qu'elle aurait dû l'être? c'est-à-dire comment peut-on appeler tout à fait libre un homme, au même moment et relativement à la même action dans laquelle il est soumis à une nécessité naturelle inévitable? Chercher un subterfuge dans le fait que l'on conforme simplement le mode des principes déterminants de sa causalité, d'après la loi de la nature, à un concept comparatif de liberté (d'après lequel on appelle quelquefois effet libre ce dont le principe naturel de détermination réside intérieur ornent dans l'être agissant, par exemple ce qu'accomplit un corps lancé dans l'espace, quand il se meut librement; dans ce cas, on emploie le mot liberté, parce que le corps, tandis qu'il est en marche, n'est poussé par rien d'extérieur; nous nommons de même encore le mouvementd'une montre, un mouvement libre, parce qu'elle fait tourner ellemême son aiguille, qui n'a pas besoin par conséquent d'être poussée extérieurement, tout comme nous appelons libres les actions de l'homme, quoique, par leurs principes de détermination qui précèdent dans le temps, elles soient nécessaires, parce que ces principes sont

des représentationsintérieures produites par nos propres forces, par lesquelles des désirs sont excités selon les circonstances et partant des actions faites conformément à notre propre plaisir = Belieben), c'est un misérable subterfuge par lequel quelques hommes se laissent encore leurrer et pensent ainsi avoir résolu, par une petite chicane de mots, ce problème difficile à la solution duquel tant de siècles {Jahrtausende) ont vainement travaillé, et qui par conséquent pourrait bien difficilement être trouvée si fort à la surface ^ En effet, dans la question de cette liberté qui doit être donnée pour fondement à toutes les lois morales et à l'imputation {Ziirechnung) qui y est conforme, il ne s'agit pas du tout de savoir si la causalité est nécessairement déterminée d'après une loi de la nature par des principes de détermination résidant dans le sujet ou en dehors de lui, et dans le premier cas, si ces principes de détermination sont instinctifs ou conçus par la raison. Si ces représentations déterminantes, d'après l'aveu même de ces mêmes hommes, ont la raison de leur existence dans le temps et dans Vétat antérieur, celui-ci dans un état précédent et ainsi de suite, ces déterminations peuvent être intérieures, avoir une causalité psychologique et non mécanique, c'est-à-dire produire l'action par des représentations et non par du mouvement corporel, ce sont toujours des principes déterminants de la causalité d'un être, en tant que son existence

* Le texte porte : so gans auf der Oherflâche-, Barni dit : il n'est guère 'probable que la solution soit si aisée à trouver, sans rendre les derniers mots, qui ont cependant une certaine importance dans la pensée de Kant. (F. P.)

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