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par le maître suprême de toutes les œuvres d'art. La conscience de sa spontanéité, si cette dernière était prise pourdelaliberté, serait une simple illusion, caria spontanéité ne mérite que comparativement d'être ainsi nommée, parcequelescauses prochaines quidéterminentson mouvement et une longue série de ces causes prochaines en remontant à leurs causes déterminantes ', sont à la vérité intérieures, mais que la dernière et suprême cause de détermination se rencontre cependant complètement dans une main étrangère. C'est pourquoi je ne vois pas comment ceux qui persistent à considérer le temps et l'espace comme des déterminations appartenant à l'existence des choses en soi, veulent éviter ici la fatalité des actions, ou si (comme le fit Mendelssohn, esprit d'ailleurs pénétrant), ils acceptent sans détours l'un et l'autre uniquement comme des eonditions appartenant nécessairement à l'existence des êtres finis et dérivés, mais non à celle de l'être primitif et infini, comment ils veulent se justifier et d'où ils prennent le droit de faire une telle distinction, comment aussi ils veulent seulement échapper à la contradiction dans laquelle ils tombent, quand ils considèrent l'existence dans le temps comme la détermination nécessairement inhérente aux choses finies en elles-mêmes; car Dieu est la cause de cette existence, mais il ne peut cependant être la cause du temps (ou de l'espace) même (parce que le temps doit être supposé comme condition
MI y a dans le texte ; eine lange Reihe dersdben zu ihren bestimmenden Ursachen hinauf. Nous avons traduit littéralement, tout en essayant de marquer la différence que Kant établit entre les couses déterminantes et les causes prochaines de détermination. (F. P.)
nécessaire à priori de l'existence des choses), el par conséquent sa causalité, par rapport à l'existence de ces choses, doit être conditionnée, même suivant le temps', et ainsi doivent inévitablement se produire toutes les contradictions avec les concepts de son infinité et de son indépendance. Au contraire, il nous est tout à fait facile de distinguer la détermination de l'existence divine, comme indépendante de toutes les conditions du temps, de celle d'un être du monde sensible, en prenant la première comme V existence d'un être en soij la seconde comme l'existence d'une chosti en apparence {Dinges in der Erscheinung). Par conséquent, si l'on n'admet pas cette idéalité du temps et de l'espace il ne reste plus que le Spinozisme, dans lequel l'espace et le temps sont des déterminations essentielles de l'être primitif lui-même, mais dans lequel aussi les choses qui dépendent de cet être (et nous-mêmes aussi par conséquent), ne sont pas des substances, mais simplement des accidents qui lui sont inhérents; puisque si ces choses existent simplement, comme effets de cet être, dans le temps, qui serait la condition de leur existence en soi, les actions de ces êtres devraient simplement aussi être les actions que produit cet être primitif, en quelque point de l'espace et du temps. C'est pourquoi le Spinozisme, en dépit de l'absurdité de son idée fondamentale, conclut plus logiquement
* Le texte porte: selbst der Zeit nach, bedingl sein muss. Born ditquoad lempus ipsum, conditione oporlet adstricta sit ; Barni : sa causorlité... doit être soumise elle-même à la condition du temps; Abbot: his causality must be subject to conditions, and even ta the condition of lime. (F. P.)
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[weit bwidiger) qu'on ne peut le faire dans la théorie de la création, si les êtres admis comme substances et les êtres existant en eux-mêmes dans le temps, sont considérés comme des effets d'une cause suprême, non cependant comme appartenant en même temps à cette cause et à son action, mais comme des substances séparées \ On résout cette difficulté avec brièveté et clarté de la façon suivante : si l'existence dans le temps est un simple mode de représentation sensible des êtres pensants dans le monde, par conséquent ne les concerne pas comme choses en soi, la création de ces êtres est une création de choses en soi, puisque le concept d*une création n'appartient pas au mode sensible de représentation de l'existence et de la causalité, mais ne peut être rapporté qu'à des noumènes. Par conséquent, si je dis des êtres du monde sensible qu'ils sont créés, je les considère en ce sens comme des noumènes. De même donc qu'il serait contradictoire de dire que Dieu est un créateur de phénomènes, il le serait de dire que comme créateur, il est la cause des actions dans le monde sensible, partant des actions prises comme phénomènes, quoiqu'il soit la cause de l'existence des êtres qui agissent (comme noumènes). Or s'il est possible (lorsque nous admettons seulement l'existence dans le temps comme quelque chose qui vaut simplement pour les phénomènes, non pour les choses en soi) d'afjBrmer
» Le texte est assez obscur : ... schliesst der Spinozismus... weit biindiger... wenn die fur Substunzen angenommen und an sich in der Zeit existirenden Wesen als Wirkungen einer obersten Ursache, und doch nichl zugleich als zu iltm und seincr Handlung gehOiig, sondern fur sich als Subtanzen angesehen werden. Nous avons traduit littéralement, comme l'ont fait Born et Abbol. (F. P.)
la liberté, sans compromettre le mécanisme naturel* des actions comme phénomènes, le fait, que les êtres agissants sont des créatures, ne peut apporter ici le moindre changement, puisque la création ne concerne que leur existence intelligible et non leur existence sensible, et qu'ainsi elle ne peut être considérée comme le principe déterminant des phénomènes. Il en serait tout différemment si les êtres du monde existaient dans le temps comme choses en soi, car alors le créateur de la substance serait en même temps l'auteur de tout le mécanisme {Maschinemvpsens) de cetle substance.
Telle est l'importance de la séparation opérée dans la Critique de la raison pure spéculative, entre le temps (comme entre l'espace) et l'existence des choses en soi.
La solution présentée ici, dira-t-on, offre encore beaucoup de difficulté et elle peut à peine être exposée clairement. Mais toute autre solution que l'on a tentée, ou que l'on peut essayer encore, est-elle donc plus facile et plus compréhensible? Il faudrait plutôt dire que les professeurs (Lehrer) dogmatiques de la métaphysique auraient prouvé plus d'astuce que de sincérité en éloignant des ^eux(dass sie aus den Augen brachten), autant que possible ce point difficile, dans l'espoir que s'ils n'en parlaient pas, personne non plus n'y songerait. Mais si l'on doit venir en aide à une science, toutes les difficultés doivent en être dévoilées et même il faut rechercher celles qui se trouvent secrètement sur sa
* Traduction littérale de unbeschadet dem Naturmechanismus, Barni donne malgré le mécanisme naturel ; Al)l)ot, in spite of the naiural mechanism; Born dit beaucoup mieux salvo m^chanismo physico aclionum (F. P.)
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route, car chacune d'elles appelle un remède qui ne peut être trouvé, sans qu'on procure à la science un accroissement en étendue ou en précision *, de façon que les obstacles eux-mêmes deviennent des moyens d'accroître la profondeur de cette science. Au contraire, si les difficultés sont cachées à dessein, ou simplement éloignées à l'aide de palliatifs, elles deviennent tôt ou tard des maux incurables, qui ruinent la science en la précipitant dans un complet scepticisme.
Gomme c'est proprement le concept de la liberté qui, parmi toutes les idées de la raison pure spéculative, procure seul un si grand développement dans le champ du supra-sensible, quoique seulement au point de vue de la connaissance pratique, je me demande d'où donc lui est venue exclusivement en partage une si grande fécondité {Fruchlbarkeit), idLTiàis que tous les autres désignent bien la place vide pour des êtres possibles de l'entendement pur [reine môgliche Verstandeswesen), mais ne peuvent par rien en déterminer le concept. Je comprends aussitôt que, comme je ne puis rien penser sans catégorie, il faut d'abord, pour l'idée rationnelle de la liberté dont je m'occupe, chercher une catégorie qui est ici la catégorie de la causalité, et que, bien qu'aucune intuition correspondante ne puisse être supposée pour le
* Le texte donne Beslimmlheit ; Barni traduit par certitude, qui n'est pas exact; Born par respeclu perspicuilcUis evidentiœque ; Abbot par in exactness. (F. P.)
concept rationnel de la liberté, comme concept transcendant, une intuition sensible, qui en assure d'abord la réalité objective, doit être cependant donnée au concept de l'entendement (de la causalité) pour la synthèse duquel le premier', réclame l'inconditionné. Or toutes les catégories sont divisées en deux classes, les catégories mathématiques qui concernent simplement l'unité de la synthèse dans la représentation des objets, et les dynamiques, qui se rapportent à l'unité de la synthèse dans la représentation de l'existence des objets. Les premières (celles de la quantité et de la qualité) renferment toujours une synthèse de Vhomogène{Gleicharligen) dans laquelle l'inconditionné, pour ce qui, dans l'intuition sensible, est donné sous la condition de l'espace et du temps, ne saurait nullement être trouvé, puisqu'il appartiendrait lui-même alors à l'espace et au temps et par conséquent devrait toujours être conditionné*; et c'est pourquoi, dans la dialectique de la raison pure théorique, les deux moyens, opposées l'un à l'autre, de trouver l'inconditionné et la totalité des conditions étaient faux l'un et l'autre. Les catégories ,de la seconde classe (celles de la causalité et de la nécessité d'une chose) n'exigeaient pas cette homogénéité (du conditionné et de la condition dans la synthèse), parce qu'ici il n'y avait pas à représenter comment l'intuition est formée par un assemblage en
' Jener, texte peu clair. Born dit iUe; Barni, celui-là; Abbot, the former, en rapportant le mot à Vernunftbegriff. (F. P.)
8 Born traduit par absolutum en lisant comme Rosenkranar, Unbedingt; Barni les suit. Nous préférons conserver, avec Abbot, le texte ordinaire bedingt. (F. P.)
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elle du divers {Mannigfaltigen), mais uniquement comment l'existence de l'objet conditionné qui lui répond s'ajoute à l'existence de la condition (dans Tentendement, comme uni avec lui); et alors il était permis de poser, pour ce qui est généralement conditionné dans le monde sensible (aussi bien relativement à la causalité que relativement à l'existence contingente deschoseselles-mémes), l'inconditionné, quoiqued'ailleurs indéterminé, dans le monde intelligible', et de faire la synthèse transcendante. C'est pourquoi il s'est trouvé aussi, dans la dialectique de la raison pure spéculative, que les deux manières, opposées l'une à l'autre en apparence, d'obtenir l'inconditionné pour le conditionné, n'étaient pas réellement contradictoires, que par exemple dans la synthèse de la causalité, il n'est pas contradictoire en fait de concevoir pour le conditionné, dans la série des causes et des effets du monde sensible, la causalité, qui n'est plus sensiblement conditionnée (sinnlich bedingt) et que la même action qui, comme appartenant au monde sensible, est toujours sensiblement conditionnée, c'est-à-dire mécaniquement nécessaire, peut aussi en même temps avoir pour principe de la causalité de l 'être agissant, en tant qu 'il appartient au monde intelligible, une causalité inconditionnée sensiblement, partant pouvant être conçue comme libre. Or il s agissait simplement alors de changer cette possibilité {Kônnen) en réalité (Sm)*, c'est-à-dire de
< Abbot ajoute comme antécédent, qui n'est pas dans le texte, mais qui rend bien le sens. (F. P.) * Nous traduisons comme Bami. (F. P.)
pouvoir prouver dans un cas réel, comme par un fait, que certaines actions supposent une telle causalité (la causalité intellectuelle, sensiblement inconditionnée), qu'elles soient réelles ou uniquement ordonnées, c'està-dire nécessaires objectivement et pratiquement. Nous ne pouvions espérer de rencontrer cette connexion {Verkniipfung) dans des actions réellement données dans l'expérience, comme événements du monde sensible, puisque la causalité par liberté [dtirch Freiheit) doit toujours être cherchée, en dehors du monde sensible, dans l'intelligible. En dehors des êtres sensibles, il n'y a pas d'autres choses qui sont données à notre perception et à notre observation. Donc il ne restait à trouver qu'un principe de causalité incontestable et à vrai dire objectif, quiexcluttoute condition sensible desa détermination, c'est-à-dire un principe (Grundsatz) dans lequel la raison n'invoque aucune autre chose comme principe déterminant relativement à la causalité, mais le contienne déjà elle-même par ce principe et où par conséquent elle soit elle-même pratique, comme raison pure. Mais ce principe n'a besoin ni d'être cherché ni d'être découvert, il a été depuis longtemps dans la raison de tous les hommes et incorporé à leur nature, il est le principe de la moralité. Donc cette causalité' inconditionelle et son pouvoir (das Vermôgen derselben), la liberté, et avec celle-ci un être (moi-même) qui appartientau monde sensible et qui cependant appartient en même temps au monde intelligible, ne sont pas simplement conçus d'une façon indéterminée et probléma-
* Sur la causalité ainsi exprimée, voyez p. 7 et 24. (F. P.)