‹ Critique de la raison pratiqueChapitre 51 sur 67 · EXAMEN CRITIQUE DE L ANALYTIQUE · texte numérisé non relu

EXAMEN CRITIQUE DE L ANALYTIQUE

tique (ce que déjà la raison spéculative pouvait trouver praticable), mais^ même relativement à la loi de leur causalité, déterminés et connus assertoriquement; ainsi nous a été donnée la réalité du monde intelligible, déterminé au point de vue pratique, et cette détermination qui serait transcendante * au point de vue théorique, est immanente au point de vue pratique. Nous ne pouvions faire un tel pas relativement à la seconde idée dynamique, c'est-à-dire à l'idée d'un être nécessaire. Nous ne pouvions nous élever jusqu'à cet être, en partant du monde sensible, sans l'entremise de la première idée dynamique. Car si nous voulions le tenter, il faudrait avoir osé {den Sprung gewagt hahen)^ abandonner tout ce qui nous est donné et nous élancer vers ce dont rien ne nous est donné, par quoi nous puissions opérer la connexion de cet être intelligible avec le monde des sens (parce que l'être nécessaire devrait être connu comme donné en dehors de nous), ce qui est fort bien possible au contraire , comme on le voit clairement maintenant , relativement à notre propre sujet, en tant qu'il se reconnaît lui-même d'un côté déterminé par la loi morale comme être intelligible (en vertu de la liberté), et de Vautre comme agissant dans le monde sensible, d'après cette détermination Le concept de la liberté est le seul qui nous permette de ne pas sortir de nous-mêmes afin de trouver pour le conditionné et le sensible, l'inconditionné et

* Kant emploie transcendani et met entre parenthèse iiberschxjocnglich. (F. P.) ^ Littéralement ovotr osé le saut. (F. P.)

l'intelligible. Car c'est notre raison elle-même qui, par la loi pratique, suprême et inconditionnée, se reconnaît l'être qui a conscience de lui-même par cette loi (notre propre personne), comme appartenant au monde pur de l'entendement {reinen Verstandeswelt) ei détermine même à vrai dire la manière dont il peut, comme tel, être actif. Ainsi on comprend pourquoi dans tout le pouvoir de la raison, il n'y a que le pouvoir pratique qui puisse nous transporter au delà du monde des sens, nous fournir des connaissances d'un ordre supra-sensible et une connexion qui, pour cela même, ne peuvent être étendues que dans la mesure où cela est précisément nécessaire pour le pur point de vue pratiqua.

Qu'il me soit permis seulement, à cette occasion, d'appeler encore l'attention sur une chose, à savoir que chaque pas, fait avec la raison pure même dans le champ pratique, où l'on n'a pas du tout égard à une spéculation subtile, se lie cependant si exactement et pour ainsi dire de lui-même à tous les moments de la Critique de la raison théorique, qu'on pourrait le dire imaginé (aus^^e^iac/ït) à dessein simplement pour établir cette confirmation. Cet accord exact, qui n'est en aucune façon cherché, mais qui (comme on peut s'en convaincre soi-même, si l'on veut seulement poursuivre les recherches morales jusqu'à leurs principes), se trouve de lui-même entre les propositions les plus importantes de la raison pratique et les remarques souvent trop subtiles {zu subtil) et inutiles en apparence de la Critique de la raison spéculative, surprend et étonne ; il confirme

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la maxime déjà reconnue et vantée par d'autres, à savoir que dans toute recherche scientifique, il faut poursuivre tranquillement sa marche avec toute Texactitude et la sincérité possibles, sans faire attention à ce contre quoi on pourrait peut-être se heurter en dehors de son domaine {wowider sie ausser ihrem Felde etwa verstossen mochte)j mais à la faire uniquement pour elle-même et autant que l'on peut, d'une façon vraie et complète. Une longue expérience m'a convaincu que, quand on a mené à leur fin ces recherches, ce qui au milieu de l'une et par rapport à d'autres doctrines étrangères*, me paraissait parfois très douteux, si je perdais seulement de vue cette incertitude (Bedenklichkeit) assez longtemps et faisais simplement attention à ma recherche jusqu'à ce qu'elle fût terminée, s'accordait complètement à la fin d'une façon inattendue avec ce qui avait été découvert de soi-même, sans avoir le moindre égard à ces doctrines, sans partialité et sans préférence pour elles. Les écrivains s'épargneraient plus d'une erreur {manche Irrthûmer) et plus d'une peine perdue(puisqu'elleestdépenséepour un fantôme), si seulement ils pouvaient se résoudre à travailler (%u Werke zu gehen) avec un peu plus de sincérité.

* Le texte porte anderer Lehren ausserualb; Born dit externarum; Barni, étrangères ; Abbot, extraneous. (F. P.)

KANT, Cr. de la rais. prat. 13

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