‹ Critique de la raison pratiqueChapitre 56 sur 67 · SOLUTION CRITIQUE DK L' ANTINOMIE · texte numérisé non relu

SOLUTION CRITIQUE DK L' ANTINOMIE

à la propriété de se suffire à soi-même {Selbstgemigsamkeit)^ qu'on ne peut attribuer qu'à l'être suprême. De cette solution de l'antinomie de la raison pure pratique, il résulte que, dans les principes pratiques, on peut se représenter, au moins comme possible, une liaison naturelle et nécessaire entre la conscience de la moralité et l'attente d'un bonheur proportionné à la moralité dont il serait la conséquence (sans pour cela la connaître et l'apercevoir); tandis qu'il est impossible de faire produire la moralité aux principes de la recherche du bonheur ; que, par conséquent, le bien suprême (comme première condition du souverain bien), est constitué par la moralité, que le bonheur au contraire forme sans doute le second élément du bien suprême, mais cependant de manière à ce qu'il ne soit que la conséquence, conditionnée moralement et pourtant nécessaire, de la moralité. C'est avec cette subordination seulement que le souverain bien est l'objet tout entier de la raison pure pratique, qui doit nécessairement se le représenter comme possible, puisqu'elle nous commande de travailler autant que nous le pouvons à le réaliser. Or, comme la possibilité d'une telle liaison du conditionné avec sa condition appartient entièrement au rapport supra-sensible des choses et ne peut être donnée en aucune façon d'après des lois du monde sensible, quoique les conséquences pratiques de cette idée, c'est-à-dire les actions qui ont pour but de réaliser le souverain bien, appartiennent au monde sensible, nous chercherons à montrer les principes de cette possibilité, d'abord relativement à ce qui est

immédiatement en notre pouvoir et ensuite relativement à ce que la raison nous ordonne pour suppléer à ' notre impuissance à l'égard de la possibilité du souverain bien (nécessaire d'après des lois pratiques) et qui n'est pas en notre pouvoir,

DE LA SUPRÉMATIE* DE LA RAISON PURE PRATIQUE DANS SA LIAISON AVEC LA RAISON PURE SPÉCULATIVE.

Par la suprématie entre deux ou plusieurs choses que lie la raison, je comprends l'avantage qu'a l'une d'elles d'être le premier principe déterminant de l'union avec toutes les autres *. Dans un sens pratique plus étroit, elle signifie la prépondérance de l'intérêt de l'une, en tant que l'intérêt des autres est subordonné à cet intérêt qui ne peut être subordonné à aucun autre. On peut attribuer à chaque pouvoir de l'esprit (Gemûths) un intérêt, c'est-à-dire un principe qui contient la condition sous laquelle ce pouvoir seulement est mis en exercice. La raison, comme la faculté des principes, détermine l'intérêt de toutes les forces de l'esprit (Gemûthskràfle)^ mais elle détermine elle-même le sien. L'intérêt de son usage spéculatif consiste dans la connaissance de

* Le texte donne ans Ergànzung unseres UnvermOgens; Born dit compîementum infirmitatis nostrœ ; Barni, comme le complément de notre impuissance -jAbhol, as the suplement of our impotence. (F. P.)

2 Kant dit von dem Primate-, Born, de primatu; Abbot, of the Primacy;: Barni, de la suprématie. (F. P.)

3 Barni dit l'union avec l'une ou avec toutes les autres : le texte, der Verbindur^ mit aUen Ubrigen-, ne justifie nullement cette traduction (F. P.)

'objet poussée jusqu'aux principes à priori les plus ilevés; celui de son usage pratique consiste dans la létermination de la volonté^ relativement à un but inal (letzten) et complet [vollstàndigen). Quant à ce qui sst nécessaire pour la possibilité d'un usage de la raison sn général, à savoir que ses principes et ses assertions le doivent pas être contradictoires, cela ne forme au- !une partie de l'intérêt de cette faculté, mais c'est a condition par laquelle il est possible d'avoir de la aison en général; c'est seulement son extension et ion le simple accord avec elle-même, qui est consilérée comme son intérêt.

Si la raison pratique ne pouvait admettre et con- :evoir comme donné rien de plus que ce que la raison péculative pouvait d'elle-même lui offrir d'après ses )ropres lumières ', c'est à cette dernière que reviendrait la suprématie. Mais supposé qu'elle ait par îUe-même des principes originaux à priori^ avec lesquels soient inséparablement liées certaines positions * théoriques qui, cependant, se déroberaient à toute la pénétration que peut avoir {aller môglichen Einsicht) ia raison spéculative (quoiqu'elles ne doivent pas être în contradiction avec elle), la question est alors de savoir quel intérêt est le plus élevé (non celui qui doit îéder à l'autre, car l'un ne contredit pas nécessairement l'autre), de savoir si la raison spéculative, jui ne sait rien de tout ce que la raison pratique lui

' Kant dit aus ihrer Einsicht; Born données» intellectu stto ; Abbot, 'romiis own insight ; Barni no traduit pas. (F. P.)

2 Nous traduison» IHléralement PosUionem, comme Born et Abbot; Jarni met iertëin^s preposiHons. (F P.)

ordonne d'admettre, doit accepter ces propositions ei chercher, quoiqu'elles soient transcendantes. pour elle, à les unir avec ses concepts comme une possession étrangère qui lui est transmise, ou si elle est autorisée à suivre obstinément son intérêt particulier et, suivant la canonique d'Epicure, à rejeter comme vaine subtilité {leere Vernûnftelei) tout ce qui ne peut confirmer sa réalité objective par des exemples évidents, devanl être posés [auf%ustellende) dans l'expérience, quelque étroitement que cela soit uni avec l'intérêt de l'usage pratique (pur), et quoiqu'il ne soît pas contradictoire avec la raison théorique, simplement parce que cela porte réellement préjudice à l'intérêt de la raison spéculative, en supprimant les limites qu'elle s'est posées à elle-même, et en l'abandonnant à tous les non-sens (Unsinn)* et à toutes les illusions de l'imagination.

En fait, en tant que la raison pratique, comme pathologiquement conditionnée, c'est-à-dire comme gouvernant simplement l'intérêt des penchants sous le principe sensible du bonheur, serait prise pour fondement, cela ne pourrait être en aucune façon réclamé de la raison spéculative. Le paradis de Mahome\ ou l'union dissolvante {schmelzende)^ avec la divinité des théosophes et des mystiques, selon le goût de chacuE (so wie jedem sein Sinn steht), imposerait à la raisoc leurs monstruosités et il vaudrait autant n'avoir aucune raison que de la livrer de cette façon à toutes espèces

' Born dit insaniœ: Barni rêves', Abbot, every nonsense. (F. P.) » Barni traduit par ineffable; Born, avec beaucoup plus de raison, pan- liquescens ; Abbot dit the absorption intothe Deity. (F. P.)

de rêves. Mais si la raison pure peut être pratique par elle-même et l'est réellement, comme le prouve la conscience de la loi morale, il n'y a toujours qu'une seule et même raison qui , au point de vue théorique ou pratique, juge d'après des principes à prioin, et il est clair alors, quoique son pouvoir n'aille pas dans le premier cas jusqu'à établir dogmatiquement [behauptend) certaines propositions qui cependant ne sont pas en contradiction avec elle, qu'elle doit, dès que ces propositions sont inséparablement liées à Vintérêt pratique de la raison pure, les admettre, il est vrai comme quelque chose d'étranger, qui n'a pas poussé sur son propre terrain, mais qui cependant est suffisamment confirmé, et chercher à les comparer et à les enchaîner avec tout ce qu'elle a en son pouvoir comme raison spéculative. Qu'elle se souvienne cependant qu'il ne s'agit pas ici pour elle d'une vue plus pénétrante, mais d'une extension de son usage à un autre point de vue, c'est-à-dire au point de vue pratique, ce qui n'est pas du tout itérêt, qui consiste dans la limitation

îvels) spéculative.

, dans l'union de la raison pure spéaison pure pratique pour une coniité (Primat) appartient à la dernière, atefois que cette union ne soit pas )itraire, mais fondée à priori sur la , et partant nécessaire. Car sans cette y aurait une contradiction de la raison parce que si elles étaient simplement remières'enfermefaitstrictementdans

ses limites, et n'accepterait en son domaine rien de la seconde, celle-ci de son côté étendrait ses limites sur toutes choses, et où ses besoins (Bedûrfniss) le réclameraient, chercherait à y faire entrer la première. Mais que la raison pratique soit subordonnée à la raison spéculative en renversant l'ordre, c'est ce qu'on ne peut en aucune façon lui demander, puisqu'en définitive tout intérêt est pratique et que l'intérêt même de la raison spéculative n'est que conditionné et qu'il est seulement complet dans l'usage pratique.

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