‹ Critique de la raison pratiqueChapitre 58 sur 67 · R LBS POSTULATS DE LA RAISON PURE PRATIQUE BN GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

R LBS POSTULATS DE LA RAISON PURE PRATIQUE BN GÉNÉRAL

Ils partent tous du principe fondamental de la nioralité, qui n'est pas un postulat, mais une loi par laquelle la raison détermine immédiatement la volonté. La volonté, par cela même qu'elle est ainsi déterminée, en tant que volonté pure, exige ces conditions nécessaires à l'observation de son précepte. Ces postulats ne sont pas des dogmes théoriques, mais des hypothèses dans un point de vue nécessairement pratique * ; ils n'élargissent donc pas la connaissance spéculative, mais ils donnent aux idées de la raison spéculative en général ^ (au moyen de leur rapport à ce qui est pratique) de la réalité objective et les justifient comme des concepts dont elle ne pourrait même pas sans cela s'aventurer à affirmer la possibilité.

Ces postulats sont ceux de V immortalité, de la liberté considérée positivement (comme causalité d'un être, en tant qu'il appartient au monde intelligible) et de Vexistence de Dieu. Le premier découle de la condition pratiquement nécessaire d'une durée appropriée à Tac-

' Traduction littérale de in nolhwendig praktischer RUcksicht; Born donne respectu necessario practico ; Barni, nécessaires au point de vue praique; Abbot, suppositions praclically necessary.{F. P.)

- Kant dit den Ideen der specidaliven Vernunft im AUgemeinen ; nous faisons rapporter ces deux derniers mots à Vernunft, avec Born et Abbot, et non à geben, comme le fait Barni. (F. P.)

complissement complet de la loi morale; ]e second, de la supposition nécessaire de l'indépendance à l'égard du monde des sens et de la faculté de déterminer sa propre volonté, d'après la loi d'un monde intelligible, c'est-à-dire de la liberté; le troisième, de la condition nécessaire de l'cxislence du souverain bien dans un tel monde intelligible, parla supposition du bien suprême indépendant, c'est-à-dire de l'existence de Dieu.

L'aspiration au souverain bien (die Absicht aufs hôchsle Gui), rendue nécessaire par le respect pour la loi morale, et la supposition qui en découle, de la réalité objective de ce bien suprême, nous conduit aiosi par des postulats de la raison pratique à des concepts que la raison spéculative pouvait, il est vrai, présenter comme des problèmes, mais qu'elle ne pouvait résoudre. Donc : 1° Elle conduit au concept pour la solution duquel la raison spéculative ne pouvait faire que des paralogismes (à savoir à celui de l'immortalité), parce qu'elle manquait du caractère de persistance pour compléter le concept psychologique d'un dernier sujet qui est attribué nécessairement à l'âme dans la conscience qu'elle a d'elle-même, de manière à en faire la représentation réelle d'une substance, ce que fait la raison pratique par le postulat d'une durée nécessaire pour la conformité avec la loi morale dans le souverain bien comme hui{Zwecke) total de la raison pratique; 2° Elle conduit au concept à propos duquel la raison spéculative ne contenait que de Vantinomiej dont elle ne pouvait fonder la solution que sur un concept, il est vrai problématiquement concevable, mais ne pouvant, quanta itANT, Cr. de la rais. prut. 16

24Ô DIALECTIQtJB DE LA RAISON PURE PRATIQUE

sa réalité objective, être démontré ni déterminé par elle, à savoir l'idée cosmologique d'un monde intelligible et la conscience de notre existence dans ce monde, au moyen du postulat de la liberté (dont elle montre la réalité par la loi morale, et avec elle en même temps la loi d'un monde intelligible, que la raison spéculative ne pouvait qu'indiquer sans en pouvoir déterminer le concept) ; 3° Elle donne au concept que la raison spéculative devait, il est vrai, concevoir, mais laisser indéterminé comme idéal simplement transcendantal, au concept théologique ùe l'être suprême, de la signification (au point de vue pratique, c'est-à-dire comme à une condition de la possibilité de l'objet d'une volonté déterminée par cette loi), elle le présente comme le principe suprême du souverain bien dans un monde intelligible, au moyen d'une législation morale toute puissante en ce monde.

Mais notre connaissance est-elle de cette manière réellement élargie par la raison pure pratique, et ce qui était transcendant pour la raison spéculative, est-il immanent pour la raison pratique? Sans doute, mais seulement au point d-e vue pratique. Car nous ne connaissons par là ni la nature de notre âme, ni le monde intelligible, ni l'être suprême, suivant ce qu'ils sont en eux-mêmes, nous n'avons que réuni les concepts de ces choses dans le concept pratique du souverain bien, comme objet de notre volonté et complètement à priorij par la raison pure, mais seulement au moyen delà loi morale et simplement aussi par rapport à cette loi, en vue de l'objet qu'elle commande. Mais comment

la liberté est-elle seulement possible et comment doit-on se représenter, théoriquement et positivement, cette sorte de causalité, c'est ce qu'on n'aperçoit pas par là ; on comprend seulement qu'une telle liberté est postulée par la loi morale et à son profit. Il en est de même des autres idées qu'aucun entendement humain ne peut jamais approfondir d'après leur possibilité; mais aussi aucun sophisme ne pourra jamais persuader, même à l'homme le plus vulgaire , qu'elles ne sont pas de vrais concepts.

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Comment est-il possible de concevoir une extension

DE LA RAISON PURE, AU POINT DE VUE PRATIQUE, QUI NS SOIT PAS ACCOMPAGNÉE d'uNE EXTENSION DE SA CONNAIS- SANCE, COMME RAISON SPÉCULATIVE ?

Nous voulons répondre à cette question, pour ne pas paraître trop abstrait, en l'appliquant immédiatement au cas dont il s'agit ici. — Pour étendre pratiquement une connaissance pure, il faut qu'il y ait une foi [Absicht), c'est-à-dire un but {Ziveck) donné à priori comme un objet (de la volonté) qui, indépendant de tous les principes théoriques ', est représenté comme pratiquement nécessaire, par un impératif catégorique qui détermine immédiatement la volonté, et qui dans

• Nous suivons lo texte de Kehrbach, qui donne theorelische , au lieu de theologische, que donnent les autres éditions et traductions. (F. P.)

ce cas est le souverain bien. Or cela n'est pas possible, sans supposer trois concepts théoriques (auxquels, parce qu'ils sont simplement des concepts purs de la raison, on ne peut trouver aucune intuition correspondante ni par conséquent, par la voie théorique, aucune réalité objective) .: à savoir la liberté, l'immortalité et Dieu. Donc la possibilité de ces objets de la raison pure spéculative, la réalité objective que cette dernière ne pouvait leur assurer, est postulée par la loi pratique qui exige l'existence du souverain bien possible dans un monde. Par là sans doute la connaissance théorique de la raison pure reçoit un accroissement, mais il consiste simplement en ce que ces concepts ailleurs problématiques pour elle ^ (simplement concevables) sont maintenant assertoriquement reconnus pour des concepts auxquels appartiennent réellement des objets, parce que laraison pratique a indispensablement besoin de leur existence pour la possibilité de son objet, le souverainbien, qui pratiquementestabsolumentnécessaire, et que la raison théorique est autorisée par là à les supposer. Cette extension de la raison théorique n'est pas une extension de la spéculation, c'est-à-dire qu'elle ne permet pas d'en faire un usage positif au poi7it de vue théorique. En effet, comme la raison pratique ne fait rien de plus que de montrer que ces concepts sont réels et qu'ils ont réellement leurs objets (possibles), et comme rien ne nous est donné par là en ce qui con-

' Fiir sie. Barni fait rapporter ces mots à concepts, et traduit ces concepts problématiques par eux-mêmes-, il semble que le contexte ne permette de les rapporter qu'à Vernunft. (F. P.)

cerne l'intuition de ces objets (ce qui ne peut pas même être réclamé), aucune proposition synthétique n'est possible par cette réalité qui leur est reconnue. Par conséquent cette découverte fErôff7iung) ne nous aide en rien à étendre notre connaissance au point de vue spéculatif, quoiqu'elle nous y aide relativement à l'usage pratique de la raison pure. Les trois idées citées plus haut de la raison spéculative ne sont pas encore en elles-mêmes des connaissances^ cependant elles sont des pensées (transcendantes) dans lesquelles il n'y a rien d'impossible. Or elles reçoivent par une loi pratique apodictique, comme des conditions nécessaires de la possibilité de ce que cette loi nous commande de 'prendre pour objet, de la réalité objective, c'est-à-dire que nous apprenons de cette loi quelles ont des objets, sans cependant pouvoir montrer comment leur concept se rapporte à un objet, et cela n'est pas encore une connaissance de ces objets; car on ne peut par là porter sur eux aucun jugement synthétique ni en déterminer théoriquement l'application ; partant on ne peut en faire aucun usage rationnel et théorique, usage dans lequel consiste proprement toute connaissance spéculative. Cependant la connaissance théorique, no7i sans doute de ces objets, mais de la raison en général, a été étendue par là en tant que des objets ont été donnés à ces idées par les postulats pratiques, parce qu'une pensée simplement problématique a acquis par là, pour la première fois, de la réalité objective. Par conséquent, s'il n*y a là aucune extension de la connaissance par rapport à des objets supra sensibles donnés, il y a cependant une

extension de la raison théorique et de sa connaissance relativement au supra-sensible en général, en tant que la raison est forcée d'admettre qu'il y a de tels objets ^ quoiqu'elle ne puisse les déterminer plus exactement {nàker), ni par conséquent étendre cette connaissance des objets (qui lui sont maintenant donnés par un principe pratique et seulement aussi pour un usage pratique). Donc, à l'égard de cet accroissement, la raison pure théorique, pour laquelle toutes ces idées sont transcendantes et sans objet, doit exclusivement remercier son pouvoir pur pratique. Elles deviennent ici immanentes et constitutives, parce qu'elles sont les principes de la possibilité de réaliser Vobjet nécessaire delà raison pure pratique (le souverain bien), tandis que sans cela elles sont des principes transcendants et simplement régulateurs de la raison spéculative qui ne lui font pas admettre {anzunehmen) un nouvel objet au delà de l'expérience, mais lui permettent seulement de donner plus de perfection à l'usage qu'elle en fait dans l'expérience. Mais lorsque la raison est une fois entrée en possession de cet accroissement [Zuwachses] elle traitera, comme raison spéculative (en réalité seulement pour assurer son usage pratique), ces idées négativement, c'est-à-dire, non en les étendant mais en les éclaircissant *, pour écarter d'un côté V anthropomorphisme comme la source delà superstition^ ou l'extension apparente de ces concepts par une prétendue expé-

' Le texte porte nichl erweiternd, sondera làuternd; Born dit non amplificando, sed explorando; Banii, non pas à accroître la connaissance, tuais à l'épurer ; Abbot, not extending, but clearing up. (F. P.)

rience, d'un autre côté le fanatisme qui promet cette extension * par une intuition supra-sensible ou par des sentiments de même espèce. Ge sont là des obstacles à l'usage pratique de la raison pure, les écarter c'est certainement étendre notre connaissance au point de vue pratique, sans qu'on se contredise en admettant en même temps que la raison n'a pas gagné par là la moindre chose au point de vue spéculatif.

Tout usage de la raison relativement à un objet réclame des concepts purs de l'entendement (des catégories) sans lesquels aucun objet ne peut être conçu. Ces concepts peuvent être appliqués à l'usage théorique de la raison, c'est-à-dire à une connaissance théorique, uniquement dans le cas où une intuition (qui est toujours sensible) est prise pour base [ihnen unterlegt wird) et partant simplement pour représenter par eux un objet d'expérience possible. Or ici, des idées de la raison, qui ne peuvent être données dans aucune expérience, sont ce que je devrais, pour le connaître, con-

s'agit nas ici

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^sensible ou supra-sensible), parce que les catégories ont leur siège et leur origine dans Tentendement pur, indépendamment de toute intuition et antérieurement à toute intuition, exclusivement considéré comme le pouvoir de concevoir [zii denken), et qu'elles désignent toujours seulement un objet en général, de quelque manière qu'il puisse 7ious être donné. Or en tant que les catégories doivent être appliquées à ces idées, il n'est sans doute pas possible de leur donner aucun objet dans l'intuition, pourtant qu'un tel objet soit réellement^ partant que la catégorie ne soit pas ici vide, comme une simple forme de la pensée, mais qu'elle ait une signification, c'est ce qui est suffisamment assuré par un objet que la raison pratique présente indubitablement dans le concept du souverain bien [à savoir] la réalité des concepts qui sont requis pour la possibilité du souverain bien, sans produire cependant par cet accroissement la moindre extension de la connaissance fondée sur des principes théoriques.

Si, en outre, ces idées de Dieu, d'un monde intelligible (du royaume de Dieu) et de l'immortalité, sont déterminées par des prédicats qui sont tirés de notre propre nature, on ne peut regarder cette détermination ni comme une figuration sensible [Versinnlichung) '

' Nous nous hasardons à rendre ainsi co mot. Barni emploie eachibilion; Born, sensificatio ; Abbot, sensucdizing. Nous ne pi'enoas pas sensualisation, qui impliquerait l'idée de sensud. (F. P.)

de ces idées pures de la raison (anthropomorphisme), ni comme une connaissance transcendante d'objets sM|?msensiblesj car ces prédicats ne sont autres que l'entendement et la volonté et considérés ainsi sans doute dans leurs rapports réciproques, comme ils doivent être conçus dans la loi morale, par conséquent en tant seulement qu'on en fait un usage pur pratique. Quant à tout ce qui se rattache psychologiquement à ces concepts, c'est-à-dire à tout ce que nous observons empiriquement dans l'exercice de ces facultés qui nous appartiennent (par exemple, que l'entendement de l'homme est discursif, que ses représentations sont des pensées et non des intuitions, qu'elles se succèdent dans le temps, que sa volonté a sa satisfaction toujours dépendante de l'existence de son objet, etc., ce qui ne peut être tel dans l'être suprême), on en fait alors abstraction, et ainsi des concepts par lesquels nous nous ' représentons un être pur de l'entendement [reines Verstatideswesen), il ne reste rien de plus que juste ce qui est requis pour la possibilité de concevoir une loi morale, partant d'avoir, sans doute, mais seulement au point de vue pratique, une connaissance de Dieu. Si nous essayions d'étendre celte connaissance à un point de vue théorique, nous trouverions pour lui un entendement qui ne conçoit pas [nicht denkt), mais qui a desirAuitions {anschaut), une volonté qui est dirigée sur des objets de l'existence desquels sa satisfaction ne dépend pas le moins du monde (je ne veux pasci-

' Born dit ens purum inteUectuale •,Bair ni, un être purement in/eWtgibie; Abbot, lapureintelligenct. (F. P.)

ter les prédicats transcendantaux, comme, parexemple, une grandeur d'existence, c'est-à-dire une durée, qui ne tombe pas dans le temps, l'unique moyen pour nous de nous représenter l'existence comme grandeur). Ce sont là des propriétés dont nous ne pouvons nous faire aucun concept propre à la connaissance de l'objet, et par là nous sommes avertis qu'ils ne peuvent jamais servir à une théorie des êtres supra-sensibles et que par conséquent, de ce côté, ils ne peuvent pas du tout fonder une connaissance spéculative, mais que leur usage est limité exclusivement à l'exercice de la loi morale.

Ce qui vient d'être dit est si évident et peut si clairement être prouvé par le fait qu'on peut hardiment provoquer tous les prétendus savants en théologie naturelle (un merveilleux ' nom *) de nommer seulement, pour déterminer l'objet de leur science (en dehors des prédicats purement ontologiques), une propriété ou de l'entendement ou de la volonté à propos de laquelle on ne puisse montrer d'une façon irréfutable que si l'on en abstrait tout ce qui est anthropomorphique, il n'en reste plus que le simple mot, sans qu'on puisse le lier

* Ce mot porte sur Gotiesgdéhrte , les savants sur Dieu, que Kant commente dans la note placée après le mot suivant. (F. P.)

* Gelehrsamkeit n'est proprement que la totalité (Inbegriff) des sciences historiques. Par conséquent, on ne peut appeler Goltesgelehrter qu'un professeur fLehrerJ de théologie révélée. Si l'on voulait appeler aussi Gelehrte, celui qui est en possession des sciences rationnelles (mathématique et philosophie), quoique cela soit déjà contradictoire avec le sens du mot (puisqu'on ne comprend jamais par Gdehrsamkeit que ce dont on doit être instruit fgelehretj et ce que, par conséquent, on ne peut trouver de soi-même par la raison, le philosophe, avec sa connaissance de Dieu comme science positive, ferait bien une trop misérable figuie (sctdechlej pour se faire donner, à cet égard, le nom de Gelehrte.

c;u moindre concept par lequel pourrait être espérée une extension de la connaissance théorique. Mais par rapport à la pratique, il nous reste encore, des propriétés d'un entendement et d'une volonté, le concept d'un rapport auquel la loi morale (qui précisément détermine à priori ce rapport de l'entendement à la volonté) donne de la réalité objective. Dès que ceci est une fois fait, le concept de l'objet d'une volonté moralement déterminée (le concept du souverain bien) et avec lui les conditions de sa possibilité, les idées de Dieu, de liberté et d'immortalité reçoivent de la réalité, quoique seulement toujours par rapport à rexercice de la loi morale (et non pour un usage spéculatif).

Après ces observations, il est facile de trouver la réponse à l'importante question de savoir si le concept de Dieu appartient à la physique (partant aussi à la métaphysique, en tant qu'elle contient seulement les principes purs à priori de la première au sens général) ou à la morale. Expliquer les dispositions naturelles ou leurs changements en ayant recours à Dieu comme à l'auteur de toutes choses, ce n'est pas du moins en donner une explication physique et c'est avouer complètement qu'on est au bout de sa philosophie, puisqu'on est forcé d'admettre ce dont on n'a eu par soi-même 'aucun concept pour pouvoir se faire un concept de la ^possibilité de ce qu'on a devant les yeux. Par la métaphysique, il est impossible de s'élever avec des raisonnements sûrs {sichere Schlusse)^ de la connaissance de ce monde au concept de Dieu et à la preuve de son existence, parce que nous devrions connaître ce monde

comme le tout le plus parfait possible, et pour cet objet connaître tous les mondes possibles (pour pouvoir les comparer avec celui-ci), partant avoir l'omni-science, pour dire que ce monde n'était possible que par un Dieu (comme nous sommes obligés de nous représenter ce concept). En outre, il est absolument impossible de connaître, par de simples concepts, l'existence de cet être, parce que toute proposition qui a rapport à l'existence {Existentialsatz)y c'est-à-dire celle qui affirme d'un être dont je me fais un concept, qu'il existe, est une proposition synthétique, c'est-à-dire une proposition par laquelle je dépasse ce concept et affirme de lui plus que ce qui est conçu dans le concept, à savoir qu'à ce concept qui est dans V entendement, correspond un objet en dehors de l'entendement, ce qu'il est manifestement impossible d'en tirer par aucun raisonnement. Doncjl ne reste pour la raison qu'une seule manière de procéder pour parvenir à cette connaissance, c'est de déterminer son objet en partant, comme raison pure, du principe suprême de son usage pur pratique (puisque cet usage est d'ailleurs dirigé simplement sur Vexistence de quelque chose, comme conséquence de la raison). Et alors se montre, non seulement dans son problème inévitable, à savoir dans la direction nécessaire de la volonté vers le souverain bien, la nécessité d'admettre un tel Etre suprême [Urwesen), relativement à la possibilité de ce bien dans le monde, mais encore, ce qui est le plus merveilleux, quelque chose qui faisait tout à fait défaut au progrès {Fovtgange) de la raison dans la voie naturelle, c'est-à-dire un concept

exactement déterminé de cet être suprême. Comme nous ne pouvons connaître qu'une petite partie de ce monde et encore moins le comparer à tous les mondes possibles, nous pouvons bien, de l'ordre, de la finalité (Ziveckmàssigkeit) et de la grandeur que nous y apercevons, conclure qu'il a un auteur sage, bon, puissant, etc., mais non que cet être possède Vomni- science, la toute-bonté et la toute-puissance, etc. On peut bien aussi admettre qu'on est autorisé à suppléer à celte lacune par une hypothèse permise et tout à fait raisonnable, à savoir que, si dans toutes les parties qui s'offrent de plus près à notre connaissance [sich unserer nàheren Kenntniss darbieten), nous voyons briller la sagesse, la bonté, etc., il en serait de même dans toutes les autres et que par conséquent il est raisonnable d'attribuer à l'auteur du monde toute la perfection possible; mais ce ne sont pas là des conclusions pour lesquelles nous ayons lieu de vanter notre pénétration [Einsicht); ce sont uniquement des droits (Befugnissé) qu'on peut nous concéder et qui ont cependant encore besoin d'une recommandation venant d'un autre côté [anderweitigen Einpfehlung) pour qu'on puisse en faire usage. Le concept de Dieu demeure donc dans la voie de l'expérience = auf dem empirische7i Wege (de la physique) toujours un concept qui n'est pas, quant à la perfection de l'être premier, assez exactement déterminé pour que nous le considérions comme adéquat au concept de la divinité (car il n'y a rien à obtenir ici de la métaphysique dans sa partie transcendantale). Si je tente maintenant de rapprocher ce concept de

l'objet de la raison pratique, je trouve que le principe fondamental {Grundsatz) moral l'admet comme possible, seulement sous la supposition d'un auteur du monde possédant la perfection suprême \ Il doit être omniscient pour connaître ma conduite et jusqu'à mon intention la plus secrète dans tous les cas possibles et dans tout le temps à venir (m aile ZukunftJ-, toutpuissantf pour attribuer à ma conduite des conséquences appropriées, et de même présent partout, éternel, etc. Par conséquent la loi morale, par le concept du souverain bien comme objet d'une raison pure pratique, détermine le concept de l'être premier comme être suprême, ce que la méthode (Gang) physique (et en remontant plus haut, la méthode métaphysique), par conséquent toute la méthode spéculative de la raison ne pouvait produire. Donc le concept de Dieu est un concept qui n'appartient pas originairement à la physique, c'est-à-dire à la raison spéculative, mais à la morale, et on peut dire la même chose des autres concepts de la raison dont nous avons traité précédemment comme de postulats de la raison dans son usage pratique.

Si dans l'histoire de la philosophie grecque, on ne rencontre, en dehors à.'Ana.vayore, aucune trace manifeste d'une théologie rationnelle pure, il ne faut pas

* Nous traduisons littéralement ihn nur a's mGglich, unter Voraussetzung, eines Welturhebers . . . zulasse. Uorn dit eum deprehendo per principium morale concedi quidem ut possibilem, posilo mundi aucfore qui summa gaudeat perfeclione ; Abbot, admits as possible onl .■ the conception of an Author of the world possessed of the highest perfection ,• liarni s'écarte encore plus du texte en disant, ne m'en laisse admettre d'autre que celui d'un auteur du monde doué d'une souveraine perfection. (F. P).

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