‹ Critique de la raison pratiqueChapitre 60 sur 67 · ASSENTIMENT VENANT D'HN BESOIN DE LA RAISON PURE · texte numérisé non relu

ASSENTIMENT VENANT D'HN BESOIN DE LA RAISON PURE

objets, elles ne produisent sans doute que dans l'application à des objets em}firiques une connaissance théorique , mais que cependant aussi appliquées à un objet donné par la raison pure pratique, elles servent à une conception déterminée du supra- sensible (%um bestimmten Denken des Uebersinnliehen) , en tant seulement que cette conception est déterminée simplement par des prédicats qui ont nécessairement rapport au but pur pratique donné à priori et à la possibilité de ce but. La limitation spéculative de la raison pure et son extension pratique la conduisent en définitive au rapport d'égalité, dans lequel la raison en général peut être employée conformément à des fins [zwechnassig) , et cet exemple prouve mieux qu'aucun autre que le chemin vers la sagesse, pour être assuré, pour ne pas être impraticable ou nous égarer {gesichertundnichtungang' bar oder irreleitend), doit inévitablement passer, chez nous autres hommes, par la science, mais qu'on peut se convaincre que la science conduit à ce but, seulement après qu'elle est achevée.

DE l'assentiment ' VENANT d'uN BESOIN DE LA RAISON PURE.

Un besoin de la raison pure dans sou usage spéculatif ne conduit qu'à des hîjpothèses, le besoin de la raison pure pratique conduit à des postulais. Car, dans le

' Fiirvahrhalten ; Born dit de assensu ; Barni, de l'espèce d'adhésion Abbot, of Bdief. (F. P.)

KANT, Cr. de la rais, prat, 17

premier cas, je m'élève du dérivé aussi hâuique je le veux dans la série des principes {Grûnde) et j'ai besoin d'un premier principe {Urgrimdes)^ non pour donner à ce dérivé (par exemple à la liaison causale des choses et des changements dans le monde) de la réalité objective, mais seulement pour satisfaire complètement ma raison dans ses recherches sur ce sujet. Ainsi, je vois devant moi de Tordre et de la finalité dans la nature et je n'ai pas besoin d'avoir recours à la spéculation pour m'assurer de la réalité de l'un et de l'autre, mais j'ai besoin seulement, pour les expliquer, de supposer une divinité comme leur cause; et comme la conclusion qui va d'un effet à une cause déterminée, et surtout à une cause déterminée aussi exactement et aussi complètement que celle que nous avons à concevoir en Dieu, est toujours, incertaine et douteuse, une telle supposition ne peut jamais être portée à un plus haut degré de certitude que ce qui est, pour nous autres hommes, l'opinion la plus raisonnable {allervernilnftixjsten Meinung*). Au contraire, un besoin de la raison pure pra-

* Mais nous ne pourrions pas même ici prétexter un besoin de la raison, si nous n'avions pas devant les yeux un concept problématique, mais cependant inévitable {unvermeidlichsr) de la raison, à savoir celui d'un être absolument nécessaire. Or ce concept veut être délei'miné, et c'est là, si l'on y ajoute la tendance à l'extension, le fondement {Grund) objectif d'un besoin de la raison spéculative, c'est-à-dire d'un besoin de déterminer d'une façon plus précise (nfJ/ier)le concept d'un être nécessaire, qui doit servir de premier principe (Urgrund) aux autres êtres, et ainsi de faire connaître en quelque f&çon cet être nécessaire ♦. fans ces problèmes antérieurs et nécessaires, il n'y a pas de besoin, au moins de la raison pure : tous les autres sont des besoins du penchant.

* Le texte de 1788 donne dièses ; Abbot lit dièse avec celui de 1791, et fait rapporter le mol h. andern Wesen; il faudrait, en ce C3is, tnàmre en que '.que façon eeê ttutrts êtres. (F. P,)

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tique est fondé sur un devoir, celui de prendre quelque chose (le souverain bien) comme objet de ma volonté pour travailler de toutes mes forces à le réaliser {es...zu befôrdern); dans ce cas, je suis obligé {muss) de supposer la possibilité de cet objet, partant aussi les conditions nécessaires à cette possibilité, c'est-à-dire Dieu, la liberté et l'immortalité, parce que je ne puis les prouver par ma raison spéculative, quoique je ne puisse pas plus les réfuter. Ce devoir se fonde sur une loi entièrement indépendante de ces dernières suppositions, apodictiquement certaine par elle-même, c'està-dire sur la loi morale, et il n'a pas besoin, en ce sens (so far), d'un appui venant d'un autre côlé, de l'opinion théorique sur la nature intérieure des choses, le but secret de l'ordre du monde, ou d'un modérateur qui le gouverne, pour nous obliger, aussi complètement que possible, à des actions inconditionnellement conformes à la loi. Mais l'effet subjectif de cette loi, c'est-à-dire Vintention conforme à cette loi et rcnduenécessairepar elle de travailler à réaliser le souverain bien pratiquementpossible, suppose au moins que ce dernier est possible, sinon il serait pratiquement impossible de poursuivre l'objet d'un concept qui serait au fond vide et sans objet. Or, les postulats indiqués précédemment concernent seulement les conditions physiques ou métaphysiques, en un mot, les conditions résidant (t/e^é;7ic?en)danslanaturedes choses, de la possibilité du souverain bien, non en vue d'un but (^ts?c/if) spéculatif arbitraire, maisenvued'unefin {Zivecks) pratiquement nécessaire delà volontérationnelle pure, qui ici ne choisit

pas, mais obéit à un commandement inflexible de la raison , qui objectivement a son fondement dans la nature des choses, en tant qu*elles doivent être jugées universellement par la raison pure et ne se fonde pas sur \e penchant qui, relativement à ce que nous souhai tons par des raisons {Gi'unden) simplement subjectives n*est nullement autorisé à admettre comme possibles les moyens de l'acquérir ou comme réel l'objet luimême. C'est donc là un besoin absolument nécessaire [ein Beclïirfniss in schlechterdings nothwendiger Absicht) et le supposer (seine Vorausselzung) est une chose justifiée, non seulement comme une hypothèse permise, mais comme un postulat au pointde vue pratique ; et en admettant que la loi morale pure oblige inflexiblement chacun comme un commandement (non comme une règle de prudence), l'honnête homme peut bien dire : j^ veux qu'il y ait un Dieu, que mon existence dans ce monde soit encore, en dehors delaconnexion naturelle, une existence dans un monde pur de l'entendement \ enfin que ma durée soit infinie; je m'attache fermement à cela et je ne me laisse pas enlever ces croyances, car c'est le seul cas où mon intérêt, parce que je ne puis {darfj en rien abandonner, détermine inévitablement mon jugement sans faire attention aux subtilités,

' Il y a dans le texte mein Dasein in dieser Well, auch ausser der Naturverkniipfung, noch ein Dasein in einer reinen V&rstandeswelt ; Born donne «ieamgue inhocmundo existentiam, etiam prœler nexum naturœ, existmtiam in mundo puro intelligibili; kïÂ)ol, an existence outside the vhain ofphysical causes^ and in a pure world of the under standing-, Barni nous semble traduire peu exactement par :çue mon existence en ce monde soit encore, outre son rapport avec la nature, une existence dans le iiui;ii}a purement intelligible. (F. P.)

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quoique je sois fort peu en état d'y répondre ou de leur en opposer de plus spécieuses *.

Pour éviter tout malentendu dans l'usage d'un concept encore aussi inusité que celui d'une croyance de la raison pure pratique, qu'il me soit permis encore d'ajouter une remarque. — Il semblerait presque que cette croyance rationnelle est annoncée ici comme un commandement, celui d'admettre le souverain bien comme possible. Mais une croyance qui est ordonnée est un non sen&(Unding). Qu'on se souvienne de l'analyse précédemment faite des éléments qui doivent être

* Dans le deulschen Muséum de février 1787, il y a une Dissertation l'un esprit très fin et très lucide, de feu Wizenmann dont la mort prématurée est regrettable, dans laquelle il conteste le droit de conclure d'un besoin à la réalité objective de l'objet de ce besoin et explique sa pensée par l'exemple d'un amoureux qui, se complaisant follement dans l'idée d'une beauté qui est simplement une chimère de son propre cerveau, voudrait conclura qu'un tel objet existe réellement en quelque endroit. Je lui donne complètement raison dans tous les cas où le besoin est fondé sur le penchant; car le penchant ne peut jamais postuler nécessairement pour celui qui en est affecté l'existence de son objet, encore moins est-il de nature à s'imposer à chacun (viehceniger einefiir Jedermann giUtige Forderung mlhaltj et c'est pourquoi il est un principe simplement subjectif du désir. Mais il s'agit ici d'un besoin roUonnd dérivant d'un principe o6jec<»/de détermination de la volonté, c'est-à-dire de la loi morale, qui oblige nécessairement tout être raisonnable, par conséquent l'autorise à supposer à priori dans la nature des conditions qui y sont appropriées et qui rend ces conditions inséparables de l'usage pratique complet de la raison. C'est un devoir de réaliser le plus que nous pouvons, le souverain bien, par conséquent le souverain bien doit être possible, partant il est inévitable aussi pour tout être raisonnable dans le monde de supposer ce qui est nécessaire à la possibilité objective du souverain bien. Cette supposition est aussi nécessaire que la loi morale, relativement à laquelle seule elle a de la valeur.

supposés dans le concept du souverain bien, et Ton verra qu'il ne peut pas [durfe] nous être ordonné d'admettre cette possibilité, qu'il n'y a pas d'intentions pratiques qui exigent qu'on l'admette, mais que la raison spéculative doit l'accorder, sans qu'on le lui demande ; car personne ne peut vouloir soutenir qu'il est impossible en soi que les êtres raisonnables dans le monde jouissent de la quantité de bonheur dont ils se rendent dignes en conformant leur conduite à la loi morale. Or, relativement au premier élément du souverain bien, c'est-à-dire à ce qui concerne la moralité, la loi moralenous donne simplement un commandement y et mettre en doute la possibilité de cet élément {Bestandstûcks) serait la même chose que mett-re en doute la loi morale elle-même. Mais quant au second élément de cet objets c'est-à-dire en ce qui coîicerne l'exacte proportion du bonheur et de la valeur acquise par une conduite conforme à la loi morale^ il n'y a pas besoin sans doute d'un commandement pour en admettre la possibilité en général, car la raison théorique n'a rien elle-même à y objecter : seulement la manière dont nous devons concevoir cette harmonie des lois de la nature avec celles de la liberté a en soi une chose relativement à laquelle un choix nous incombe, parce que la raison théorique ne décide rien à ce sujet avec une certitude apodictique et que relativement à la raison théorique {in Ansehung dieser) il peut y avoir un intérêt moral qui fasse pencher la balance {den AusscJilag yiebt).

J'ai dit plus haut que, dans le simple cours de la

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