‹ Critique de la raison pratiqueChapitre 61 sur 67 · ASSENTIMENT VENANT D'UN BESOIN DE LA RAISON PURE · texte numérisé non relu

ASSENTIMENT VENANT D'UN BESOIN DE LA RAISON PURE

nature dans le monde, il ne faut ni attendre ni tenir pour impossible le bonheur exactement proportionné à la valeur morale et que^ par conséquent, on ne peut, de ce côté, admettre la possibilité du souverain bien qu'en supposant un auteur moral du monde. Je me suis, de propos délibéré, abstenu de restreindre ce jugement aux conditions subjectives de notre raison, pour faire usage de cette restriction seulement lorsque le mode d'assentiment {Art ihres Fiirwahrhaltens) serait plus exactement déterminé. En fait, celle impossibilité est simplement subjectivôf c'est-à-dire que notre raison trouve impossible pour elle de concevoir (begreiflich zu machen), d'après le simple cours de la nature, une connexion si exactement proportionnée et si parfaitement appropriée à une fin, entre deux séries d'événements qui se produisent dans le monde d'après des lois si différentes ; quoiqu'elle ne puisse, comme dans toute autre chose qui dans la nature est conforme à une fin, prouver non plus Timpossibilité de cette connexion d'après des lois universelles de la nature, c'est-à-dire la montrer suffisamment par des raisons objectives.

Mais maintenant un principe de décision ' d'une autre espèce entre en jeu pour faire pencher la balance dans cette incertitude de la raison spéculative. Le commandement de réaliser {%u befôrdem) le souverain bien est fondé objectivement (dans la raison pratique), et la possibilité du souverain bien en général est aussi

' Enlscheidtmpsgrund ; Born traduit par aiia ralio decidendi; Barni, par un motif; Abbot, par a deciding principle ; nous suivons le texte »1 aussi prés que possible. (P. P.)

fondée objectivement (dans la raison théorique qui n'a rien à y objecter). Seulenient la raison ne peut décider obj ectivement de qu ell e manière nous devons nou s représenter cette possibilité, si c'est d'après des lois universelles de la nature sans un sage auteur qui y préside ou uniquement en supposant un tel auteur. Or ici se présente une condition subjective de la raison, la seule manière théoriquement possible pour elle de se représenter l'harmonie exacte du royaume de la nature et du royaume des mœurs comme condition de la possibilité du souverain bien, et c'est en même temps la seule manière avantageuse uniquement pour la moralité (qui dépend d'une loi objective de la raison). Puisque la réalisation du souverain bien et par conséquent la supposition de sa possibilité est objectivement (mais seulement comme conséquence de la raison pratique) nécessaire, mais qu'en même temps la manière dont nous voulons concevoir le souverain bien comme possible, dépend de notre propre choix et qu'un libre intérêtde la raison pure pratique nous décide à admettre un sage auteur du monde, le principe qui détermine en cela notre jugement est sans doute subjectif comme besoin, mais en même temps aussi comme moyen de réaliser ce qui est objectivement (pratiquement) nécessaire, il est le fondement d'une maxime de la croyance {Fiirwahrhaltens) au point de vue moral, c'est-à-dire d'une croyance purepratique de laraison. Cette croyance n'est donc pas commandée, mais elle dérive de l'intention morale même comme une libre détermination de noire jugement, utile au point de vue moral (qui

RAPPOBT DES FACULT:':S A LA DESTINATION PRATIQUE 265

nous est ordonné) s'accordant en outre avec le besoin théorique de notre raison pour admettre l'existence de ce sage auteur du monde et la prendre pour fondement de l'usage de la raison ; par conséquent elle peut parfais chanceler même chez ceux qui sont bien intentionnés, mais elle ne peut jamais être changée en incrédulité {Unglauben),

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Du RAPPORT SAGEMENT PROPORTIONNE DES FACULTES DE CONNAITRE DE l'hOMSIE A SA DESTINATION PRATIQUE.

Si la nature humaine est destinée à tendre au souverain bien, nous devons admettre aussi que la mesure de ses facultés de connaître et particulièrement la relation de ces facultés les unes avec les autres, est appropriée à ce but. Or la Critique de la raison pure spéculative prouve l'extrême insuffisance de cette faculté pour résoudre conformément à ce but les plus importants problèmes qui lui sont proposés, quoiqu'elle ne méconnaisse pas les indications (Winke) naturelles et non méprisables de cette raison elle-même, ni les grands progrès que peut faire cette faculté pour se rapprocher du but élevé qui lui est proposé, sans cependant l'atteindre jamais par elle-même, même avec le secours d'une connaissance très grande de la nature. La nature paraît donc ici nous avoir traités seulement à la façon 'une marâtre, en nous fournissant une faculté nécessaire à notre but.

266 DIALECTIQUE DE LA RAISON PtlRE PRATIQUE

Supposez maintenant qu'elle se soit conformée en cela à notre souhait et qu'elle nous ait donné en partage celte capacité de pénétration {Einsichtsfàhigkeit) ou ces lumières {ErJenchtung) que nous voudrions bien posséder ou que quelques-uns sHmaginent réellement avoir en leur possession, quelle en serait la conséquence selon toute apparence? A moins que notre nature tout entière ne soit en même temps changée, les 'penchantSf qui ont toujours le premier mot, réclameraient d'abord leur satisfaction et unis avec la réflexion rationnelle, la satisfaction la plus grande et la plus durable possible, sous le nom de bonheur; la loi morale parlerait ensuite pour retenir ces penchants dans les limites qui leur conviennent et même pour les soumettre tous ensemble à un but (Zweche) plus élevé, n'ayant rapport à aucun penchant. Mais au lieu de la lutte que l'intention morale a maintenant à soutenir avec les penchants et dans laquelle, après quelques défaites, l'âme acquiert cependant peu à peu de la force morale, Dieu eiVéter7iité, avec leur majesté redoutable, seraient sans cesse devant nos yeux (car ce que nous pouvons complètement prouver est aussi certain pour nous que ce dont nous nous assurons par nos propres yeux). La transgression de la loi serait sans doute évitée, ce qui est ordonné serait accompli ; mais comme Vintention d'après laquelle les actions doivent avoir lieu ne peut être introduite en nous (eingeflôsst) par aucun commandement, et qu'ici l'aiguillon de l'activité est toujours sous la main (bei Hand) et extérieur; que, par conséquent, la raison n'a pas besoin de faire

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