L'espace est représenté comme une grandeur infi
nie donnée. Il faut regarder tout concept comme une re-' présentation contenue elle-même dans une multitude infinie de représentations diverses possibles (dont elle est le signe commun) ; mais nul concept ne peut, comme tel, être considéré comme contenant une multitude infinie de représentations. Or c'est pourtant ainsi que nous concevons l'espace (car toutes les parties de l'espace coexistent à l'infini). La représentation originaire de l'espace est donc une intuition à priori, et non pas un concept (a).
(a) Ce paragraphe était ainsi rédigé dans la première édition, où il portait le n» 5 : « L'espace est représenté donné comme une grandeur infinie. Un concept géaéral de l'espace (qui est commun au pied aussi bien qu'à l'aune) ne peut rien déterminer quant à la grandeur. Si le progrès de l'intuition n'était pas sans limites, nul concept de rapports ne contiendrait le principe de son infinité. »
Exposition transcendentale du concept de V espace {2
Montrer comment un certain concept est un prini qui explique la possibilité d'autres connaissances synl tiques à priori, voilà ce que j'appelle en faire une e:^ sition transcendentale. Or cela suppose deux chos 1"* que des connaissances de cette nature dérivent ré( ment du concept donné; 2"* que ces connaissances ne i possibles que suivant le mode d'explication tiré d( concept.
La géométrie est une science qui détermine syntl quement, et pourtant à priori, les propriétés de l'esp Que doit donc être la représentation de l'espace i qu'une telle connaissance en soit possible? Il fautqu soit originairement une intuition; car il est impossible tirer d'un simple concept des propositions qui le dé] sent, comme cela arrive pourtant en géométrie (Introi tion, V). Mais cette intuition doit se trouver en noi priori, c'est-à-dire antérieurement à toute perception objet, et, par conséquent, être pure et non empirique effet, les propositions géométriques, comme celle-ci, exemple : l'espace n'a que trois dimensions, sont to apodictiques, c'est-à-dire qu'elles impliquent la consci de leur nécessité; elles ne peuvent donc être des ji ments. empiriques ou d'expérience , ni en dériver (In duction. II).
Mais comment peut-il y avoir dans l'esprit une in
(a) Cette exposition ne figurait pas dans la première édition.
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tiou extérieure qui précède les objets mêmes , et qui en détermine à priori le concept. Cela ne peut évidemment aj-river qu'autant qu'elle ait son siège dans le sujet comme Is. propriété formelle de la capacité qu'il a d'être affecté par des objets et d'en recevoir ainsi une représentation -immédiate j c'est-à-dire une intuition^ par conséquent comme forme du sens extérieur en général.
Notre explication fait donc comprendre la possibilité cie la géométrie comme connaissance synthétique à priori. Tout mode d'explication qui n'offre pas cet avantage peut être à ce signe très-sûrement distingué du nôtre, quelque ressemblance qu'il puisse avoir avec lui en apparence.
Conséquences tirées de ce qui précède
A. L'espace ne représente aucune propriété des choses^ soit qu'on les considère en elles-mêmes ou dans leurs^ Tapports entre elles. En d'autres termes, il ne représente aucune détermination qui soit inhérente aux objets mêmes^ «t qui subsiste abstraction faite de toutes les conditions^ subjectives de l'intuition. En effet, il n'y a point de déterminations, soit absolues, soit relatives, qui puissent être aperçues antérieurement à l'existence des choses auxquelles elles appartiennent, et, par conséquent, à
B. L'espace n'est autre chose que la forme de tous^ les phénomènes des sens extérieurs , c'est-à-dire la seule condition subjective de la sensibilité sous laquelle soit possible pour nous une intuition extérieure. Or, comme la
réceptivité en vertu de laquelle le sujet peut être aflfecté par des objets ^précède nécessairement toutes les intuitions de ces objets, on comprend aisément comment la forme de tous ces phénomènes peut être donnée dans l'esprit antérieurement à toutes les perceptions réelles, par conséquent à priori^ et comment, étant une intuition pure où tous les objets doivent être déterminés, elle peut contenir antérieurement à toute expérience les principes de leurs rapports.
Nous ne pouvons donc parler d'espace, d'êtres étendus, etc., qu'au point de vue de l'homme. Que si nous sortons de la condition subjective sans laquelle nous ne saurions recevoir d'intuitions extérieures, c'est-à-dire êtr^ affectés par les objets, la représentation de l'espace n^ signifie plus absolument rien. Les choses ne reçoivent ce prédicat qu'autant qu'elles nous apparaissent, c'est-à-dire comme objets de la sensibiUté. La forme constante de cette réceptivité que nous nommons sensibilité, est la condition nécessaire de tous les rapports où nous percevons les objets comme extérieurs à nous; et, si l'on fait abstraction de ces objets, elle est une intuition pure, qui prend le nom d'espace. Comme nous ne saurions voir dans les conditions particuUères de la sensibiUté les conditions de la possibilité des choses mêmes, mais celles seulement de leurs manifestations^, nous pouvons bien dire que l'espace contient toutes les choses qui peuvent nous apparaître extérieurement, mais non pas toutes ces choses en elles-mêmes, qu'elles soient ou non perçues et
' Die Beceptwitat des Subject8, von Gegendstànden affiàrt zu werden.
* Ihrer Erscheinungen.
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quel que soit le sujet qui les perçoive. En effet , nous ne saurions juger des intuitions que peuvent avoir d'autres êtres pensants, et savoir si elles sont soumises aux conditions qui limitent les nôtres et qui ont pour nous une valeur universelle. Que si au concept qu'a le sujet, nous joignons un jugement restrictif, alors notre jugement a une valeur absolue. Cette proposition : toutes les choses sont juxtaposées dans l'espace, n'a de valeur qu'avec cette restriction, que ces choses soient prises comme objets de notre intuition sensible. Si donc j'ajoute ici la condition au concept, et que je dise : toutes les choses, en tant que phénomènes extérieurs, sont juxtaposées dans l'espace, cette règle a une valeur universelle et sans restriction. Notre examen de l'espace nous en montre donc la rédiU (c'est-à-dire la valeur objective) au point de vue de la perception des choses comme objets extérieurs ; mais il nous en révèle aussi Yidéalité au point de vue de la raison considérant les choses en elles-mêmes, c'est-à-dire abstraction faite de la constitution de notre sensibilité. Nous affirmons donc la réalité empirique de l'espace (relativement à toute expérience extérieure possible) ; mais nous en affirmons aussi Yidéaïité transcenden" taie y c'est-à-dire la non-existence, dès que nous laissons de côté les conditions de la possibilité de toute expérience, et que nous nous demandons s'il peut servir de fondement aux choses en soi.
D'un autre côté, outre l'espace, il n'y a pas d'autre représentation subjective et se rapportant à quelque chose d'extérieur, qui puisse être appelée objective à priori (a).
(a) La suite de cet alinéa était rédigée de la manière suivante dans la première édition :
€ Aussi cette condition subjective de tous les phénomènes extérieurs
Il n'est, en effet, aucune de ces représentations d'où Toi? puisse tirer des propositions synthétiques à priori^ comiBe celles qui dérivent dé l'intuition de l'espace, § 3. Aussi, à parler exactement, n'ont-elles aucune espèce d'idéalité^ encore qu'elles aient ceci de commun avec la représentation de l'espace, de dépendre uniquement de la constitution subjective de la sensibilité, par exemple de la vue, de l'ouïe, du tact; mais les sensations des couleurs, des sons, de la chaleur, étant de pures sensations et non des intuitions, ne nous font connaître par elles-mêmes aucun objet, du moins à priori.
Le but de cette remarque est d'empêcher qu'on ne s'avise de vouloir expliquer l'idéalité attribuée à l'espace par <les exemples entièrement insuffisants , comme les couleurs, les saveurs, etc., que l'on regarde avec raison,
ne peut-eUe être comparée à aucune autre. Le goût agréable d'an m n'appartient pas aux propriétés objectives de ce vin, c'est-à-dire aux propriétés d'un objet considéré comme tel, même comme phénomène, mais à ia nature particulière du sens du sujet qui en jouit. Les couleurs ne sont pas des qualités des corps à l'intuition desquels elles se rapportent, mais seulement des modifications du sens de la vue, affecté par la lumière d'une certaine façon. Au contraire, l'espace, comme condition de phénomènes extérieurs, appartient nécessairement au phénomène ou à l'intuition du phénomène. La saveur et la couleur ne sont point du tout des conditions tellement nécessaires que sans elles l6a choses ne pourraient devenir pour nous des objets des sens. Ce ne sont que des effets de l'organisation particulière de nos sens, liés accidentellement au phénomène. Elles ne sont donc pas non plus des représentations à 'priori^ mais elles se fondent sur la sensation, ou même, comme une saveur agréable, sur le sentiment du plaisir (ou de la peine), c'està-dire sur un effet de la sensation. Aussi personne ne saurait-il avoir (^ priori l'idée d'une couleur ou celle d'une saveur, tandis que l'espace ne concernant que la forme pure de l'intuition et ne renfermant par conséquent aucune sensation (rien d'empirique), tous ses modes et toutes ses propriétés peuvent et doivent même être représentés à priori, ^o^ donner lieu aux concepts des figures et de leurs rapports. Lui seul pe*^^ donc faire que les choses soient pour nous des objets extérieurs.
Qon comme des propriétés des choses , mais comme de ïores modifications du sujet, et qui peuvent être fort lifférentes suivant les différents individus. En effet, dans e dernier cas, ce qui n'est originairement qu'un phénoûène, par exemple une rose, a, dans le sens empirique, i valeur d'une chose en soi, bien que, quant à la cousur, elle puisse paraître différente aux différents yeux. in contraire, le concept trauscendental des phénomènes .ans l'espace nous suggère cette observation critique que ien en général de ce qui est perçu dans l'espace n'est ine chose en soi, et que l'espace n'est pas une forme des îhoses considérées en elles-mêmes, mais que les objets ne lous sont pas connus en eux-mêmes, et que ce que nous lommons objets extérieurs consiste dans de simples représentations de notre sensibilité, dont l'espace est la forme, mais dont le véritable corrélatif, c'est-à-dire la chose en soi, n'est pas et ne peut pas être connu par là. Aussi bien ne s'en enquiert-on jamais dans l'expérience.