‹ Critique de la raison pure (volume 2)Chapitre 22 sur 136 · DE LA RAISON PURE XXVII · texte numérisé non relu

DE LA RAISON PURE XXVII

<ia'il n^est pas étendu oa qu'il n'est pas dans Tespace, que sa darée n'est pas celle du temps, qu'il ne peut être snjet an <;hangement, etc. ; mais pouyez-yons dire qne vous ayez ainsi iine véritable connaissance de cet objet? Non, le concept de la substance» comme toute autre catégorie, ne peut donner lieu à ^ne connaissance réelle (on dirait aujourd'hui posUive) qu'en s'appliquant à quelque chose qui puisse tomber sous notre intuition. Autrement nous ne pouyons dire même s'il y a quelque objet qui corresponde à cette détermination de notre pensée. Ce point, qui est, je le répète, un des résultats les plus importants de la crUique de la raison pure^ se représentera plus tard ; nous y reviendrons avec Kant.

Les catégories de l'entendement n'ont d'autre usage que de l'ar quel moyen s'appliquer aux objets de notre intuition sensible; mais par quel pîj,^tion*!**de moyen se fait cette application? C'est là aussi une question sur la synthèse laquelle Kant reviendra plus tard: c'est à cette question que ré- laiederimagîpondra la théorie du schématisme; mais il indique dès à présent "**'®" le point qui doit servir à la résoudre. Notre humaine intuition est une intuition sensible, non une intuition intellectuelle; mais elle a une certaine forme qui réside à priori dans la nature même de notre capacité représentative. Or c'est précisément par là que l'entendement peut avoir prise sur le sens intérieur pour le déterminer conformément à Vunité synthétique de V aperception et concevoir ainsi à priori cette unité. Cette unité, ou cette synthèse, que nous concevons comme nécessaire à priori^ n'est pas simplement intellectuelle, puisqu'elle est soumise à la forme de notre intuition sensible ; c'est en ce sens une synthèse figurée. Mais cette synthèse n'est pas non plus simplement le produit de Vimagination reproductive^ laquelle rentre dans la sensibilité et dont l'action est soumise à des lois empiriques. Il est juste de reconnaître qu'elle est l'œuvre de l'imagination, mais une œuvre spontanée, qui n'est autre chose que l'effet de l'entendement sur la sensibilité, et qui détermine à priori le sens intérieur conformément aux lois nécessaires de cette faculté. Kant la désigne sous le nom de synthèse transcendentàle de Vimagination, C'est ainsi qu'il explique comment les catégories, qui ne sont que de simples formes de la pensée, s'appliquent aux objets de notre mtuitioa et en reçoivent une valeur objective.

XXVUI ÂNALT8E DE LA CRITIQUE

Cette explication le conduit à une antres à celle de ce paradoxe mis en avant dans VEsthétique transcendentcUe, à savoir qu'aa moyen du sens intériear le sujet ne se saisit lui-même qu'autant quMl est affecté par lui-même, c'est-à-dire tel qu'il s'apparaît et non tel qu'il est en soi. Il semble qu'il y ait une contradiction h admettre que le sujet puisse être affecté par lui-même; rien n'est pourtant plus réel. Le sens intérieur, qui ne contient que la forme de toute intuition possible, ne renferme aucune intuition déterminée: pour qu'une intuition de ce genre puisse se produire, il faut une certaine liaison entre les éléments divers qu'elle comprend, et cette liaison ne peut résulter que de cet acte de l'entendement que Kant a désigné précédemment sous le nom de synthèse transcendentale de Vimagination ou de synthèse figurée^ et par lequel l'entendement détermine le sens intérieur suivant une certaine synthèse qui constitue Tunité de l'aperception. C'est ainsi, par exemple, que je détermine mon sens intérieur en tirant une ligne dans mon imagination toutes les fois que je veux me représenter le temps. Le sujet est bien ici réellement affecté par lui-même. Le même phénomène se reproduit en tout acte d'attention : l'entendement y détermine toujours le sens intérieur conformément à la liaison qu'il a en vue (v. la note de la page 182); et cette liaison, il ne la trouve que dans le sens lui-même, mais c'est lui qui, en affectant ce sens, la produit. Il en est de même dans tous les cas où le sens intérieur est déterminé conformément à une certaine unité d'aperception. Cela admis, il n'y a rien d'étonnant que, par le sens intérieur, notre sujet ne se saisisse pas lui-même tel qu'il est en soi. Il est dans le même cas que les sens extérieurs : si l'on accorde que ceux-ci, ne nous faisant percevoir les objets que suivant la manière dont nous sommes affectés, ne nous les font pas connaître en eux-mêmes, mais seulement tels qu'ils nous apparaissent^ il faut admettre la même chose à l'égard du sens intérieur, puisque par ce dernier le moi n'a conscience de lui-même qu'autant qu'il est affecté par lui-même d'une certaine manière.

S'en suit-il que ma propre expérience ne soit qu'un phénomène ou une simple apparence? Non, l'existence est sans doute déjà donnée dans le je pense, puisque celui-ci exprime précisément l'acte par lequel je la détermine; mais, comme il ne peut la déterminer qu'au moyen des éléments divers qui lui sont fournis

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