‹ Critique de la raison pure (volume 2)Chapitre 23 sur 136 · DE LA RAISON PURE XXIX · texte numérisé non relu

DE LA RAISON PURE XXIX

par le sens intériear, et par conséquent selon la forme même de ce sens, il s'en suit que je ne me connais nullement comme je sais, mais comme je m'apparais à moi-même (v. p. 185). J'ai bien la conscience de moi-même comme d'une intelligence capable de ramener la diversité de toute intuition possible à Tunité de l'aperception ; mais cette conscience n'est pas encore la connaissance de moi-même: celle-ci exige en outre une intuition de la diversité qui est en moi et au moyen de laquelle je détermine une pensée qui sans cela serait vide de tout contenu, et cette condition sensible à laquelle elle est assujettie fait que le moi ne se connaît que comme il s'apparaît à lui-même.

Ce point expliqué, une question reste encore pour achever ce comment nom que Kant appelle la déduction transcendentaU des concepts purs '^^"JXeà"" de V entendement ou des catégories. Il s'agit d'expliquer com- vHùh, par le ment, par le moyen de ces catégories, nous pouvons connaître à Z^!"^ priori des objets qui ne peuvent être d'ailleurs pour nous que objeu d'iniuides objets d'intuition sensible, ou comment nous pouvons prescrire en quelque sorte à la nature sa loi. La clef de cette difficulté se trouve dans cette réflexion que l'espace et le temps ne sont pas seulement représentés à priori comme de simples formes de l'intuition sensible, mais comme des intuitions où est déjà donnée Vunité de la synthèse de la diversité qui y est contenue. C'est ainsi que la géométrie se représente l'espace comme un objet dont les diverses parties forment une unité intuitive. Cette unité nécessaire de l'espace et du temps est le fondement de toute synthèse par laquelle j'unis en une perception les éléments divers de mon intuition empirique. C'est, par exemple, en prenant pour fondement l'unité de l'espace, que de l'appréhension des diverses parties d'une maison je me fais une perception de cette maison, dont je dessine en quelque sorte la forme sur ce fond. C'est ainsi encore qu'en appréhendant successivement deux états divers tels que l'état fluide et l'état solide, j'ai la perception du phénomène de la congélation de l'eau ; cette perception a son fondement dans l'unité du temps où je lie les deux états que je m'y représente. Cette synthèse n'est sans doute possible à son tour qu'au moyen des catégories qui ont leur siège dans Tentendément, comme celle de la quantité, ou celle de la causalité; mais c'est dans les conditions mêmes de l'espace et du temps qu'elles trouvent à priori le moyen qui nous permet de les ap-

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pliquer aui objets de rintoition sensible et de transformer cette intuition en perception. C'est la nature, on Tensemble de tons^ les phénomènes, qoi se règle sur les catégories de l'entendement» et non pas ces catégories sur la nature. De môme qae notre sensibilité imprime ses formes aux objets de notre intuition oo aux phénomènes, de même notre entendement donne ses lois à ces phénomènes. L'accord nécessaire entre les lois des phénomènes de la nature et notre entendement n'est pas plus étrange qne celui qui existe entre ces phénomènes enx- mêmes et notre sensibilité. C'est toujours le sujet qui là imprime aux choses ses formes sensibles, et ici leur impose ses lois intellectuelles. Il n'y a, en général, selon Kant, que deux manières de concevoir l'accord nécessaire de l'expérience avec nos concepts: ou bien c'est l'expérience qui rend possibles ces concepts, oa bien ce sont ces concepts qui rendent l'expérience possible. Il repousse la première explication, par la raison que les catégo* ries étant des concepts à priori, ne peuvent avoir une origine empirique : leur usage est sans doute de s'appliquer aux objets de l'expérience, mais elles-mêmes ne sauraient en dériver. Il ne reste donc plus pour lui que la seconde. A ceux qui proposeraient une sorte de système intermédiaire, suivant lequel les catégories ne seraient ni des principes à priori de la connaissance, ni des concepts tirés de l'expérience, mais certaines dispositions subjectives, nées avec nous, que l'auteur de notre être aurait réglées de telle sorte que leur usage s'accordât exactement avec les lois de la nature auxquelles conduit l'expérience, il oppose cet argument, que, dans ce système, les catégories n'auraient plus cette nécessité qui leur est inhérente. « Je ne pourrais plus dire alors: l'effet est lié à la cause dans l'objet, c'est-àdire nécessairement; mais seulement: je suis fait de telle sorte que je ne puis concevoir cette représentation autrement que comme liée à une autre;... et toute notre connaissance fondée sur la prétendue valeur objective de nos jugements ne serait plus qu'une pure apparence. < On est tenté, en lisant ces paroles de Kant (p. 192), de les retourner contre son propre système» La nécessité objective qu'il admet est-elle elle-même au fond autre chose qu'une nécessité subjective, et la Connaissance, telle qu'il l'explique, autre chose qu'une apparence? Mais je ne discute pas ici sa pensée, je me borne à l'exposer.

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La déduction qui précède a expliqué Torigine et justifié la valeur des catégories do rentendement en montrant d'nne manière générale que leur rôle est de rendre Texpérience possible; il s'agit maintenant de chercher par quel moyen elles la rendent possible, et quels sont les principes qu'elles fournissent dans leor application aux phénomènes. Tel est le double objet du livre {Livre deuxième) auquel nous sommes arrivés et qui porte le titre d'Analytique des principes.

La première question quMl contient est celle du moyen ou de la condition qui seule permet d'appliquer à des phénomènes les concepts purs de l'entendement et qui rend par là l'expérience possible. Pour pouvoir dire qu'un objet est renfermé dans un concept, il faut que la représentation de cet objet soit homogène avec ce concept. « Ainsi, suivant l'exemple employé par Eant (p. 198-199), le concept empirique d'une assiette a quelque chose d'homogène avec le concept purement géométrique d'un cercle, puisque la forme qui est pensée dans le premier est perceptible dans le second. » Or les concepts purs de l'entendement ne sont nullement, par leur nature propre, homogènes avec les intuitions sensibles que nous avons à y subsumer dans nos jugements. Comment donc les premiers, par exemple le concept de la causalité, peuvent-ils s'appliquer aux secondes? Telle est la question que Kant se pose. Le moyen de la résoudre a déjà été indiqué ; il ne s'agit plus que de le développer..

Puisqu'il n'y a aucune homogénéité entre les catégories de l'entendement et les phénomènes auxquels elles s'appliquent, attendu que les premières sont de nature intellectuelle, tandis^ que les secondes sont de nature sensible, il faut bien, pour que* cette application soit possible, qu'entre ces deux termes il y en ait un troisième qui soit homogène, d'un côté, à la catégorie, et de l'antre, au phénomène, et permette d'appliquer l'une à l'autre. Or ce terme intermédiaire nous est précisément fonmr par le temps, lequel est à la fois homogène au phénomène, en tant qu'il est impliqué dans chacune de nos diverses représentations empiriques, et à la catégorie, en tant qu'il leur fournit une règle à priori. C'est le temps qui nous permet de donner aux concepts purs de l'entendement la forme qui les rend applicables aux phénomènes. Soit, par exemple, la catégorie de la quantité ; comment la déterminer dans le nombre et faire qu'elle:

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