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un caractère empirique , ainsi que toutes les autres choses de la nature. Nous remarquons ce caractère par les forces et les facultés qu'il manifeste dans ses effets. Dans la nature inanimée ou purement animale, nous ne trouvons aucune raison de concevoir quelque autre faculté que celles qui sont soumises à des conditions purement sensibles. Mais l'homme, qui ne connaît d'ailleurs toute la nature que par ses sens, se connaît lui-même par une simple aperception, et cela en des actes et des déterminations intérieures qu'il ne peut rapporter à l'impression des sens. Il est sans doute par un côté un phénomène, mais il est aussi par un autre, c'est-à-dire relativement à certaines facultés, un objet purement intelligible, puisque son action ne peut être attribuée à la réceptivité de la sensibilité. Ces facultés, nous les appelons entendement et raison ; la dernière surtout se distingue djune manière tout à fait particulière de toutes les facultés soumises à des conditions empiriques, puisqu'elle n'examine ses objets que d'après des idées et qu'elle détermine en conséquence l'entendement, lequel fait de ses concepts (même purs) un usage empirique.
Or que cette raison soit douée de causalité, ou que du moins nous nous représentions en elle une causalité, c'est ce qui résulte clairement des impéraUfs que nous donnons pour règles dans l'ordre pratique aux facultés actives. Le devoir ^ exprime une espèce de nécessité et de lien avec des principes qui ne se présente point ailleurs dans toute la nature. L'entendement ne peut connaître de celle-ci que ce qui est, a été, ou sera. Il est impossible que quelque chose y doive être autrement qu'il
' Das Soîlen.
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n'est en effet dans tous ces rapports de temps ; et même le devoir, quand on n'a devant les yeux que le cours de la nature, n'a aucune espèce de sens. On ne peut pas plus demander ce qui doit être dans la nature qu'on ne pourrait demander quelles propriétés un cercle efotV avoir; tout ce qu'on peut demander, c'est ce qui arrive dans la nature, ou quelles sont les propriétés du cercle.
Ce devoir exprime une action possible dont le prindpe n'est autre qu'un pur concept, tandis que le principe d'une action simplement naturelle est toujours nécessairement un phénomène. Or il faut sans doute que l'action soit possible sous des conditions naturelles, quand le devoir s'y applique ; seulement ces conditions naturelles ne concernent pas la détermination de la volonté ellemême, mais son effet et sa conséquence dans le phénomène. Quelque nombreuses que soient les raisons naturelles qui me poussent à vouloir, quelque nombreux que soient les mobiles sensibles, ils ne sauraient produire le devoir, mais seulement un vouloir qui, bien loin d'être nécessaire, est toujours conditionnel, et auquel au contraire le devoir, qui exprime la raison, impose une mesure et un but, même une défense et une autorité. Que l'on suppose un objet de la simple sensibilité (l'agréable), ou même un objet de la raison pure (le bien), la raison ne cède point à un principe qui est donné empiriquement, et elle ne suit pas Tordre des choses, telles qu'elles se montrent dans le phénomène ; mais elle se crée avec une parfaite spontanéité un ordre propre suivant des idées auxquelles elle adapte les conditions empiriques et d'après lesquelles elle tient pour nécessaires des actions qui ne sont pas arrivées et qui peut-être n'arriveront pas, mais sur lesquelles elle suppose néanmoins qu'elle peut
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avoir de la causalité; car autrement elle n'attendrait de* ses idées aucun effet dans l'expérience.
Or tenons-nous en là, et admettons au moins comme possible que la raison ait réellement de la causalité par rapport aux ph^^nomènes : il faut, à quelque haut degré qu'elle soit raison, qu'elle montre un caractère empirique, puisque toute cause suppose une règle d'après laquelle certains phénomènes suivent comme effets, et que toute règle exige une uniformité d'effets qui fonde le concept de la cause (comme d'une faculté). Ce rapport, en tant qu'il ressort de simples phénomènes, forme ce que nous pouvons appeler le caractère empirique. Cette faculté rt ce caractère sont constants, tandis que les effets, suivant la diversité des conditions qui les accompagnent ou les limitent en partie, apparaissent sous des figures changeantes.
Tout homme a donc un caractère empirique de sa volonté, lequel n'est autre chose qu'une certaine causalité de sa raison, en tant que celle-ci montre dans ses éffets^ phénoménaux, * une règle d'après laquelle on peut inférer la nature et le degré des motifs et des actes de la raison^ et juger les principes subjectifs de sa volonté. Puisque ce caractère empirique doit être lui-même, comme effets tiré des phénomènes et de leur règle, que fournit l'expérience, toutes les actions de l'homme dans le phénomène sont déterminées, suivant l'ordre de la nature^ par son caractère empirique et par les autres causôa concomitantes ; et, si nous pouvions pénétrer jusqu'au fond tous les phénomènes de sa volonté, il n'y aurait pas une seule action humaine que nous ne pussions prédire
* An ihren Wirkungen in der Erscheinung.
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avec certitude et dont nous ne pussions reconnaître la D^cessité par ses conditions antérieures. Au point de me de ce caractère empirique, il n'y a donc point de liberté, et ce n'est cependant qu'à ce point de vue que nous pouvons considérer Thomme, quand nous voulons Xcibêfiirver simplement et scruter physiologiquement, comme ^la se pratique dans l'anthropologie, les causes déterminantes de ses actions.
Mais, si nous examinons ces mêmes actions au point de vue de la raison, non pas il est vrai de la raison spé- <îulative, pour en expliquer l'origine, mais de la raison ■ en tant qu'elle est une cause capable de les produire^ en un mot si nous les rapprochons de la raison au point de vue pratique, nous trouvons une tout autre règle et un tont autre ordre que celui de la nature. Car alors peutêtre tout ce qui est arrivé suivant le cours de la nature, et ce qui était infaillible d'après ses causes empiriques, u devait-il pas arriver. Or nous trouvons parfois, ou du moins nous croyons trouver que les idées de la raison ont réellement prouvé leur causalité par rapport aux actions de l'homme, considérées comme phénomènes, et qu'elles sont arrivées parce qu'elles étaient déterminées, non par des causes empiriques, mais par des principes de la raison.
Supposez donc que l'on puisse dire que la raison a de la causalité par rapport au phénomène ; son action pourrait-elle être appelée libre, dès qu'elle est très-exactement déterminée et nécessaire dans son caractère empirique (dans la façon de sentir ^)? Celui-ci est à son tour déterminé dans le caractère intelligible (la façon de
' Sifmesart
penser ^). Or nous ne connaissons pas ce dernier; nous ne faisons que le désigner par les phénomènes, lesquels, à proprement parler, ne nous font connaître immédiatement que la façon de sentir (le caractère empirique*). Mais l'action, en tant qu'elle doit être attribuée à la façon de penser, comme à sa cause, n'en résulte cependant pas suivant des lois empiriques, c'est-à-dire de telle sorte que les conditions de la raison soient antérieures ; ce sont seulement ses eifets dans le phjênomène du sens interne qui précédent. La raison pure, comme faculté simplement intelligible, n'est pas soumise à la forme du temps et par conséquent aux conditions de la succession. La causalité de la raison dans le caractère intelligible ne ncM pas, ou ne commence pas dans un certain temps à produire un effet. Car autrement elle serait elle-même soumise à la loi naturelle df s phénomènes, en tant que cette loi détermine des séries de causes dans le temps, et la causalité serait alors nature et non point liberté. Nous pourrons donc dire : si la raison peut avoir de la causalité par rapport aux phénomènes, c'est qu'elle est une faculté par laquelle commence véritablement la condition sensible d'une série empirique d'effets. Car la condition qui réside dans la raison n'est pas sensible, et par conséquent ne commence pas elle-même. Nous trouvons donc ici ce* que nous cherchions en vain dans toutes les séries em-
* Venkungsart.
♦ La moralité propre des actions (le mérite et la faute), celle même de notre propre conduite, nous demeure donc absolument cachée. Nos imputations ne peuvent se rapporter qu'au caractère empirique. Quelle part au juste attribuer à la liberté, à la simple nature, aux vices involontaires du tempérament, ou à ses heureuses qualités {merito fwtunœ)^ c'est ce que personne ne peut découvrir, ni par conséquent juger avec une parfaite justice.
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piriques : une condition d'une série d'événements successifs qui est elle-même empiriquement inconditionnelle. ËD effet la condition est ici en dehors de la série des phénomènes (dans l'intelligible), et par conséquent elle n'est soumise à aucune condition sensible et à aucune détermination de temps par des causes antérieures.
Pourtant cette même cause appartient aussi sous un autre rapport à la série des phénomènes. L'homme est lui-même un phénomène. Sa volonté a un caractère empirique, qui est la cause (empirique) de toutes ses actions. U n'y a pas une des conditions déterminant l'homme d'après ce caractère qui ne soit contenue dans la série des effets naturels et n'appartienne à la loi de ces effets, d'après laquelle on ne trouve aucune causalité empiriquement inconditionnelle de ce qui arrive dans le temps. Aucune action donnée (toute action ne pouvant être perçue que comme phénomène) ne saurait donc commencer d'elle-même absolument. Mais on ne peut dire de la raison que l'état où elle détermine la volonté a été précédé d'un autre état où il était lui-même déterminé. Car la raison n'étant pas elle-même un phénomène et n'étant nullement soumise aux conditions de la sensibilité, il n'y a en elle, même relativement à sa causalité, aucune succession, et par conséquent la loi dynamique de la nature, qui détermine la succession suivant des règles, ne peut s'y appliquer.
La raison est donc la condition permanente de tous les actes volontaires par lesquels l'homme se manifeste. Chacun de ces actes est déterminé dans le caractère empirique de l'homme avant même d'arriver. Mais quant au caractère intelligible, dont le premier n'est que le schème sensible, il n'y a ni avant^ ni après^ et toute ac-
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tioD est , indépendamment du rapport de temps où elle se trouve avec les autres phénomènes, l'effet immédiat du caractère intelligible de la raison pure. Celle-ci a^git donc librement, sans être déterminée dynamiquement, dans la chaîne des causes naturelles, par des principes antérieurs, externes ou internes ; et cette liberté ne doit pas être considérée seulement d'une manière négative, comme indépendante des conditions empiriques (car alors la faculté de la raison cesserait d'être une cause de phénomènes), mais on peut aussi la caractériser d'une manière positive, comme une faculté de commencer d'ellemême une série d'événements, de telle sorte qu'en ellemême rien ne commence, mais que, comme condition absolue de tout acte volontaire, elle ne souffre au-dessus d'elle aucune condition antérieure^ bien que cependant son effet commence dans la série des phénomènes, sans toutefois y former jamais un commencement absolument premier.
Pour éclaircir le principe régulateur de la raison par un exemple tiré de son usage empirique, je ne dis pa& pour le confirmer (car des preuves de ce genre ne soa* pas applicables aux affirmations transcendentales), qu^ l'on prenne un acte volontaire, par exemple un mensonge méchant par lequel un homme a introduit un certaiD» désordre dans la société ; qu'on en recherche d'abord les causes déterminantes, et que l'on juge ensuite comment il lui peut être imputé avec toutes ses conséquences. Sous le premier point de vue on pénètre le caractère empirique de cet homme jusque dans ses sources, soit qu'on les découvre dans une mauvaise éduca:tion , dans une détestable société, en partie aussi dans la méchanceté d'un naturel insensible à la honte, ou qu'on les rejette sur le compté
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ie la légèreté et de l'irréflexion, sans perdre de vue es circonstances occasionnelles qui ont pu agir à> eur tour. Dans toat cela on procède comme on le fait m général dans la recherche de la série des caases dé» «nninantes d'an efiet naturel donné. Or, bien que l'on sroie que l'action a été déterminée par làip on n'en blâme pas moins l'auteur, et cela non pas à cause de son mauvais naturel, non pas à cause des circonstances qui ont influé sur lui, non pas même à cause de sa conduite antérieure, car on suppose que Ton peut laisser tout à fait de côté ce qu'a été cette conduite, regarder la série des conditions écoulées comme non avenue, et cette action comme entièrement indépendante de l'état antérieur, comme si l'auteur avait par là commencé absolument de lui-même une série d'effets. Ce blâme se fonde sur ane loi de la raison, où l'on regarde celle-ci comme une ^use qui a pu et dû déterminer la conduite de l'homme, ndépendamment de toutes les conditions empiriques inliquées. Et l'on n'envisage point la causalité de la raison îomme concomitante, mais comme complète par elleiième, quand même les mobiles sensibles ne lui seraient pas. lavorables, mais contraires ; l'action est attribuée au caractère intelligible de l'auteur : il se rend coupable aut moment oix il ment; par conséquent, malgré toutes les conditions empiriques de l'action, la raison était entièrement libre, et cet acte doit être absolument imputé à sa négligence.
On voit aisément par ce jugement d'imputabilité qu'en le formant on a dans la pensée que la raison n'est nullement affectée par toute cette sensibilité, qu'elle ne se modifie pas (bien que ses phénomènes, c'est-à-dire la manière dont elle se manifeste dans ses effets, soient va-
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riables), qu'il n'y a point en elle d'état antérieur qui détermine le suivant, que par conséquent elle n'appartient point à la série des conditions sensibles qui rendent les phénomènes nécessaires suivant des lois naturelles. Elle est, cette raison, identiquement présente à toutes lei actions de l'homme dans toutes les circonstances da temps, mais elle n'est point elle-même dans le temps, et elle ne tombe pas dans un nouvel état où elle n'aurait pas été auparavant; elle est, par rapport à tout état nonveau, déterminante^ mais non déterminable. On ne peut donc pas demander pourquoi la raison ne s'est pas déterminée autrement, mais seulement pourquoi par sa causalité elle n'a pas autrement déterminé les/?Àe«omènes. Or il n'y a pas à cela de réponse possible. En effet un autre caractère intelligible aurait donné un autre caractère empirique, et quand nous disons que, malgré toute sa conduite antérieure, le menteur aurait pu s'abs— tenir du mensonge, cela signifie simplement que le mea^ — songe est immédiatement au pouvoir de la raison, qu.^ la raison dans sa causalité n'est nullement soumise aur^ conditions du phénomène et du cours du temps, et qu si la différence de temps constitue une différence cap taie entre les phénomènes, attendu que ceux-ci ne soO^ pas des choses en soi, ni par conséquent des causes eti soi, elle n'en peut former aucune entre les actions par rapport à la raison.
Nous ne pouvons donc, quand il s'agit de juger les» actions Ubres, que remonter, par rapport à leur causalité, jusqu'aux causes intelligibles, mais non pas au delà. Nous pouvons reconnaître qu'elles peuvent être déterminées librement, c'est-à-dire indépendamment de la sensibilité, et que, de cette manière, elles peuvent former
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pour les phénomènes ane condition inconditionnelle âu point de vue sensible; mais pourquoi le caractère intelligible donne-t-il précisément ces phénomènes et ce caractère empirique dans les circonstances présentes? C'est là une question dont la réponse dépasse de beaucoup toute la puissance de notre raison et son droit même d'élever de simples questions. C'est comme si l'on demandait pourquoi l'objet transcendental de notre intuition sensible extérieure ne donne justement que l'intuition dans f espace et pas une autre. Mais le problème que nous avons à résoudre ne nous oblige pas du tout à répondre à cette question ; car il s'agissait seulement de savoir si la liberté répugne à la nécessité naturelle dans une seule et même action, et nous avons suffisamment répondu à cette question en montrant que, comme dans celle-là il peut y avoir une relation à une tout autre espèce de conditions que dans celle-ci, la loi de la dernière n'affecte pas la première, et que par conséquent toutes deux peuvent avoir lieu indépendamment Tune de l'autre et sans être troublées l'une par l'autre.
Il faut bien remarquer que nous n'avons point voulu par là démontrer la réalité de la liberté, comme de l'une des facultés qui contiennent la cause des phénomènes de notre monde sensible. En effet, outre que cela n'eût point été une considération transcendentale, ce genre de considérations n'ayant affaire qu'à des concepts, cela n'eût pu d'ailleurs réussir, puisque de l'expérience nous ne
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saurions jamais conclure à quelque chose qui ne doit pas être conçu d'après les lois de l'expérience. Bien plus, mm n'avons pas même voulu démontrer la possibilité de la liberté; car cela n'aurait pas réussi non plus, puisqu'en général nous ne pouvons connaître par de simples concepts à priori la possibilité d'aucun principe réel et d'aucune causalité. La liberté n'est ici traitée que comme une idée transcendentale par laquelle la raison pense commencer absolument la série des conditions dans le phénomène par quelque chose d'inconditionnel au poilit diç vue sensible, en quoi elle s'engage dans une antinomie avec les lois qu'elle prescrit elle-même à l'usage empirique de l'entendement. Or la seule chose que nous pussions faire était de montrer que cette antinomie repose sur une simple apparence, et que la nature n'est pas du moins en contradiction avec la causalité libre; c'était^ ^ussi la seule chose qui nous importât.
.Solution de l'idée cosmologique de la totalité de la dépendance des phénomènes quant à leur existence en général.
Dans le numéro précédent nous avons considéré les 4^ngements du monde sensible dans leur série dynamique, où chacun est soumis à un autre comme à sa