IMPOSSIBILITÉ DE LA PREUVE COSMOLOGIQUE S
due sans soutien devant la raison spéculative, à laquelle il ne coûte rien de faire disparaître l'une et l'autre sans le moindre empêchement.
Beaucoup de forces de la nature, qui manifestent leur existence par certains effets, restent impénétrables pour nous; car nous ne pouvons pas les sonder assez avant par le moyen de l'observation. L'objet transcendental qui sert de fondement aux phénomènes, et, avec lui, la raison pourquoi notre sensibilité est soumise à ces conditions suprêmes plutôt qu'à d'autres, sont et demeurent impénétrables pour nous, bien que la chose même soit donnée, mais sans être aperçue ^ Mais un idéal de la raison pure ne peut être appelé impénétrable'^, par cela seul qtfil ne peut offrir d'autre garantie de sa réalité que le besoin qu'a la raison d'achever par ce moyen toute unité synthétique. Puisqu'il n'est pas même donné comme ob-^ jet concevable^, il n'est pas non plus comme tel impénétrable; mais au contraire, comme simple idée, il doit pouvoir trouver son siège et sa solution dans la nature de la raison, et par conséquent être pénétré * ; car la raison consiste précisément à pouvoir rendre compte de tous nos concepts, opinions et assertions, soit par des principes objectife, soit, quand il ne s'agit que d'une simple apparence, par des principes subjectifs.
' Eingeséhen. — * UnerforschUch — ' Dtnkbarer. — * ErforscfU.
204 DIALECTIQUE TRANSGBNDBITTALE
Découverte et explication de l'apparence dialectique dm toutes les preuves transcendentales de l'existence dun être nécessaire.
Les deux preuves indiquées jusqu'ici étaient transcendentales, c'est-à-dire indépendantes des principes empiriques. En effet, quoique la preuve cosmologique prenne pour fondement une expérience en général, elle n'est cependant pas tirée de quelque propriété particulière de l'expérience, mais de principes purement rationnels, par rapport à une existence donnée par la conscience empirique en général, et elle abandonne même ce point de départ pour s'appuyer uniquement sur des concepts purs. Or quelle est dans ces preuves transcendentales la cause de l'apparence dialectique, mais naturelle, qui unit les concepts de la nécessité et de la suprême réalité, et qm réalise et substantifie ^ ce qui pourtant ne peut être qu'une idée ? Quelle est la cause qui nous force d'admettre, entre les choses existantes, quelque chose de nécessaire en soi, mais en même temps nous fait reculer devant l'existence d'un tel être comme devant un abîme? Et comment la raison parvient-elle à se comprendre sur ce point et à sortir de l'incertitude d'une adhésion timide et toujours rétractée pour se reposer dans une paisible lumière ?
Il y a ici un point tout à fait remarquable : c'est que, dès qu'on suppose que quelque chose existe, il est impossible de se refuser à cette conséquence, que
' Hypostasirt
EXPLICATION DE l'APPARENGE DIALECTIQUE i/d^
quelque chose aussi existe nécessairement. C'est sur ce raisonnement tout naturel (mais qui n'en est pas plus certain pour cela) que reposait l'argument cosmologique. D'un autre côté, quel que soit le concept que j'admette d'une chose, je trouve que l'existence de cette chose ne peut jamais être représentée comme absolument nécessaire, que rien ne m'empêche d'en concevoir la non-existence, et que par conséquent, quoique je doive admettrequelque chose de nécessaire pour ce qui existe en général,, je ne puis cependant concevoir aucune chose particulière comme nécessaire en soi, ce qui revient à dire que je ne puis jamais achever la régression vers les conditions de l'existence sans admettre un être nécessaire, mais que je ae saurais commencer par lui.
Or, si je dois concevoir quelque chose de nécessaire pour les choses existantes en général, et que d'un autre côté je ne puisse concevoir aucune chose comme nécessaire en soi, il s'en suit inévitablement que la nécessité d; la contingence ^ne doivent pas concerner les choses mêmes, puisque autrement il y aurait contradiction, que par conséquent aucun de ces deux principes n'est objectif, mais qu'ils ne peuvent être que des principes subjec-tifs de la raison, nous poussant, d'une part, à chercher pour tout ce qui est donné comme existant quelque chose qui soit nécessaire, c'est-à-dire à ne pas nous arrêter ailleurs que dans une explication achevée à prtor% mais nous défaidant, d'autre part, d'espérer jamais cet achèvement,, c'est-à-dire d'admettre comme absolu rien d'empirique,, et de nous dispenser par là de toute explication ultérieure. En ce sens les deux principes peuvent très-bien subsister l'un à côté de l'autre, comme principes eurtsiiques et régulateurs, c'est-à-dire comme principes ne
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concernant que Tintérêt formel de la raison. En effet Tua de ces principes nous dit que nous devons philosopher sur la nature, comme s'il y avait pour tout ce qui appartient à l'existence un premier principe nécessaire, afin uniquement de mettre dans notre connaissance de Tunité systématique, en suivant une telle idée, je veux dire un principe suprême imaginaire. L'autre, de son côté, nous ; avertit de n'admettre comme principe suprême de ce genre, c'est-à-dire comme absolument nécessaire, aucune détermination concernant l'existence des choses, mais de tenir toujours la porte ouverte à une explication ultérieure, et ])ar conséquent de ne regarder jamais aucune de ces déterminations que comme conditionnelle. Mais si tout ce qui est perçu dans les choses doit être nécessairement regardé comme conditionnel, aucune chose (pouvant être donnée empiriquement) ne peut être regardée comme absolument nécessaire.
Il suit de là que nous devons admettre l'absolument nécessaire }u)r8 du monde^ puisqu'il doit uniquement servir de principe à la plus grande unité possible des phénomènes, comme leur raison suprême, et que nous ne pou^ vons jamais y parvenir dans le monde^ parce que 1^ seconde règle nous ordonne de regarder toujours comm^ dérivées toutes les causes empiriques de l'unité.
Les philosophes de l'antiquité regardaient toutes le0 formes de la nature comme contingentes, et la matière comme étant, au jugement de la raison commune, originelle et nécessaire. Mais si, au lieu d'envisager la matière d'une manière relative, comme substratum des phénomènes, ils l'avaient considérée en elle-même, dans son existence, l'idée de l'absolue nécessité se serait aussitôt évanouie. En effet il n'y a rien que la raison lie absolu-
EXPLICATION DE L'aPPARENCE DIALECTIQUE 207
à cette existence : elle peut toujours et sans coula supprimer dans la pensée; mais aussi l'absolue site n'était-elle pour eux que dans la i)ensée. Il t donc, dans cette persuasion, qu'un certain principe ateur servît de fondement. Dans le fait l'étendue npénétrabilité (qui ensemble constituent le concept atière) sont aussi le principe empirique suprême de é des phénomènes, et ce principe, en tant qu'il est riquemeut inconditionnel, a la propriété d'un prinrégulateur. Pourtant, comme toute détermination de atière qui en constitue le réel, comme aussi, par quent, l'impénétrabilité est un effet (un acte) qui ivoir sa cause et qui par conséquent n'est toujours lérivc, la matière ne se prête pas à l'idée d'un être isaire comme principe de toute unité dérivée. Puisîhacune de ses propriétés réelles n'est, en tant que ée, que conditionnellement nécessaire, et que par quent elle peut être supprimée en soi, et avec elle l'existence de la matière, et que, si cela n'était pas, aurions atteint empiriquement le principe suprême nité, ce que nous défend le second principe régulail suit que la matière, ou en général ce qui apparau monde, n'est pas applicable à l'idée d'un être ier et nécessaire comme simple principe de la plus le unité empirique possible, et que nous devons r cet être hors du monde : alors en effet nous poutoujours dériver avec confiance les phénomènes du le et leur existence d'autres phénomènes, comme y avait pas d'être nécessaire, et nous pouvons cemt tendre sans cesse à l'achèvement de la dérivation, le si un tel être était supposé à titre de principe me.
D'après ces considérations l'idéal de l'être suprême n'est autre chose qu'un principe régulateur de la raison^ qui consiste à regarder toute liaison dans le monde comme si elle dérivait d'une cause nécessaire absolument suffisante, afin d'y fonder la règle, d'une unité systématique et nécessaire suivant des lois générales dans l'explication de cette liaison; il n'est point l'affirmation d'une existence nécessaire eu soi. Mais en même temps on ne peut éviter de se représenter, en vertu d'une subreption transcendentale, ce principe formel comme un principe constitutif, et de concevoir cette unité hypostatiquement. En eflfet tout comme l'espace, bien qu'il ne soit qu'un principe de la sensibilité, n'en est pas moins regardé comme quelque chose d'existant en soi et comme un objet donné en soi à priori^ parce qu'il rend originairement possibles toutes les figures, lesquelles n en sont que des limitations diverses ; de même, l'unité systématique de la nature ne pouvant être en aucune façon présentée comme le principe de l'usage empirique de notre raison qu'autant que nous prenons pour fondement l'idée d'un être souverainement réel comme cause suprême, il arrive tout naturellement que cette idée est représentée comme un objet réel, et celui-ci à son tour comme nécessaire, parce qu'il est la condition suprême^ et qu'ainsi un principe régulateur est transformé en un principe constitutif. Cette substitution se révèle manifestement en ce que, quand je regarde comme une chose en soi cet être suprême, qui était absolument (inconditionnellement) nécessaire par rapport au monde, cette nécessité n'est susceptible d'aucun concept, et qu'ainsi elle ne doit s'être trouvée dans ma raison que comme condi-
IMPOSSIBILiTi fil LA PMOYV PBYSIQUE 309
fcHrmdle de la pensée, et non comme condition ma* IridUe et hypostatiqae de Feiistence.
SIXIÈME SECTION l^e flmpoABlblllté de la preuve pliyelco-tliéoloslciue
Si donc ni le concept des choses eu général, ni l'expénence de quelque existence en général ne peuvent fourw ce qui est requis, il ne reste plus qu'un moyen : c'est de chercher si une expérience déterminée^ si par conséquent ceUe des choses du monde présent, si sa nature et son ordonnance ne fourniraient pas un argument qui pit nous conduire sûrement à la conviction de l'existence ftn être suprême. Nous nommerions une preuve de ce genre la preuve physico-théologique. Si cette preuve était eDe-même impossible, il n'y aurait plus aucune preuve soffisante tirée de la raison purement spéculative en fareor de l'existence d'un être correspondant à notre idée traoscendentale.
Après toutes les remarques précédentes, on verra tout de suite que la solution de cette question doit être aisée h concluante. En eflfet comment une expérience peut-elle être jamais donnée qui soit adéquate à une idée ? C'est précisément le propre de l'idée que jamais aucune expérience ne puisse lui être adéquate. L'idée transcendenn. 14
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taie d'un être premier, nécessaire et absolument sant, est si immensément grande, si élevée au-dessos de tout ce qui est empirique, chose toujours conditionnelle, que, d'une part, on ne saurait jamais trouver assez de matière dans l'expérience pour remplir un tel concept, et que, d'autre part, on tâtonne toujours dans le conditionnel et que l'on cherche toujours en vain l'inconditionnel, dont aucune loi d'une synthèse empirique ne donne un exemple ni le moindre indice.
Si l'être suprême était dans cette chaîne des conditions, il serait lui-même un anneau de la série ; et, de même que les anneaux inférieurs en tête desquels il est placé, il exigerait la recherche ultérieure d'un principe * encore plus élevé. Veut-on au contraire le détacher de cette chaîne, et, eu tant qu'être purement intelligible, ne pas le comprendre dans la série des causes naturelles, quel pont la raison peut-elle bien jeter pour arriver jusqu'à lui ? Toutes leâ lois du passage des effets aux causes, toute synthèse même et toute extension de notre connaissance en général n'ont-elles pas uniquement pour but l'expérience possible, c'est-à-dire les objets du monde sensible, et peuvent-elles avoir un autre sens?
Le monde actuel, soit qu'on l'envisage dans l'immensité de l'espace ou dans son infinie division, nous ofte un si vaste théâtre de variété, d'ordre, de finalité et de beauté que, malgré la médiocrité des connaissances que notre faible intelligence a pu en acquérir, devant tant et de si grandes merveilles, toute langue perd sa force d'expression, tout nombre sa puissance de mesure et nos pensées mêmes toutes leurs limites, si bien que notre ju^ gement sur le tout finit par se résoudre en un étonne-ment muet, mais d'autant plus éloquent. Partout noui^